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[Tribune] | 11/12/2018
Les révoltés du nouveau monde
par Rina Dupriet
Rina_Dupriet DR

Depuis des années la même scène se répète et se déploie dans les grandes capitales du monde jusqu’à souvent en renverser par les urnes l’ordre établi depuis des années et que chacun imaginait ancré dans les démocraties les plus avancées.

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Rina Dupriet est administrateur territorial, maire adjoint de Buc, déléguée à l’environnement, cadre de vie, protection du patrimoine, développement durable

Les collectivités territoriales et les maires des communes en particulier avaient bien senti depuis longtemps ce socle démocratique se fissurer sous leurs pieds.

En effet, si les grandes lois de décentralisation avaient permis une réorganisation importante des politiques publiques en les adaptant à l’évolution de la société, le rythme de ces changements s’accélérait trop vite et les élus eux-mêmes semblaient ne plus avoir prise sur cette évolution trop rapide qui leur échappait parfois !

L’État avait oublié : « qu’il fallait laisser du temps au temps » ! (François Mitterrand).

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde elle-même, s’exprimait récemment en ces termes : « Les élites n’ont pas conscience de ce qui se passe ! ».

Récemment, le Congrès des maires de France regrettait le nombre impressionnant de démissions d’élus depuis 2014 (737 en trois ans) alors qu’ils sont attachés à leurs territoires, qu’ils ont le sens des responsabilités et qu’ils sont aujourd’hui le dernier rempart pour tenter de résoudre les problèmes d’inégalités sociales, d’emploi, de logement, de santé. En fait, le maire essaie la plupart du temps d’assurer au mieux « la paix sociale » sur son territoire !

Mais ils ont « le blues » ces élus de terrain et c’est bien naturel. Ils ont le vertige devant le contexte économique et social actuel, devant les réformes qu’on leur impose depuis des années sans concertation préalable le plus souvent et qu’ils doivent subir au fil du temps.

Ils sont aussi en difficulté pour maîtriser cet environnement dans lequel l’État les plonge au quotidien !

Réflexion sur une forme d’explication

Sans vouloir revêtir le « fameux » gilet jaune, reprenons succinctement les grands axes d’une politique économique et sociale parfois décalée par rapport aux préoccupations majeures des français.

En matière d’impôts

En 2017, la France a passé la barre symbolique des 1000 milliards d’euros d’impôts et de taxes payés par les Français et les entreprises.

En 2022, ces prélèvements sont prévus à hauteur de 1188 milliards d’euros.

La pression fiscale de la France est la plus forte en Europe (elle regroupe les impôts et les cotisations nettes).

En France, elle représente près de 48 % contre 42 % en Italie et 40 % en Allemagne).

En matière d’emplois

On comptait un chômage de 9,1% de la population active à la fin du trimestre 2018.

En terme de créations d’emplois, on enregistrait 268 800 créations en 2017 en France contre 638 000 en Allemagne et 490 000 en Espagne (Source Insee-Eurostat).

En matière de fiscalité verte

Selon l’OCDE, la fiscalité verte de la France serait la plus importante du monde.

  • 1,90 % du PIB en Allemagne ;
  • 2,20 % du PIB en Suède ;
  • 2,43 % du PIB au Royaume Uni ;
  • 2,53 % prévu en 2022 en France.

Chacun a bien conscience que la hausse des taxes « vertes » ne finance pas en majorité la transition énergétique mais représente des mesures de rendement pour remplir les caisses du Trésor !

Il est prévu que la fiscalité passerait de 50 à 67 milliards d’euros pour financer des politiques diverses mais aussi accessoirement les 500 millions d’euros d’aides promis aux Français au moyen de primes à la casse et de chèques sans oublier la mise en place d’un Haut Conseil pour le climat et la réduction du parc nucléaire.

Retenons à cette occasion que la grogne des « Gilets jaunes » engendrée par la dernière hausse des carburants, entre autres, trouvait tout son sens lorsque l’on pose le constat affligeant du prix en baisse du pétrole depuis un an.

En effet, le prix du pétrole acheminé en France est au plus bas niveau depuis un an. Depuis le pic du 3 octobre 2018, le pétrole a perdu le tiers de sa valeur (- 32 %) sans répercussion notoire à la pompe.

Pour mémoire, la matière première représente 35 % du prix du litre de gazole et 31 % du prix du litre du Super sans plomb 95 alors que les taxes représentent elles 60 %.

Il était donc inéluctable que la grogne se fasse sentir.

Et pendant ce temps, les banques françaises continuaient d’augmenter leurs financements à destination du pétrole, du gaz et du charbon tout en les réduisant dans le domaine du solaire et de l’éolien.

Un vrai paradoxe lorsque l’on sait que les établissements bancaires accordent 10 euros de financement aux énergies, 7 euros vont aux énergies sales et 2 euros aux énergies vertes.

