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[Billet] NTIC | 30/05/2018
Le Royaume Uni mise sur le numérique pour réformer sa protection sociale
par Nathalie Levray
Royaume Uni numérique © Vege-AdobeStock

Confrontée, comme en France, au vieillissement de la population et au développement d’affections chroniques, à des collectivités territoriales de plus en plus sollicitées mais de moins en moins financées par l’État, au manque de places en établissements ou de structures à domicile adaptées, l’Angleterre comme l’Écosse tentent la réponse du décloisonnement du sanitaire, du médicosocial et des soins informels. Les technologies numériques font partie de la solution mais gare au miroir aux alouettes et à une approche trop centrée sur les économies de gestion.

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Protection sociale et transition numérique

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Le modèle social du Royaume Uni serait-il idéal ? Son taux de chômage à moins de 5 % est envié, mais la réalité est plus complexe en termes d’inégalités, de conditions de vie et de protection sociale.

Il est globalement difficile de se loger, de gagner sa vie dignement, de se nourrir correctement. Les politiques publiques sont surtout construites en faveur du business. Les ménages s’endettent de plus en plus pour financer leurs dépenses de vie courante. Le système scolaire est inégalitaire et fonctionne mal pour les enfants des milieux défavorisés. Les travailleurs sont mal qualifiés. Avoir plusieurs emplois pour survivre n’est pas rare. Les inégalités augmentent et certaines régions sont plus touchées que d’autres. La proportion de personnes dont le revenu disponible se situe en-dessous de 60 % de la médiane nationale de la distribution du revenu disponible est de 15,9 % au Royaume-Uni en 2016 (13,6 % en France, et, en moyenne, de 17,3 % pour les 28 pays de l’Union européenne).

Un site unique pour toute l’administration britannique

Dans ce contexte, les technologies numériques ouvriraient des perspectives. L’administration britannique s’est regroupée sur un seul site.

Selon le responsable du programme gov.uk, cela simplifie les relations usager/administration, les rend « rapides et claires », et « place l’usager au centre des préoccupations de l’État ».

Mais surtout, les économies en résultant sont chiffrées à « des dizaines de milliards de livres » ! Un chiffre « non vérifié » par le National Audit Office (NAO), l’équivalent anglais de notre Cour des comptes, qui en estime toutefois le montant « raisonnable ».

À ce compte, la société anglaise pourrait investir dans la lutte contre les inégalités et l’éradication de la pauvreté. Elle pourrait aussi relever les défis du vieillissement, des maladies chroniques et des problèmes de santé complexes, et du manque de structures pour accueillir les personnes dépendantes qui existent là-bas comme en France.

Crédit universel : le travail contre la pauvreté

Le crédit universel (CU), la « grande réforme de la protection sociale » depuis Thatcher et après le gel de toutes les allocations depuis plusieurs années, vise à « sortir les gens de la pauvreté en les qualifiant pour travailler », notamment en matière de compétences numériques.

Sur le plan de la simplification, six allocations et crédit d’impôt (chômage, logement, famille, handicap) sont regroupées en une seule, et un seul ministère – et non plus trois comme auparavant – est concerné.

Sur le plan de l’universalité, ce crédit est destiné à 7,5 millions de personnes et n’est accordé que sous conditions. Comme le travail doit « payer davantage que l’assistance », les personnes à faible revenu ne perdent plus leurs droits aux allocations quand elles travaillent plus de 16 heures par semaine : les prestations sont seulement réduites au fur et à mesure que la personne gagne plus.

Des aides qui passent de 95 milliards à 60 milliards de livres sterling

Alors qu’un cinquième de la population ne possède pas les compétences numériques de base, que l’inclusion numérique est freinée par le manque de confiance en soi, l’absence de motivation à s’y mettre, la qualité de la connexion ou le coût du service, un budget de dix millions de livres sterling est prévue pour l’acquisition de compétences numériques dans le cadre du CU.

L’étape n° 1 est le remplissage du dossier de demande, en ligne et avec une aide. D’autant plus dérisoire que les chiffres énoncés par le Department For Work interrogent sur le réel objectif du CU : améliorer l’économie en termes de PIB de 7 milliards de livres sterling/ an. Parallèlement le montant des aides regroupées dans le CU diminue de 95 milliards de livres sterling à 60 milliards de livres sterling.

Enfin, le taux de chances supplémentaires d’obtenir un travail grâce au CU est de 4 %. Mais davantage de sanctions sont prévues pour les bénéficiaires du CU.

Inventer un modèle économique équilibré

A l’aune de ces constats, le numérique pourrait remplir ses promesses, selon le Policy Network, si le contrat social évoluait pour investir dans la formation des travailleurs peu qualifiés, pour soutenir socialement les personnes et les enfants en difficultés, pour inventer un modèle économique rééquilibré dans le partage des gains.

Écosse : l’approche globale et locale du plan stratégique numérique

Le gouvernement écossais est autonome dans la gestion du système de santé (NHS), qui lui est entièrement dévolu (13 milliards de livres sterling). Les collectivités locales prennent en charge la dépendance pour 3 milliards de livres sterling. Si la pauvreté et les inégalités sont aussi une réalité en Écosse, les marges, étroites, existent. Pour y remédier, les autorités travaillent à une approche locale et globale de lutte contre l’exclusion sociale, en lien avec les acteurs du logement social et les travailleurs sociaux pour identifier les personnes qui subissent des freins supplémentaires (an-alphabétisation, sans-abrisme, pauvreté extrême), et leur apporter des solutions. Une stratégie numérique de santé vient d’être lancée pour intégrer les budgets soins/dépendance dans un seul service public numérisé, financé par l’impôt (le même objectif est poursuivi en Angleterre pour 2020 mais le NAO prévient qu’il ne sera pas atteint « avant plusieurs dizaines d’années »).
Le maintien à domicile et la e-santé y sont développés autour des outils numériques, de la standardisation des réponses via des plateformes similaires aux plateformes territoriales d’appui françaises, les soins informels fournis par les aidants (10 % de la population pour 108 milliards de livres sterling). Le plan prévoit une exploitation et un partage sécurisé des données, d’une part, dans l’intérêt du patient et, d’autre part, pour faciliter la recherche et l’innovation, une interopérabilité des systèmes d’informations ainsi qu’un effort dans l’apprentissage des compétences numériques tout au long de la vie.

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