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Scolarisation | 06/09/2018

Des recommandations pour mieux accueillir et scolariser les enfants en situation de handicap

par Laure Martin
Sylviane Giampino Présidente HCFEA DR

Le Conseil de l'enfance et de l’adolescence du Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge a remis le 29 août à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et à la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, son rapport sur l’inclusion des enfants handicapés. Ces recommandations visent à mieux "accueillir et scolariser les enfants en situation de handicap de la naissance à leurs 6 ans, et accompagner leur famille". Le point avec Sylviane Giampino, présidente du HCFEA et du Conseil de l’enfance et de l’adolescence.

Comment se positionne la France dans l’accueil et la scolarisation des enfants en situation de handicap ?

Nous avons une couverture relativement forte des enfants en situation de handicap à l’école maternelle : en fin de grande section, 95 % d’entre eux sont scolarisés. L’effort d’inclusion des enfants de 6 ans et moins est d’ailleurs principalement porté par l’école maternelle.

Mais cette scolarisation démarre majoritairement à 4 ans et non à 3 ans, et surtout à temps partiel. 54 % des enfants de moins de 3 ans en situation de handicap sont gardés exclusivement par leur famille contre 32 % pour les autres enfants.

Il faut donc travailler sur l’inclusion des enfants avant 3 ans afin de privilégier leur socialisation précoce à l’extérieur de la famille. Il ne faut pas attendre qu’il y ait une reconnaissance médicale ou administrative du handicap pour accueillir les enfants dans les modes d’accueil ou à l’école maternelle.

Quels sont les enjeux autour de cette socialisation précoce ?

Les enfants en situation de handicap tirent profit des relations d’enfant à enfant car les environnements de mode d’accueil sont stimulants.

Les enfants qui ne sont pas en situation de handicap vont quant à eux grandir aux côtés d’enfants en situation de handicap, avant d’avoir le regard forgé par l’intériorisation de normes de comportements ou de normes physiques qui fondent les mécanismes de mise à distance de la différence.

Par ailleurs, les parents d’enfants en situation de handicap vont gagner à ne pas s’isoler, à ne pas céder à des tentatives de replis sur soi et à être au contact de parents qui ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés. D’ailleurs, ces derniers ont plus de tolérance à la présence d’un enfant différent lorsque cet enfant est petit.

L’enjeu de la précocité est celui de la transformation de la posture, du rapport social au vivre ensemble que les personnes soient ou non handicapées. Peu d’enfants sont concernés, donc en termes d’investissement politique, financier, réglementaire, organisationnel, il est possible de changer le regard.

Aujourd’hui, il manque des politiques d’ensemble sur cette inclusion précoce qui n’est pas garantie pour 30 000 à 40 000 enfants avant 6 ans. C’est tout l’enjeu du Conseil de l’enfance.

Que préconisez-vous pour l’accompagnement des parents ?

La valorisation de l’expertise des familles sur leur enfant est fondamentale afin de proposer un accueil qui soit réussi. De même qu’il faudrait renforcer les appuis psychologiques à chaque étape des examens, des bilans, raccourcir les délais entre les rendez-vous.

Les aides financières et les prestations doivent être revalorisées car ce sont souvent des familles monoparentales, avec des femmes sans activité et des revenus moindres qui sont concernées. Nous proposons aussi d’instaurer un « right to request », un droit de demander un aménagement souple de son temps et lieu de travail, à son employeur.

Si un effort est réalisé au cours des premières années de la vie des enfants, au moment où les familles doivent amortir le choc de la découverte du handicap et aménager leur vie de famille, nous mettons aussi en place une prévention de la déstabilisation conjugale, de l’équilibre du développement des frères et sœurs qui sont souvent les grands oubliés, ou encore de la vie économique de la famille. Il n’est pas anodin de faire cet effort.

Et du côté des professionnels ?

Nous proposons de mettre en place une formation initiale et décloisonnée sur le handicap. C’est-à-dire qu’elle doit être commune à plusieurs métiers et au maximum sur mesure, lorsqu’un enfant en situation de handicap est accueilli.

Il faut instaurer davantage de contact entre les équipes chargées du suivi spécifique de l’enfant et les professionnels de l’école pour une connaissance partagée de la situation de cet enfant. On ne peut pas demander à tous les accueillants d’être des spécialistes des handicaps.

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