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Insertion | 13/06/2018
Un travail à la journée pour amener vers le soin les jeunes en errance
par Michèle Foin
euro - faire la manche © Brimeux-AdobeStock

À Bordeaux, le programme « Tapaj » permet d’amener les jeunes en errance vers le soin, de prévenir les pratiques addictives, tout en les remobilisant vers l’emploi.

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Insertion des jeunes : va-t-on enfin faire mieux ?

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L’idée est née au Québec en 2000 : proposer à des jeunes en errance un travail alternatif payé à la journée (Tapaj), sans contrat, sans prérequis, pour les remobiliser progressivement vers l’emploi tout en luttant contre leurs addictions. En 2008, ce programme séduit Jean-Hugues Morales, à l’époque éducateur spécialisé au Comité d’étude et d’information sur la drogue (CEID) de Bordeaux (1).

Malgré les craintes de précarisation supplémentaire du travail, et le refus des partenaires institutionnels, la mairie de Bordeaux accepte de soutenir le projet. Tapaj est lancé en 2012, puis devient un réseau national en 2014.

Travail à l’heure

Le principe est simple : on propose à ces jeunes de travailler quatre heures sur un chantier à raison de 10 euros nets de l’heure, qu’ils reçoivent en fin de journée. L’inscription se fait au jour le jour.

Dans les ateliers, jusqu’à sept jeunes effectuent des travaux simples comme l’entretien d’espaces verts, encadrés par un éducateur. « Chez ces jeunes en errance, l’envie se vit par séquence. 40 euros, dans leur imaginaire, c’est l’équivalent d’une période de manche. Avec cette somme, ils ont suffisamment pour se nourrir et nourrir leurs animaux.

Il s’agit d’une micro-action qui leur permet de se rendre compte que d’autres chemins sont possibles », convient Jean-Hugues Morales, devenu depuis délégué national de Tapaj France. Si le jeune ne vient que deux heures, il ne sera payé que deux heures. Mais s’il souhaite travailler davantage, Tapaj lui demande de mettre à plat sa situation médico-sociale.

Accès aux soins

On entre alors dans la phase 2 du programme. C’est le centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) sur lequel est adossé le programme, qui prend le relais, ce qui permet d’offrir un large spectre de réponses : médecins, infirmiers, assistantes sociales, éducateurs…

« Nous évitons ainsi l’itinérance institutionnelle qu’occasionne l’approche en silo. Pour certains, cela débouche sur un suivi médical et psychologique, pour d’autres c’est un échelonnement de dettes, pour d’autres encore c’est un suivi judiciaire au sein de Tapaj », confie le délégué général. Quant aux addictions, éprouver la sensation du manque durant un chantier de quelques heures est un premier pas vers la prise de conscience du jeune.

Les résultats sont prometteurs, avec 45 % de sorties positives. Depuis la constitution du réseau national, dix-huit territoires ont emboîté le pas à Bordeaux, ainsi que vingt-cinq fondations et entreprises. Le modèle économique de Tapaj repose en effet sur un amorçage public, ce qui permet de fédérer la société civile.

À Bordeaux, la municipalité finance les actions à hauteur de 30 %, et la société civile, à 70 %. « La SNCF, Vinci, Auchan… toutes ces grandes entreprises sont interpellées par leurs clients qui éprouvent un sentiment d’insécurité face à ces jeunes en errance. Elles sont donc prêtes à nous confier des chantiers, voire à embaucher ces jeunes », détaille-t-il.

DRJean-Hugues Morales, délégué national de Tapaj France

« Nos coûts structurels sont très faibles »

« Ce que nous proposons aux jeunes, ce n’est pas de l’assistanat mais de mobiliser leur force de travail. C’est une réponse sociale à la misère quand les minima sociaux ne sont pas accessibles aux 16-25 ans. Tapaj est un programme, adossé à des structures existantes. Nous ne montons aucun centre. Nos coûts structurels sont donc très faibles. En revanche, nous avons besoin d’un effet starter, avec l’État, la région, les municipalités pour mobiliser la société civile… Aujourd’hui, dix-neuf territoires portent le dispositif. Ce ne sont pas uniquement des métropoles. Nous comptons aussi des territoires périurbains et ruraux. L’État reconnaît notre action. En l’espace de quelques mois, nous avons été successivement cités dans le rapport Borello sur l’inclusion par l’emploi, la formation et l’accompagnement, et dans celui d’Olivier Noblecourt à propos de la prévention de la pauvreté des enfants et des jeunes. Mais au-delà du déclaratif, nous espérons que les financements suivront. »

Note (01)

Contact : Jean-Hugues Morales, coordinateur de Tapaj Bordeaux, et délégué national du réseau Tapaj France, tapaj.bordeaux@tapaj.org - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 40 jeunes accueillis à Bordeaux pour 3 517 heures de travail en 2017.
  • 45 % des jeunes passés par Tapaj Bordeaux ont une sortie positive à l’issue de la phase 2. Parmi ceux-ci, un tiers se dirige vers des ateliers chantiers d’insertion, un tiers repart vers de la formation, et un tiers se voit offrir un CDD ou un CDI dans une entreprise partenaire.
  • 19 territoires, 25 entreprises et fondations portent le dispositif en France.
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