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Insertion des jeunes | 12/06/2018
L’insertion professionnelle des jeunes est un investissement d’avenir
par Michèle Foin
Antoine Dullin Cese-Kamel Chibli CR Occitanie K.Colnel-Territorial

Antoine Dulin, rapporteur pour le compte du Cese, propose de rendre obligatoire la formation des jeunes jusqu’à 18 ans. Kamel Chibli, vice-président du conseil régional d’Occitanie, estime que former pour former n’a pas d’intérêt et veut mettre l’accent sur l’accompagnement.

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Insertion des jeunes : va-t-on enfin faire mieux ?

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La délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes propose de rendre la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. En quoi cela permettrait-il d’améliorer l’insertion des jeunes dans l’emploi ?

Antoine Dulin : Avec cette proposition, nous ne sommes plus dans le champ de la scolarité obligatoire, liée à l’Éducation nationale et au système scolaire. Ce que nous proposons, c’est une obligation de formation avec qualification. Un grand nombre de jeunes en situation de précarité sont au chômage, et près de la moitié d’entre eux ne sont ni diplômés, ni qualifiés, ce qui les empêche d’accéder au monde du travail. Ce que nous préconisons, c’est le développement des formations hors du système scolaire classique pour enclencher d’autres dynamiques partout sur le territoire. Les microlycées, les chantiers d’insertion, les écoles de production… ont du mal à être financés, alors que cela pourrait être de réelles alternatives. Il faudra réfléchir aux titres de qualification possible à l’issue de ces formations pour permettre au jeune de valoriser ses compétences sur le marché du travail. Avec cette obligation universelle, nous visons tous les jeunes même si l’on sait que le pourcentage de décrocheurs est faible entre 16 et 18 ans. En termes financiers, un décrocheur coûte 230 000 euros à la collectivité, il s’agit donc d’un investissement d’avenir !

Antoine Dulin est vice-président du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Rapporteur de plusieurs avis du Cese sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes et d’un rapport au Premier ministre « Arrêtons de les mettre dans des cases », il a coprésidé le groupe de travail chargé d’émettre des propositions sur l’insertion des jeunes dans le cadre de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes.

Kamel Chibli : Les régions font déjà de la formation pour les demandeurs d’emploi, pour les jeunes en sorties d’études, pour les jeunes dans les missions locales. Rendre cela obligatoire est compliqué. Comment trouve-t-on les jeunes sortis du système scolaire ? On les convoque ? Ils risquent alors de faire des formations par dépit. Comme aujourd’hui avec le Bac pro comptabilité, qui est une voie de garage. Former pour former n’a pas d’intérêt. Encore faut-il que la formation soit en adéquation avec le bassin d’emploi et les besoins des jeunes, qui sont très disparates. L’obligation me paraît préjudiciable sans une exigence d’accompagnement. Mais en pratique, comment fait-on ? En région Occitanie, nous comptons plus de 700 000 jeunes de 15 à 29 ans. Faire du cas par cas ne va pas se régler facilement. Les missions locales le font au quotidien, mais il faudrait tripler les moyens !

Kamel Chibli est conseiller régional, vice-président du conseil régional de l’Occitanie, en charge de l’éducation, de la jeunesse et du sport. Il occupe aussi la fonction de secrétaire national au sein du Parti socialiste chargé du handicap et de la lutte contre l’exclusion.

Pourtant les régions sont chargées de raccrocher les jeunes décrocheurs au système éducatif, et le droit au retour en formation a été voté depuis 2016…

AD : Depuis plusieurs années, on essaie de faire du raccrochage scolaire et le droit au retour à la formation est plus ou moins bien mis en œuvre, car l’obligation ne repose sur personne. Sous statut scolaire, les académies sont réticentes par crainte de voir revenir des élèves perturbateurs, et sous statut de stagiaire de la formation professionnelle, le compte personnel de formation pour les jeunes en décrochage scolaire, qui devrait leur permettre de suivre une formation qualifiante depuis la loi du 8 août 2016, n’est pas abondé faute d’un financement par les régions. Il est temps que la collectivité publique puisse réellement permettre aux jeunes de se former jusqu’à 18 ans. Au-delà de 18 ans, pour tous les jeunes ni en emploi, ni en formation qu’ils soient diplômés ou non, nous proposons d’expérimenter un parcours d’accompagnement des jeunes vers l’insertion (Paji). Il s’appuie sur trois piliers : un accompagnement contractualisé avec le jeune et adapté à ses besoins en privilégiant la dimension collective, la mise en expérience en emploi, la garantie de ressources au moins du montant de la garantie jeunes actuelle. Ce serait un droit qui par là faciliterait l’accès au logement, à la mobilité…