Et en même temps, les pouvoirs publics somment les Français à abandonner leur véhicule à énergie polluante, à changer leur chaudière au fuel, à s’organiser autour du covoiturage parfois improbable dans des contrées très éloignées des principaux sites urbains.

Sur le fond, les propositions sont intéressantes mais…

En même temps, les maires sont aussi encouragés à poursuivre leurs opérations immobilières pour répondre à la crise persistante du logement en y apportant tous les services au quotidien : crèches, services de soins, écoles, commerces etc.

Par manque de terrain à bâtir, les constructions sont réalisées le plus souvent à la périphérie des villes et des intercommunalités, ce qui oblige les habitants à utiliser leurs véhicules pour rejoindre les gares ou leur lieu de travail.

Du coup, le prix de l’immobilier en centre-ville est souvent multiplié par trois comme à Bordeaux par exemple ou décroît à chaque kilomètre et se paie d’une consommation d’essence et de diesel toujours plus élevée.

Mais alors quelles réponses les maires sont-ils aujourd’hui en capacité d’apporter à leur population exaspérée par tant d’improvisation dans la gestion des politiques publiques ?

D’autant que les maires ont à faire face :

  • à la baisse de leurs dotations ;
  • à la suppression progressive de la taxe d’habitation sans compensation totale certaine ;
  • à la fermeture de certains services publics (Poste, gare, écoles, cliniques, etc.) ;
  • à la réduction des aides sociales de certains de leurs administrés comme l’APL récemment ;
  • au mécontentement des retraités du fait de la hausse de la CSG et du gel de leurs retraites depuis des années…

Mais aussi à la paupérisation de certaines populations du fait :

  • de l’augmentation des tarifs de gaz de près de 21,4 % en 2018 ;
  • des hausses prochaines des tarifs de l’eau et de l’électricité, des tarifs d’assurance automobile (2 %) et d’habitation (5 %).

Tout cela sur un fond de Smic qui n’évoluera au 1er janvier 2019 que de 1,65 % sachant que l’inflation serait de l’ordre de 1,8 % sur l’année 2018.

11 % des salariés du secteur privé sont concernés mais de nombreux salariés du secteur public en subiront aussi les conséquences.

Les revendications sont fortes et les communes le savent bien. Ce sont elles qui seront le premier rempart de ce mécontentement et qui devront trouver des solutions à court et moyen terme pour pallier ces difficultés.

Ce sont elles aussi aujourd’hui qui investissent le plus pour satisfaire les besoins de leurs territoires sous la pression parfois de leurs administrés.

Ce sont elles également qui se voient imposer des regroupements de communes, des évolutions d’intercommunalités en EPCI, des mises en œuvre de loi sans un dialogue serein avec l’État (loi Notre, loi Gémapi, loi Elan, etc.).

Dans de nombreux endroits, l’EPCI a pour ambition d’absorber les communes et l’État y apporte sa pierre en favorisant l’extension de leur périmètre et en leur confiant de nouvelles compétences.

En les vidant ainsi de leur substance, les élus ne garderont bientôt que leur écharpe tricolore et l’état civil !

Leurs administrés mécontents ne pourront plus crier : « Balance ton maire » lui qui s’est battu pour servir le citoyen, répondre à son attente et à ses besoins parfois les plus primaires tout en organisant autour de son centre communal d’action sociale un malheureux bouclier social.

Les maires le savent bien : « Lorsque les élites parlent de fin du monde » en évoquant les problèmes de réchauffement climatique et que l’on ne peut nier, le peuple lui, révolté qui défile dans la rue depuis des semaines parle de « fin du mois ».

Il ne faudrait pas que la rupture entre l’exécutif et le peuple soit consommée car elle ne pourrait qu’engendrer une situation de crise difficilement gérable.

Ce conflit violent illustre bien le fossé qui s’est creusé entre les citoyens révoltés et les élites qui les dirigent et leur proposent des mesures souvent décalées par rapport à leurs besoins.

En effet, cette France qui manifeste n’est pas dépourvue de projets. Elle a bâti un idéal, son idéal tout au long des siècles derniers et elle entend bien le protéger au nom d’une égalité, d’une liberté et d’une fraternité au service de notre République.

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  1. Bonjour Rina et merci
    Ton analyse est pertinente . Elle montre combien tu es toujours connectée au terrain.Ce texte que tu nous proposes devrait inspirer ceux qui nous gouvernement et leur collaborateurs. Tous sont sortis des hautes écoles et tous devrait être autoriser d’ exercer ces hautes fonction après avoir mouiller leur chemise au services des habitants de collectivités ,de personnes en situation de handicap … Car comment ‘être décisionnaire et gérer notre république?Comment savoir écouter et surtout entendre les différentes demandes que portent en proximité les CCAS/CIAS,les associations,les corps intermédiaires Tout ceci avant de décider au nom et pour la république..!! MERCI J.L .G

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