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[Entretien] Santé publique | 14/11/2018
« La psychiatrie est, avec la dépendance, un enjeu clé du quinquennat » – Olivier Véran
par Nathalie Levray
Olivier-Véran député © Bruno Moyen

Olivier Véran, 38 ans, est élu député (LREM) en juin 2017. Pour la deuxième année consécutive, il est le rapporteur général de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, en charge du PLFSS. Forfait "urgences", pharmaciens prescripteurs, psychiatrie, son point de vue...

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Pourquoi avoir proposé un amendement sur un forfait « urgences » ?

Le financement de nos urgences à l’activité est contre-intuitif. Tout patient qui entre au service des urgences donne lieu à une facturation forfaitaire d’admission à laquelle s’ajoute un forfait selon la gravité du cas. Mon amendement part d’une constatation de terrain, notamment à l’hôpital de Poissy qui reçoit 23 000 enfants en urgence par an.

Pour désengorger le service, une maison médicale de garde est créée, intra-muros, avec des pédiatres libéraux et des généralistes. La première année, environ 3 000 enfants sont réorientés et le délai de prise en charge s’améliore.

Mais la CPAM refuse de payer à la fois le forfait urgence et le soin en maison médicale. Avec une perte sèche de 400 000 euros par an, l’hôpital ne peut pas poursuivre son expérience. L’expérimentation adoptée dans le PLFSS pour 2019 demande aux services des urgences de proposer au patient un rendez-vous en ville ou à l’hôpital pour le prendre en charge, quand son état de santé le permet et qu’une alternative existe.

L’hôpital sera rémunéré entre 40 et 60 euros par bascule du forfait admission de patients légers en consultation spécialisée. Ce doit être neutre pour son budget.

Quelle est votre position en matière de pharmaciens prescripteurs ?

Je suis contre la prescription de premier recours par le pharmacien en raison du principe selon lequel on ne peut pas vendre ce que l’on prescrit. En revanche, dans le cadre d’un protocole général préétabli entre professionnels de santé, le pharmacien pourrait renouveler l’ordonnance initiale d’un médecin, notamment pour un patient atteint d’une maladie chronique, ou prescrire un médicament pour certaines affections prédéfinies, la cystite par exemple.

Ce sujet ouvre la discussion plus générale des délégations, des pratiques avancées, des coopérations, des financements conjoints, des forfaits à la prise en charge ou à l’épisode de soins, pour lesquelles les expérimentations de l’article 51 de la LFSS pour 2018 montrent l’appétence des professionnels.

Leur mise en place mérite l’ouverture d’une négociation conventionnelle interprofessionnelle. C’est à la convention plus qu’à la loi qu’il appartient d’en régler les modalités.

Le PLFSS 2019 ne contient aucune mesure pour la psychiatrie sauf le financement à la qualité. Que pensez-vous de la crise qui touche le secteur ?

Les soins psychiatriques représentent une dotation globale de 7,2 milliards d’euros par an. C’est le seul secteur de soins non soumis à la T2A, et la prise en charge d’un patient varie de 100 à 180 euros.

Dans mon rapport sur le financement de l’hôpital, je dénonce cette iniquité, résultat de l’histoire, qui ne tient pas compte de la réalité des territoires. L’autre problème de fond tient à la démographie, en raison du nombre insuffisant de postes de psychiatre pourvus.

Le métier est complexe, la file active de patients, élevée. La psychiatrie hospitalière repose sur des médecins militants. Il faudrait s’appuyer sur des psychologues cliniciens. Le plan Ma Santé 2022 prévoit des infirmiers en pratique avancée psy, formés pendant deux ans supplémentaires pour être intégrés à l’hôpital.

Mais le manque latent de psychiatres hospitaliers ne se résoudra que si le métier est repensé, peut-être dans une filière psychiatrie-neurologie. La psychiatrie est, avec la dépendance, un enjeu clé du quinquennat.

Olivier Véran est praticien hospitalier, neurologue au CHU de Grenoble-La Tronche. Il est diplômé de Sciences-Po Paris en gestion et politique de santé. Il a suivi un parcours dans le milieu syndical et associatif. Il est l’auteur du rapport « L’évolution des modes de financement des établissements de santé – Une nouvelle échelle de valeur », paru en avril 2017.

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