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Maisons de naissance | 08/01/2019

En Ile-de-France, les femmes n’accouchent plus à l’hôpital

par Christelle Destombes
nouveau né © Tobilander-AdobeStock

En Ile-de-France, une maison de naissance accueille les femmes souhaitant accoucher « naturellement ». Malgré les dépassements d’honoraires, elle refuse 60 % des demandes.

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La première naissance « Comme à la maison » (Calm) a eu lieu en 2008. Bien avant l’expérimentation permise par une loi de 2013, encadrée par la HAS (1), qui a débuté en 2016. Jusqu’alors, les femmes accouchaient à la maternité des Bluets, après avoir bénéficié de l’accompagnement global – un suivi personnalisé par la même sage-femme – au Calm.

Depuis, elles y donnent naissance, dans des chambres équipées de baignoire, ballon ou balancelle. « Presque personne ne choisit le lit », souligne Margaux Dassieu, militante de l’association des Amis et usagers de Comme à la maison. Femmes et nourrissons rentrent à la maison dans les heures suivant la naissance…

Calm est géré par une association de sages-femmes libérales (6 salariées, 8 en soutien) et une association de parents. Près de 180 couples sont accompagnés chaque année, un quart est « transféré » vers la maternité. 125 naissances ont eu lieu en 2017.

Avoir le choix du lieu de son accouchement

La médicalisation de la grossesse est devenue la norme depuis les années 1970 : près de 98 % des accouchements ont lieu à l’hôpital. Si, depuis 1995, le nombre de maternités a diminué de 39 %, la part des accouchements se déroulant en maternité de niveau 3 (équipée d’un service de réanimation néonatale) est passée de 20 à 26 % (2).

« En France, la grossesse est considérée a priori comme pathologique. Aux Pays-Bas, c’est l’inverse : toute grossesse est a priori physiologique ! Nous ne militons pas pour que toutes les femmes aillent en maison de naissance, mais pour qu’elles puissent avoir le choix. Des alternatives existent », observe Margaux Dassieu.

L’expérimentation réserve les maisons de naissance (MdN) aux grossesses « à bas risque » excluant les femmes souffrant de diabète, d’hypertension ou ayant subi une césarienne. Elles doivent être contiguës à une maternité, pour transférer les patientes en cas de complication, pendant le suivi, l’accouchement, ou post-partum. À l’occasion de la construction du pôle de périnatalité de l’Est parisien, les sages-femmes ont pu concevoir leurs locaux : 200 m2, deux chambres de naissance, deux cabinets de consultation, une salle de yoga, un bureau, un grand salon-cuisine, une terrasse…

Une porte amène directement aux ascenseurs et salles de travail des Bluets.

Une petite structure

« Il faudrait autoriser des maisons extra-­hospitalières pour qu’elles se généralisent », glisse Margaux. Une étude britannique a montré qu’il n’y avait pas de risque supplémentaire à l’accouchement en MdN comparé à l’hôpital. Les militants français, réunis dans un collectif, attendent avec impatience d’être évalués pour faire cesser l’incertitude sur leur futur.

Aujourd’hui, le Calm reçoit 150 000 euros de subventions annuelles, aux deux tiers englouties par le loyer. Un fonds de solidarité peut aider les couples, qui doivent s’acquitter de 1 000 euros de dépassement d’honoraires. Pourtant, le Calm refuse 60 % des demandes. « Nous n’avons pas vocation à grandir. Une maison de naissance reste une petite structure et n’est pas une solution à la fermeture des maternités de proximité ». Même si le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes souhaite élargir l’offre, les MdN étant considérées comme une réponse aux violences obstétricales.

© calmAlice Guastalla, sage-femme au Calm depuis 2016

« Ici, on privilégie la prise en charge individualisée »

J’ai suivi une formation en Suisse, axée sur la physiologie autant que sur la pathologie. J’ai beaucoup appris en Guyane française : il n’y a pas ou peu de péridurales, les femmes doivent donner naissance sans médecin ni anesthésiste. À Paris, j’ai travaillé à la maternité des Bluets et je trouvais ça trop médicalisé… J’ai demandé à l’équipe du Calm de travailler avec elle et j’ai commencé officiellement le premier jour de l’expérimentation. Nous partons du principe que chaque accouchement est différent et nous travaillons avec l’incertitude de la naissance. C’est très prenant avec des astreintes de jour, de nuit, le week-end, mais il y a des temps de pause et surtout un travail en équipe. On peut échanger des diagnostics, et comme on travaille en binôme, on se nourrit d’autres façons de faire. Ici, on privilégie la prise en charge individualisée, c’est le plus respectueux des processus.


Chiffres Clés

  • Financement de l’ARS Ile-de-France : 150 000 € par an.

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