KC : Le sujet des moyens est un faux sujet. En ce qui concerne notre région, les moyens mis sur la formation sont considérables. Le public des décrocheurs est prioritaire pour le retour à la formation. Le problème, c’est qu’elle n’est peut-être pas en adéquation avec les besoins de ces personnes-là. Toute la difficulté est de faire en sorte que les crédits soient utiles à 100 % pour l’insertion dans l’activité. La formation professionnelle est une usine à gaz et reste encore très peu compréhensible pour ceux qui peuvent en bénéficier. On doit bien sûr se poser la question de ces milliards dépensés sur la formation pour ne pas parvenir à lutter efficacement contre l’échec scolaire et le chômage. Il faut parvenir à concevoir les formations par territoire et par bassin de vie. Sinon, on restera sur de grandes théories sans que celui qui en a besoin ait l’impression d’être écouté, et d’avoir les réponses qui lui conviennent.

Un accompagnement personnalisé des élèves dès le début de la classe de 4e au sein des établissements vous paraît-il nécessaire ?

AD : Oui, il faut revoir notre système d’orientation et permettre des allers-retours entre le monde du travail et l’école dès le collège. Mais ce qui est certain, c’est qu’il faut réinventer le système avec un accompagnement personnalisé à l’orientation notamment pour les jeunes les plus précaires qui n’ont bien souvent aucun réseau pour découvrir les métiers. Garantir un véritable parcours d’orientation est indissociable de l’obligation de formation.

KC : En Occitanie, nous avons 8 000 décrocheurs chaque année. Un des taux les plus forts de France. Il faut trouver les moyens de diminuer leur nombre. Or, les difficultés interviennent bien avant, dès le collège. La question de l’orientation est primordiale. Au lycée, nous gérons les conséquences, pas les causes. C’est dès le collège qu’il faut demander aux jeunes ce qu’ils veulent faire. Pour cela, il nous faut collaborer avec les départements. Il faut surtout que les élèves découvrent les métiers de leur territoire, grâce à des salons, qu’ils fassent des stages. Cela permet d’avoir un vrai contact avec le terrain, mais aussi de valoriser les filières professionnelles. Sur la question de l’orientation, nous allons lancer une expérimentation avec un ingénieur du Centre d’information de bilan de compétences qui permettrait de se focaliser non pas entièrement sur les résultats scolaires du jeune, mais aussi de valoriser ses traits de caractère comme la persévérance, l’ambition, l’envie… L’objectif est de faire évoluer les conseillers d’orientation vers cette méthode nouvelle.

La jeunesse manque clairement d’un chef de file. Faudrait-il revoir la gouvernance ?

AD : Oui, nous pensons qu’il y a un vrai problème de gouvernance des questions de jeunesse qui fragilise les plus précaires et plus pauvres des jeunes. La multiplicité d’acteurs rend le système peu lisible pour eux. Nous souhaitons une réforme à trois niveaux. D’abord la tenue d’un comité interministériel de jeunesse. Ensuite une dimension régionale, avec la capacité pour les régions de vraiment prendre les rennes et de mettre en œuvre ce qu’elles ont hérité de la loi Égalité et citoyenneté à travers un schéma régional de la jeunesse. Enfin, une dimension opérationnelle avec le bon acteur pivot : des missions locales rénovées. Depuis 1980, ces dernières ont connu beaucoup d’aléas, avec des recentrages tournés sur la question de l’emploi, au détriment de l’accompagnement global. Nous appelons à des états généraux de l’insertion des jeunes sur le territoire.

