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Mal-logement | 20/06/2018
Le repérage du logement indigne est un point faible du travail social
par Nathalie Levray
Immeuble abandonné habitat insalubre © Pixarno_AdobeStock

L’objectif fixé à l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat de restaurer chaque année 5 000 logements indignes ou dégradés occupés par leur propriétaire n’est toujours pas atteint. En cause notamment la difficulté de repérer les ménages concernés qui gardent souvent le silence sur leur situation. Les travailleurs sociaux ont un rôle à jouer pour construire et mettre en œuvre un projet adéquat, en phase avec l’intérêt, les atouts et les besoins du ménage. L’accompagnement doit se faire y compris après l’opération pour la réappropriation de leur logement par les personnes.

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C’est près de 250 personnes qui ont répondu au rendez-vous donné, mardi 19 juin, par la Fondation Abbé-Pierre (FAP) sur le thème de l’accompagnement des propriétaires occupants en situation d’habitat indigne.

La réalité de ces cas, révélée par le programme SOS Taudis de la fondation dès la fin des années 2010, reste d’actualité. Le profil de ces personnes est divers : personnes âgées, agriculteurs actifs, jeunes ménages en situation d’échec. Mais les intervenants soulignent plusieurs points qui leur sont communs. Leur origine géographique : ils habitent souvent les petites communes, en zone rurale ou périurbaine. Leur situation économique : ils sont modestes voire très modestes. Leur situation sociale : ils sont très isolés. Ils accumulent en outre des difficultés en termes de parcours résidentiel, de mobilité et de santé. Ces ménages « sont peu nombreux à se plaindre », gardent « le silence sur leur situation » et « ne formulent pas de projet », note la FAP dans sa publication dédiée à la question, parue en septembre 2017.

Un manque de sensibilisation des travailleurs sociaux

De ce fait, ces situations d’habitat indigne sont difficiles à déceler. L’objectif fixé à l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah) de restaurer chaque année 5 000 logements indignes ou dégradés occupés par leur propriétaire n’est d’ailleurs pas atteint.

Si Soraya Daou, responsable du service des études de la prospective et de l’évaluation à l’Anah, pointe des financements insuffisants à prendre en totalité le coût des travaux nécessaires, le repérage est un point faible, à mettre au compte d’un manque de sensibilisation des travailleurs sociaux sur le phénomène. Émeline Valtrid-Rabin, chargée de mission Habitat privé au conseil départemental de Loire-Atlantique, témoigne de l’augmentation du nombre de repérages dans le département après des actions menées auprès des centres médicosociaux, des organismes de tutelle et des centres locaux d’information et de coordination (CLIC). « Il manque une coordination des repérages au titre de la précarité énergétique, de l’autonomie ou de la salubrité », note Soraya Daou.

Seulement 15 à 20 % des opérations sont financées par l’agence suite à un repérage d’une situation personnelle. Le solde tient à des politiques publiques spécifiques.

La réussite est conditionnée à la dimension humaine du projet habitat

La lutte contre l’habitat indigne peut être activée au titre de trois politiques différentes : sociale et sanitaire dans le cadre de programme d’intérêt général (PIG), de l’habitat avec les opérations programmées d’amélioration de l’habitat ou de PIG, et de requalification urbaine et foncière (le récent programme Action Cœur de ville, par exemple). Elle dépend d’un portage politique fort.

Sa réussite est conditionnée à la qualité de l’intervention et à la dimension humaine du projet habitat que seule la personne accompagnée pourra décider.

Cheffe du service de la coordination des circonscriptions du département de l’Orne, Marie-Hélène Chrétien souligne « la place centrale du travail social ». Elle insiste sur « le travail en concertation entre l’opérateur chargé d’animer l’opération et d’accompagner le ménage, l’agence régionale de santé et les intervenants à domicile ». Le travailleur social est légitime à mobiliser les partenaires et à organiser les différentes interventions.

L’intérêt d’une équipe pluridisciplinaire

L’accompagnement s’opère sur un temps long, entre six et trente-six mois, explique-t-elle. Il comprend une intervention technique et juridique ainsi qu’une intervention à caractère social. Les ménages n’ont pas forcément envie de ces travaux et les y amener ne relève pas d’une simple injonction.

L’opérateur Soliha Vendée a choisi d’adjoindre au technicien et au chargé opérationnel, un travailleur social. Sabine Demarly, responsable du pôle social de Soliha Vendée, note l’intérêt d’une équipe pluridisciplinaire et l’apport du travailleur social pour « appréhender la situation socio-économique », « anticiper les freins de tout type dès le diagnostic technique », pour « accompagner la personne vulnérable, expliquer les contraintes et les coûts », soutenir les collègues pour favoriser le dialogue et traduire les positions des parties prenantes.

Le travailleur social sait « travailler sur les souhaits des personnes et accompagner globalement sur un projet », rappelle Marie-Hélène Chrétien. Plusieurs participants ont souligné la nécessité d’accompagner avant et pendant l’opération, puis après, pour la réappropriation de son logement par le ménage.

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