La Gazette Santé Social - Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Formation | 06/12/2018
Des formations qualifiantes pour les agents sans diplôme
par Solange de Fréminville
élèves formation © Sergey_Nivens-AdobeStock

Les agents sans diplôme ou de niveau V se comptent par dizaines de milliers dans le secteur sanitaire, social et médico-social. L’ANFH et l’Unifaf mobilisent des fonds pour les aider à s’engager dans des formations qualifiantes. Les employeurs s’y retrouvent.

Email Email

Ils ont longtemps été les oubliés de la formation dans les hôpitaux et les établissements sociaux et médico-sociaux. Ouvriers de l’entretien des locaux, des services techniques et logistiques, agents des soins ou de l’accueil, ils sont le plus souvent sans diplôme. Et quand ils ont un diplôme, il est de niveau V et ne correspond pas toujours à leur métier.

Un tiers sans qualification

C’est en menant une enquête approfondie sur la question de l’illettrisme en 2012 que le délégué régional de l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH) Provence-Alpes-Côte d’Azur a pris conscience de l’ampleur du problème.

« On a ciblé vingt-huit métiers de la fonction publique hospitalière où les gens sont souvent recrutés sans diplôme, dans la cuisine, la plonge, la logistique, le nettoyage… Sur 20 000 salariés, on a constaté qu’un tiers n’avait aucune qualification. » De ce fait, ils n’ont pas accès aux concours et se trouvent privés de toute possibilité d’évolution professionnelle.

En outre, « sous l’effet des réorganisations engagées en milieu hospitalier, ils peuvent se trouver en difficulté d’adaptation à ces changements », souligne Lydia Rivat, chef de projet compétences clés de l’ANFH.

Le premier défi était de trouver des financements pour des formations qualifiantes qui sont relativement longues et coûteuses.

« Dans la fonction publique hospitalière, les fonds de la formation sont fléchés sur les études promotionnelles des soignants et des métiers du social, pas sur la logistique, le technique et l’administratif. Pour faire bénéficier ces filières de financements, nous avons sollicité le fonds social européen (FSE) et augmenté la part de la cotisation des établissements qui leur est destinée », pointe Marc Dumon.

Comment lever les freins ?

Pour mobiliser les salariés sans diplôme dans des formations compétences clés, il faut d’abord former l’encadrement. « On leur explique quelles difficultés ces personnes rencontrent – à l’écrit, à l’oral, et pour se repérer dans l’espace et le temps –, et comment faire pour détecter ces difficultés, puis comment aborder le sujet avec eux », rapporte Lydia Rivat. Deuxième étape : évaluer les besoins et bâtir un parcours sur-mesure. La formation dure au minimum 48 heures et jusqu’à 180 heures. « Cela dépend de chaque personne et des problèmes rencontrés dans les apprentissages », indique le chef de projet. Il faut alors convaincre l’employeur de laisser partir en formation ses agents. « On insiste : il faut accompagner les salariés pour anticiper et réussir les mutations », lance Lydia Rivat.

Dispositif sur-mesure

Le deuxième défi consiste à convaincre les cadres d’encourager la montée en compétences de ces agents non qualifiés, et ces derniers de s’engager dans des formations longues. Précurseur, l’ANFH Provence-Alpes-Côte d’Azur a conçu en 2014 un dispositif sur-mesure – « Les chemins de la qualification » – qui comporte quatre volets :

  • la sensibilisation de l’encadrement, chargé de repérer les salariés en difficulté et de leur proposer un parcours qualifiant ;
  • le positionnement du salarié par un prestataire afin d’éviter toute stigmatisation ;
  • la remise à niveau dans les savoirs de base pour les plus démunis dans ce domaine, avec des modules ou des ateliers compétences clés ;
  • une dizaine de parcours, en formation continue et en validation des acquis de l’expérience (VAE), pour acquérir des titres professionnels et des CAP (blanchisserie, maîtresse de maison, agent de restauration, agent hôtellerie, agent propreté et hygiène, etc.), ainsi que des formations sur-mesure pour augmenter les compétences du personnel administratif le moins qualifié.

