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Radicalisation | 13/11/2018
Contre la radicalisation la pratique psy renforce la dimension humaine du dispositif administratif
par Nathalie Levray
RADICALISATION_PSY © NLH

Une session des États généraux Psy organisés par le CERT a mis en évidence la nécessité du soutien à la parentalité, dans une perspective partenariale, pour prévenir la radicalisation des enfants. Les parents, étayés socialement et psychologiquement, ont un rôle à jouer, au-delà du signalement sur le numéro vert, pour dénouer le parcours d’embrigadement. Le travail des professionnels doit s’effectuer en réseau pluridisciplinaire et pluri-institutionnel.

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Le centre d’étude des radicalisations et de leurs traitements (CERT) organisait, entre le 7 et le 10 novembre 2018, les États généraux Psy « Radicalisation ». L’événement a reçu l’appui du ministère des Solidarités et de la Santé et du secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation.

Il s’est ainsi retrouvé inscrit dans le cadre du plan national de prévention de la radicalisation. Après les attentats de 2015, « les psy – psychiatres, psychologues, psychanalystes – ont été appelés à monter au front », explique la brochure de l’événement. C’est à l’aune de leur travail, de leur relation avec les travailleurs sociaux, les chercheurs et les pouvoirs publics qu’était présenté l’état des lieux des connaissances, des pratiques, des savoirs et des savoir-faire.

Radicalisation des enfants âgés de 12 à 26 ans

Une session focalisait l’épreuve des familles confrontées à l’embrigadement de leurs enfants. Des jeunes « âgés de 12 à 26 ans », a précisé Éliane Theillaumas, psychologue clinicienne, ex-chargée de mission à l’Unité de coordination de la lutte anti-terroriste, en s’appuyant sur les appels reçus sur le numéro vert.

La radicalisation est un phénomène évolutif, complexe et protéiforme, et ne répond pas à une définition précise, a-t-elle rappelé. Elle a mis en garde sur la « confusion possible entre le processus et la croyance ».

Aller vers la famille ne va pas de soi

L’enseignement de cette session est la nécessité du soutien à la parentalité. L’Association départementale pour la sauvegarde de l’enfance, de l’adolescence et des adultes du Finistère (ADSEA29) accompagne les familles à la demande de la préfecture.

« Nous intervenons dans un cadre amiable, qui permet une grande souplesse et des formes différentes de soutien », note Guillaume Habasque, éducateur spécialisé. Entretiens téléphoniques, échanges par email, rencontres des parents et de la fratrie à domicile ou non, il s’agit de « s’adapter et d’étayer les demandes d’aide », poursuit-il. Son binôme, Gweltaz Fily, psychologue clinicien, constate : « aller vers la famille ne va pas de soi ».

Retrouver un positionnement parental

Ce travail d’accompagnement en milieu ouvert mené depuis 2016 par l’ADSEA29, montre combien la « reconnaissance étatique et celle des professionnels de terrain » sont importantes pour les parents, pris dans le sentiment d’avoir échoué dans l’éducation de leur enfant et confrontés à l’angoisse de l’avenir.

« Dans la rencontre avec les parents, il faut respecter leur temporalité et les accompagner pour qu’ils retrouvent un positionnement parental propre », insiste le psychologue. Une sorte de condition pour maintenir les liens avec l’enfant en prise avec le chaos adolescent et une certaine désaffiliation.

Des partenariats pour un maillage local

Stéphane Houyez, psychologue au pôle famille de l’association Ressources (Essonne), pointe l’intérêt de déployer un partenariat avec les structures associatives du département dans une perspective de maillage local.

Il retient « l’existence d’un amont à la radicalisation ». A partir d’une « hypothèse d’un point de retour possible », les actions de soutien parental ou de thérapie familiale seraient propices à éviter l’entrée dans un parcours d’embrigadement.

L’importance de la neutralité du lieu

Parce que « les parents sont une ressource pour désengager les enfants », Véronique Stéphan-Vatan, psychologue, et Marie-Pierre Robin, infirmière et thérapeute familiale, de la maison des adolescents du Maine-et-Loire, insiste sur la neutralité du lieu qui accueille les parents : « ni la protection judiciaire de la jeunesse ni l’aide sociale à l’enfance ». L’accompagnement s’organise dans un va-et-vient entre entretien individuel et travail collectif pour établir « un cercle vertueux » de « reconfiguration familiale ».

L’accueil au sein du groupe de pairs, « réceptacle de la confidence », permet de « trouver le réconfort de ne pas être seuls à vivre une telle histoire », quand l’espace individuel permet de « revisiter cette histoire » avec l’aide des professionnels.

Prévention primaire, secondaire et tertiaire

Les parents ont ainsi un rôle essentiel dans la prévention primaire, secondaire et tertiaire et sont une des parties prenantes du traitement de la radicalisation. « La famille, parce qu’elle a accès à l’histoire trans-générationnel et aux comportements de l’enfant, apporte beaucoup d’informations qui doivent être intégrées dans le processus de désengagement », insiste Éliane Theillaumas.

Alors que la plateforme du numéro vert, gérée par la police nationale, peut être mal ressentie parce qu’elle peut déboucher sur un signalement (22 000 sur 60 000 appels), la psychologue en souligne la dimension humaine : au bout du fil, « des êtres humains », dont l’analyse et l’interprétation des faits diffèrent selon les filtres qui y sont appliqués.

Dans cet engagement des parents, la pratique psy renforce la dimension humaine du dispositif administratif : « le travail s’effectue en réseau pluridisciplinaire et pluri-institutionnelle ».

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