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Emploi | 26/11/2018
Avec « Travailler et apprendre ensemble », ATD Quart Monde invente l’entreprise incluante
par Nathalie Levray
insertion emploi © Stocked-House-Studio-AdobeStock

Le modèle a inspiré la démarche "Territoire zéro chômeur de longue durée". "Travailler et apprendre ensemble" sécurise chaque salarié dans une relation de travail à durée indéterminée et sans licenciement.

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«Personne n’est inemployable ». C’est à partir de cette conviction essentielle que l’entreprise « Travailler et apprendre ensemble » (TAE) a vu le jour en 2002 à ATD Quart Monde (1).

Quand l’association a relancé « Territoires zéro chômeur de longue durée » en 2011, c’est d’ailleurs cette expérience qui a nourri les expérimentations que le plan Pauvreté veut essaimer aujourd’hui. L’ambition est de « proposer du travail aux personnes les plus éloignées de l’emploi », décrit Didier Goubert, le directeur.

« C’est fondamental parce que les personnes ont besoin de s’inscrire dans la société et que la reconnaissance sociale est basée sur le travail. Les aides sociales n’aident qu’à survivre et les laissent exclues », poursuit-il.

Projet écosolidaire

La forme classique de l’emploi ne convient pas à tout le monde, et pour certains, il n’y a aucune solution depuis longtemps tant les difficultés liées au savoir être, aux compétences, à la santé, aux comportements ou aux conduites addictives sont fortes. C’est pour ces raisons que le projet écosolidaire de TAE s’est construit sur la base de deux principes.

« TAE n’est pas une structure d’insertion. Elle rassure et sécurise la personne en grande précarité par un contrat de travail à durée indéterminée », explique Didier Goubert. Le licenciement n’existe pas. En outre, l’entreprise parie sur la mixité des équipes : aux côtés de ses salariés associés, des salariés compagnons engagés pour deux ans.

Aujourd’hui, quatorze personnes en CDI et huit personnes en CDD travaillent et apprennent ensemble. Le choc de participation promu par le plan Pauvreté est ici une réalité. « L’entreprise est incluante.

Depuis la grille de salaire, les activités supplémentaires, la gestion des cadeaux de Noël ou le choix de la prévoyance, tout se réfléchit au sein de « TAE en marchant », qui regroupe les salariés volontaires ». L’analyse est collective même si le conseil d’administration décide.

L’ensemble fonctionne grâce à un « cercle vertueux long à mettre en place mais efficace », selon le directeur. Les salariés sont rendus autonomes et responsables de l’entreprise. Si la réunion d’équipe du lundi matin passe en revue les événements de la semaine précédente, elle sert aussi à « partager du sens ».

Formation en management

Le modèle fondé sur cette dynamique différente de management fait ses preuves. « Tout ne se résout pas, comme les problèmes de santé, mais les salariés de TAE retrouvent rapidement un logement ordinaire, la garde de leurs enfants et sortent de la curatelle », constate Didier Goubert.

C’est pourquoi TAE ouvre ses portes aux organisations et entreprises qui veulent s’en inspirer. Elle pense que savoir insérer les personnes les plus vulnérables dans le collectif de travail profite à tous les salariés et au savoir vivre ensemble dans l’entreprise. Elle en a même fait un cycle de formation en management. À destination des entreprises classiques ou sociales et solidaires.

DRChantal Caudron, salariée associée, déléguée du personnel suppléante

« Nous avons un pacte de responsabilité »

Je suis fière de dire que TAE, c’est notre entreprise. J’y suis depuis quinze ans. Nous sommes des salariés associés pour ne pas être désignés par « les autres ». Je viens de la pauvreté, j’ai connu la perte de mon travail – j’étais infirmière –, de mon appartement, le placement de mes enfants, la maladie. Reprendre le travail à TAE, ça m’a sauvée. Pour me battre et récupérer mes gamins. TAE est ma famille d’adoption. J’ai trouvé ma place et j’ai l’énergie de transmettre aux prochains ce que j’ai appris. Je ne baisserai pas les bras. Le collectif de travail, directeur compris, repose sur l’écoute et le respect, le dialogue. Nous avons un pacte de responsabilité pour l’embauche des nouveaux. Le premier critère, c’est la galère. Après, nous nous adaptons à leur rythme et à leurs capacités. Comme déléguée du personnel, je suis médiatrice pour ceux qui n’osent pas demander leurs droits, une avance de salaire ou un congé. Quand un conflit se déclenche, il faut comprendre pourquoi, être patient et apprendre à se mettre dans la peau de l’autre.

Note (01)

Formation TAE – ATD Quart Monde « L’entreprise incluante : apprendre à travailler ensemble ». Contact : 01 49 32 15 96, tae@ecosolidaire.org - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • Une trentaine de salariés a travaillé à TAE dans trois activités principales : l’informatique, le bâtiment – second œuvre et nettoyage. Ceux qui le veulent peuvent suivre une formation ou faire des stages pour être embauchés ailleurs.
  • Le budget annuel est de l’ordre de 550 000 euros, dont 80 % représentent les frais de personnel.
  • Le chiffre d’affaires s’élève à 400 000 euros. L’équilibre financier est assuré par des subventions publiques et privées.
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