Il a fallu aussi lever les réticences des employeurs, peu enclins à laisser partir leur personnel, et celles de salariés peu mobiles pour des raisons familiales et financières. Avec deux arguments : la proximité géographique des formations, partagées avec des salariés d’autres secteurs d’activité, et la prise en charge des frais de déplacement.

L’OPCA de la fonction publique hospitalière a financé la majeure partie du dispositif (coûts pédagogiques, salaires, frais) sur les plans de formation des établissements et ses fonds mutualisés. Résultat : « 150 personnes se sont inscrites en 2015, puis une centaine environ chaque année, dont deux tiers passent par les modules ou les ateliers compétences clés pour entrer en formation dans de meilleures conditions », rapporte Marc Dumon.

« Les agents se sentent revalorisés. L’intérêt est aussi une meilleure prise en charge des patients et des résidents », témoigne Émilie Dumas, responsable de la formation professionnelle continue à l’hôpital psychiatrique Montfavet, à Avignon, qui a utilisé le dispositif pour une cinquantaine d’agents.

Mise en situation professionnelle

Au-delà de la lutte contre l’illettrisme, le dispositif des « compétences clés » a fait ses preuves. « L’intérêt est qu’il garantit une bonne adaptation des formations aux activités des salariés : ils sont formés en situation professionnelle. L’objectif est désormais qu’il permette d’accompagner des agents de catégorie C sur un premier niveau de qualification », plaide Lydia Rivat.

Le certificat Cléa, conçu pour apporter un socle de connaissances et de compétences de base, est au programme. Avec, pour résultat, une meilleure qualité de service et une adaptation plus facile aux mutations en cours dans le secteur sanitaire et social. Plusieurs délégations régionales de l’ANFH ont prévu d’engager des actions collectives en 2019.

Le secteur associatif s’est également lancé dans ce type de programme. Dans les seuls Ehpad, les personnels sans diplôme ou de niveau V occupent 25 % des emplois selon une enquête de l’Unifaf.

L’accueil de personnes plus dépendantes et les difficultés croissantes de recrutement et de fidélisation des salariés incitent à investir dans des formations qualifiantes pour renforcer leurs compétences et favoriser la mobilité interne.

Avec le soutien de l’Unifaf, la Fondation Partage & Vie, qui emploie 6 600 salariés principalement dans des Ehpad, met ainsi en œuvre un programme de professionnalisation destiné à une centaine d’aides médico-psychologiques (désormais accompagnants éducatifs et sociaux, AES), depuis septembre.

L’objectif est de les accompagner vers le diplôme d’aide-soignant par le biais de la validation des acquis de l’expérience, complétée par des modules de formation continue. Un second programme est en projet pour 2019. Il s’agit de proposer à des agents de soin le plus souvent sans diplôme un parcours sur-mesure, complété par la VAE et des programmes de formation continue.

« L’idée est d’amener une quarantaine de salariés vers un diplôme d’AES ou d’aide-soignant », précise Claire de Faria, responsable formation et GPEC de la Fondation Partage & Vie.

DRPatrice Tanche, directeur de la maison de retraite intercommunale de la Durance (Noves et Cabannes, 13)

« Le fait que tout soit pris en charge a permis de convaincre les salariés »

« Le diplôme apporte une plus-value, des compétences et ouvre la possibilité d’une évolution professionnelle. Le fait que tout soit pris en charge a permis de convaincre les salariés qui n’ont pas les moyens de se déplacer. Une aide en hôtellerie et une blanchisseuse ont obtenu le titre professionnel de « maîtresse de maison » ; un agent de service a décroché le diplôme d’aide-soignant ; un autre chargé de la maintenance a obtenu celui d’agent d’entretien du bâtiment, ce qui nous évite de faire appel à des entreprises pour la plomberie et l’électricité. Et il se sent valorisé. De même que quatre personnes chargées de l’entretien des locaux qui ont bénéficié d’une remise à niveau dans les savoirs de base. Elles utilisent mieux l’outil informatique et ont découvert leurs points forts, les unes en maths, les autres en français. »

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>