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Petite enfance | 04/12/2018
À Nantes, la crèche des « Premiers pas » prend aussi soin des parents
par Nathalie Levray
insertion crèche © Unclesam-AdobeStock

Le multi-accueil nantais des "Premiers pas" mélange des enfants de milieux favorisés avec ceux de familles vulnérables. Et développe un projet social pour aider à une meilleure insertion des parents.

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«Trois cent crèches à vocation d’insertion professionnelle créées d’ici à 2020 », une mesure clé de la stratégie nationale pour « rompre la reproduction de pauvreté ».

À Nantes (Loire-Atlantique), le multi-accueil des Premiers pas (1), dirigé par Sophie Boucherie, a failli en être une : « il me manquait une heure d’amplitude d’ouverture ». Elle ne regrette rien : « j’ai la liberté de réajuster notre travail en fonction des besoins ».

Mixité sociale

Un travail construit autour d’un projet d’établissement conforme à la mesure « mixité sociale » du plan Pauvreté : « géographiquement, nous sommes à la jonction de plusieurs quartiers et socialement, nous proposons à des familles vulnérables d’accueillir leur enfant », explique Sophie Boucherie. La directrice veille à maintenir le cap.

C’est à partir du guichet unique de la mairie de Nantes qu’elle sélectionne les familles inscrites pour une place en crèche dans un dialogue préalable avec elles. La pérennité du projet repose sur un budget équilibré grâce à la présence d’enfants de milieux plus favorisés : leurs parents sont en accord avec cette « ouverture à l’autre », et elle n’a essuyé aucun refus lié au contenu et aux valeurs de la crèche.

« Au cours de la première année, nous avons constaté que les enfants étaient un frein à l’insertion professionnelle des femmes isolées. Elles ne pouvaient pas passer le permis, suivre une formation, participer aux cours de français… », raconte la directrice. L’association imagine alors un fonctionnement, repris dans son règlement, pour gérer au mieux ses places et répondre aux demandes ponctuelles d’accueil : les jours d’absence signalés suffisamment tôt ne sont pas facturés et donnent une visibilité pour réagir aux situations familiales ou sociales difficiles et exceptionnelles qu’il n’a pas été possible d’anticiper.

Au-delà des freins d’emploi ou de formation, les liens de confiance instaurés par l’équipe avec les mamans en ont fait ressortir d’autres, plus indirects, de l’ordre de l’intime. La dimension de l’accompagnement s’est imposée : « la question a cheminé et nous avons réfléchi pour répondre à ce besoin en conservant la qualité de l’accueil et le sens de notre travail ».

Contrat d’engagement

« En janvier 2018, l’association a pris en charge le coût d’une psychologue, présente deux matinées par semaine. L’objectif est de permettre l’engagement dans les réseaux économiques. » Dix-huit familles ont déjà été suivies. Et, depuis octobre, un chargé d’insertion accompagne dix familles : le contrat d’accueil de l’enfant se double d’un contrat d’engagement pour un accompagnement individualisé social et professionnel.

Des ateliers de savoir être autour de l’estime de soi et de la confiance complètent les savoirs plus directement associés au parcours d’emploi. Sophie Boucherie se réjouit : « les partenaires nous identifient comme une structure facilitatrice de la démarche d’insertion professionnelle ».

« La crèche est un lieu propice et rassurant pour les parents » – Fouzia Taouzari, psychologue clinicienne

Il n’y a aucune obligation à me rencontrer. Sophie Boucherie le suggère quand elle perçoit des inquiétudes et des questions chez les femmes qui déposent leurs enfants à la crèche. C’est un lieu propice et rassurant, non stigmatisant. Elles me parlent de façon libre et confidentielle de ce qui les interroge dans leur vie quotidienne, en relation avec leurs rôles de mère, de femme et l’image qui y est associée. Par exemple, comment être une femme active et une mère ? Faut-il être au service de ses enfants pour les aimer ? Me parler, c’est faire un pas de côté et s’autoriser à prendre du temps pour soi. Cela libère un espace psychique pour gagner en confiance et trouver sa propre manière d’être mère et femme. Ce travail appartient au projet d’insertion. Après cela, d’autres freins peuvent être débloqués pour cerner un projet professionnel et entamer un parcours. Mais ce peut aussi être la mise en place d’activités personnelles. Ces femmes prennent conscience qu’il se passe quelque chose en elles. Elles sont apaisées.

Note (01)

Contact : 02 28 26 72 52, premierspas@apprentis-auteuil.org - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • Le multi-accueil des Premiers pas est géré par l’association Auteuil petite enfance. Il compte 45 places proposées de 7 h 30 à 18 h 30. Depuis septembre 2016, 16 professionnels (14 ETP) accueillent les jeunes enfants de 2 mois 1/2 à 4 ans de 62 familles.
  • Le financement (687 528 €) est assuré à 12,8 % par les familles, 26,2 % par la ville de Nantes et 57,5 % par la CAF. 6 familles sur 10 paient moins d’un euro par heure. Le poste de chargé d’insertion est porté par Apprentis d’Auteuil et mutualisé avec le LAB (Lanceur A Business), dispositif d’accompagnement à l’entrepreneuriat développé sur Nantes.
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