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Santé | 06/07/2018
Le sport-santé cherche son second souffle
par David Picot
sport santé © Picture-Factory-AdobeStock

La prise de conscience des effets bénéfiques des activités physiques pour la santé a commencé dans les années 1970 mais le vrai tournant se situe dans les années 2010 avec notamment l’instruction interministérielle du 24 décembre 2012, le plan national sport santé bien-être en 2013 et la loi d’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015. La mission flash conduite par le député LREM Belkhir Belhaddad début 2018 a montré que le sport-santé se déployait cependant surtout à partir d’initiatives locales des agences régionales de santé, des collectivités et du mouvement sportif. Il en résulte des disparités selon les territoires qui font dire au rapporteur qu’il est urgent que l’État prenne ses responsabilités.

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Le sport-santé cherche son second souffle

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Docteur en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), Antoine Radel situe « la prise de conscience des bénéfices de l’exercice physique » en France aux années 1975-1980. « Auparavant, le manque d’exercice ne représentait pas vraiment une inquiétude », décrit-il.

Ce n’est qu’au cours des années 1980 que le concept de « sédentarité » émerge à travers trois campagnes d’information : « Votre santé dépend aussi de vous » (1980), « Bougez-vous la santé » (1984) et « Bouge ton cœur » (1985-1986). La sédentarité comme « problème public », se construit alors de façon progressive sous l’impulsion d’études scientifiques qui établissent des liens avec l’apparition des maladies cardiaques. La suite ? Le premier Plan national nutrition santé (2001-2005) avec le fameux slogan « Mangez-bougez » qui sonne comme « une reconnaissance de la sédentarité comme facteur de risque sanitaire ». C’est l’heure des préconisations en termes d’activité physique quotidienne, à savoir « 30 minutes par jour », sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Rapprochement ministériel

Une étape est franchie en 2007, avec pour la première fois, les mondes du sport et de la santé, réunis sous un même ministère, piloté par Roselyne Bachelot. Restait toutefois à donner du contenu à ce rapprochement et à inscrire le sport-santé au carrefour des différentes politiques publiques. Un carrefour évoqué dans une série de rapports et plans comme celui du Pr Jean-François Toussaint, intitulé « Retrouver sa liberté de mouvement » (2008) qui préfigurera le Plan national de prévention par l’activité physique ou sportive de 2008. Il y recommandait déjà « de prendre en compte la santé, dans les politiques publiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme en favorisant la mobilité à force humaine ou mobilité douce ».

Ce type de proposition – fondement du futur Plan national santé environnement (PNSE 2) 2009-2013 – sonne aujourd’hui comme une évidence, au même titre que le fait de favoriser l’activité physique dans l’entreprise. Ou encore de l’inscrire dans les projets d’établissement des maisons des établissements du secteur médico-social. Ce sera chose faite dès le Plan national bien vieillir 2007-2009. L’activité physique y est érigée en rempart contre la dépendance et les chutes. Elle est aussi « support privilégié en termes d’intégration sociale et de solidarité ».

Les auteurs appellent alors à un accompagnement des fédérations sportives afin qu’elles renforcent leur offre à destination des seniors. Plus tard, à travers la loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, « les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et les maisons de retraite médicalisées sont encouragés à développer la pratique d’une activité physique ou sportive adaptée, encadrée par un professionnel du sport spécifiquement formé ».

Plans régionaux

En 2012, alors que les deux ministères sont à nouveau séparés, Marisol Touraine à la santé et Valérie Fourneyron, au sport, sonnent la fin des bonnes intentions. Elles sont à l’origine de l’instruction interministérielle du 24 décembre 2012, cruciale pour la promotion des activités physiques et sportives « comme facteur de santé pour tous et à tous les âges de la vie ».