KC : En Occitanie, nous sommes sans doute la première région à avoir signé un schéma régional de la jeunesse. Depuis le vote de la loi Égalité et citoyenneté, nous avons mis en place une stratégie régionale de la jeunesse, après avoir rencontré les départements, les métropoles et tous les territoires concernés. Au total, ce sont dix-sept réunions qui ont été organisées sur treize départements pour coconstruire une politique jeunesse. La première des préoccupations qui est remontée est celle de l’orientation. Sont également ressorties les questions de la mobilité, de l’accès aux loisirs. Sur ces sujets, nous voulons rendre cohérent ce qui existe d’un département à l’autre et éviter le millefeuille administratif. Entre départements et métropoles, nous souhaitons avant tout être plus efficaces. Le chef de filât nous oblige à coordonner les acteurs, pas à donner des leçons.

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  1. Je suis très étonnée par la remarque suivante « L’objectif est de faire évoluer les conseillers d’orientation vers cette méthode nouvelle ». Mon étonnement est si grand que les bras m’en tombent et j’ai du mal à saisir mon clavier.
    1- Il n’y a plus depuis longtemps de « conseillers d’orientation » dans les établissements scolaires. Ceux-ci sont devenus psychologues depuis de nombreuses années.
    2- J’ai le bonheur d’être Psychologue de l’Education Nationale et d’accompagner les jeunes dans leurs choix d’orientation. Je peux témoigner que mon corps de métier est issu d’une longue tradition qui depuis belle lurette ne considère pas que les notes suffisent à faire des choix.
    En tant que psychologue et en tant qu’héritière d’un corps de métier qui a développé au fil des années ses propres outils, concepts et pratiques, je me sens insultée. Je pense être suffisamment formée pour pouvoir définir moi-même mes pratiques et juger de leur bien fondé. Que ingénieurs continuent à s’ingénier. Nous savons ce qu’est notre travail.

  2. « Qui permettrait de se focaliser non pas entièrement sur les résultats scolaires du jeune, mais aussi de valoriser ses traits de caractères… L’objectif est de faire évoluer les conseillers d’orientation vers ces méthodes nouvelles »
    Est ce une blague? Qui sont ceux que vous appelez « conseillers d’orientation »? Parlez vous des psychologues de l’education Nationale spécialisés dans le développement de l’adolescent et le conseil en orientation? Pourquoi pensez-vous que nous avons Bac+5? Ne gâchez pas votre temps cher Monsieur car nous connaissons fort bien notre métier et il n’y a rien de nouveau dans ces méthodes que vous exposez. Bien évidemment que les ados ne se résument ps à leurs résultats scolaires et à moins de les lobotomiser vous n’obtiendrez pas d’eux, à cet âge, qu’ils abandonnent leurs rêves et renoncent à leur liberté pour vous faire plaisir en allant boucher les trous en emploi de votre région!

  3. Recevoir des leçons de personnes qui ne connaissent absolument pas les contraintes des procédures d’orientation, c’est toujours très touchant. Croyez vous sincèrement que nous nous intéressons aucunement à la personnalité de nos élèves après avoir validé un Master en Psychologie…Si vous cherchez des responsabilités aux difficultés de réalisation des projets d’orientation de nos jeunes, intéressez-vous à l’affectation et aux critères qui la sous-tendent qui sont effectivement essentiellement docimologiques, mais de grâce arrêtez-de nous stigmatiser sans cesse, on sera ravis de voir à quel point l’avenir des jeunes fleurira avec vos théories ultra visionnaires !!!

  4. Et bien évidemment nous sommes pour la liberté de choisir son avenir professionnel! Pour ce faire nous accompagnons les élèves tout au long de leur parcours d’élaboration de projet scolaire et professionnel dans leur etablissement scolaire et au Centre d’information et d’orientation, service public d’information, gratuit, neutre au service de tous sans distinction ! A bon entendeur…

  5. Et au passage « le bac pro comptabilité comme voie de garage », je me gausse, ça fait belle lurette que ce bac pro n’existe plus sous cette appellation, mais il s’agit du « Bac Pro Gestion Administration », quand on affiche autant de suffisance à l’égard d’un métier, il serait de bon ton d’avoir un minimum de rigueur et de connaissance du sujet…enfin j’attends avec impatience l’effet de vos recettes de cuisine miracles je sens que je vais me régaler….

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