C’est la naissance du Plan national sport santé bien-être (SSBE) de 2013, décliné sous forme de plans régionaux, mis en place conjointement par les directions régionales et départementales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS et DDJSCS) et les agences régionales de santé (ARS). Sur le plan opérationnel, ces acteurs de terrain – associatifs notamment – se sont fortement mobilisés, ce qui a permis un foisonnement d’actions. Pas moins de 3 700 par an auront été conduites entre 2013 et 2017. Sur l’année 2016, environ 400 000 personnes ont ainsi été concernées, pour un montant de crédits débloqués de 9 millions d’euros.

Ces actions concernaient de la prévention primaire dans 35 % des cas, des personnes âgées (21 %), des quartiers prioritaires de la politique de la ville (20 %), des personnes atteintes de pathologies chroniques (17 %) et d’autres, en situation de handicap (7 %).

Expérimentation ouverte

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de mars 2018 a confirmé « une forte appropriation des problématiques sport santé par le mouvement sportif ». Les auteurs ont toutefois mis en évidence un « caractère dispersé et hétérogène des initiatives locales et un suivi national insuffisant. La mission a rencontré de nombreuses difficultés à faire un état des lieux exhaustif des actions menées et à consolider les financements associés ».

La faute vraisemblablement à une instruction interministérielle qui n’a pas fixé « un cadre précis laissant la place à une forme d’expérimentation ouverte », dira l’Igas. Comme l’explique Caroline Praznoczy, directrice de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), « aujourd’hui, le débat ne porte plus sur les bienfaits ou non de l’activité physique sur la santé. C’est acquis.

Les questions portent surtout sur le mode de faire, de façon à ce que les personnes qui bénéficient de ces actions sur une durée déterminée poursuivent l’activité ». Problème, l’Igas déplore aussi « un manque d’études sur les modalités de mise en œuvre opérationnelle et d’évaluation de leur impact sur les comptes sociaux ».

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Système D

Un constat retrouvé lorsqu’il s’agit d’évaluer la loi de santé de 2016 et son décret d’application du 30 décembre 2016 qui a officialisé la prescription de sport sur ordonnance, à des patients souffrant d’une affection de longue durée (ALD). Soit 10 millions de Français.

À l’image de ­Strasbourg – dès 2012 – Blagnac et encore Biarritz, de nombreuses villes n’avaient pas attendu la loi pour se lancer dans l’aventure. À ce jour, 63 collectivités françaises sont engagées dans un tel dispositif. Mais le décret n’a pas franchement eu d’effet d’accélération. Et pour cause, le texte ne dresse pas le moindre contour d’un modèle d’organisation duplicable. Et surtout, pas de trace d’un quelconque mode de financement de l’État… Ce qui, pour le député LREM de Moselle Belkhir Belhaddad, auteur d’une mission flash sur ce sujet, constitue un « défaut majeur ».

Résultat, comme le pointe le Dr Guillaume Barucq, médecin généraliste et adjoint au maire de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), « l’instauration du dispositif reste soumise à une volonté politique. Et c’est toujours le système D ». Sans compter qu’il demeure sources d’inégalités de santé selon les territoires. « Il est urgent que l’État prenne ses responsabilités », reprend Belkhir Belhaddad qui propose même un plan d’action : « un, les agences régionales de santé se posent en chef de file. Deux, que les caisses primaires d’assurance-maladie (CPAM) entrent dans la boucle de prise en charge, même modestement. Comme c’est le cas dans les Bouches-du-Rhône ».

En attendant la HAS…

De la bouche de nombreux acteurs du dossier, la clé se situe au ministère des Finances. Lequel, comme l’ont souligné les rapporteurs de l’Igas, n’a en sa possession que peu « d’études médico-économiques permettant d’évaluer le rapport coût-bénéfice des activités physiques et sportives sur les comptes sociaux ».

Un rapport de la Haute autorité de santé (HAS) est attendu ces prochaines semaines. Il portera sur les recommandations en matière de prescription médicale de l’APS avec des référentiels par pathologie. De quoi en théorie, fournir une base scientifique solide. Sera-ce suffisant pour légitimer un financement étatique du sport-santé ? Et lancer le chantier des 500 maisons de sport-santé annoncées par le candidat Macron et confirmées depuis par sa ministre des Sports ?

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