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Immigration | 11/01/2019
Pour résorber les bidonvilles, les collectivités expérimentent
par Christelle Destombes
bidonville © Ajdin_Kamber-AdobeStock

"2019 devra être l’année de la mise en place de stratégies globales et partenariales de résorption des bidonvilles dans les territoires", a souligné Sylvain Mathieu, délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement, en ouverture du 65e atelier de la Dihal, le 10 janvier à la Grande Arche de la Défense. Près d’un an après l’adoption de la circulaire du 25 janvier 2018 "visant à donner une nouvelle impulsion à la résorption des campements illicites et des bidonvilles", certains territoires ont engagé des démarches. Sans pour autant les formaliser.

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Marie-Hélène Nédélec, vice-présidente de Nantes Métropole, a détaillé la stratégie partenariale qui engage solidairement l’État, le département et vingt-quatre communes de la métropole. « Ça a pris du temps de mettre tout le monde d’accord », souligne-t-elle.

Le département compte 1 894 personnes vivant en bidonvilles, en majorité des Roumains, soit 12 % de la population. La démarche est articulée autour de trois axes : une mission de maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (Mous) déléguée à l’opérateur ASBL, des actions d’aménagement et de gestion de terrains d’insertion temporaires et des actions de droit commun pour l’accès à l’emploi, à la santé, à la scolarisation des enfants, etc.

Un accompagnement global et individuel

Le choix a été fait de prioriser des bidonvilles (15 sur 40) sur des indicateurs liés à la salubrité et à la tranquillité publiques, avant de créer des « terrains d’insertion » avec des communes volontaires. L’objectif est d’offrir à 480 personnes (240 ménages) un accompagnement global et individuel, d’ici trois ans pour un budget évalué à 2,9 millions d’euros, hors droit commun (1 million d’euros évalués pour l’État, l’agence régionale de santé et le conseil départemental).

Pour l’heure, 42 ménages ont été accompagnés en six mois, par l’équipe de travailleurs sociaux de la Mous (dont 86 mineurs), volontaires et « aptes » à s’intégrer. Six terrains d’insertion temporaires accueillent 245 personnes dans la métropole, d’autres devraient ouvrir en 2019 à Nantes, Couëron, et Saint-Herblain. Une commission interbailleurs métropolitaine pourrait être mise en place pour favoriser l’accès au logement de droit commun.

Absence de sélection

« Ce dispositif a pris du temps à se mettre en place et il a changé notre manière de travailler avec la Direction de la cohésion sociale, les services de l’État et les communes », souligne Marie-Hélène Nédélec.

Jean-Claude Bournez, responsable de la mission Bidonvilles à Strasbourg, présent dans la salle souligne que le succès du dispositif sur le territoire strasbourgeois a reposé sur l’absence de sélection : « les plus faibles ne doivent pas rester dehors ! Ceux qui sont restés sont devenus strasbourgeois à leur façon ».

Louis Bourgois, chercheur au laboratoire Pacte (CNRS/Sciences-Po Grenoble) soutient également que le principe du Logement d’abord – « ne pas présager de la capacité des personnes à habiter » – doit infuser la politique de résorption des bidonvilles.

Sortir les bidonvilles par l’emploi

Jérôme Normand, sous-préfet et directeur de projet campements illicites, de la région Ile-de-France, a souligné le succès du dispositif de formation au français développé avec Uniformation, une préparation opérationnelle à l’emploi mêlant 400 h de FLE et un stage en entreprise d’insertion de quinze jours, qui a bénéficié à 140 personnes en trois ans. La moitié a eu ensuite une proposition de formation, de CDD ou de CDDI.

Alors que la région et la Dihal participent à l’appel à projets 100% inclusion pour « sortir des bidonvilles par l’emploi », il espère pouvoir proposer 600 h de FLE en 2019. Les clauses d’insertion liées aux grands chantiers de la région (Grand Paris, JO) sont mobilisées, des échanges ont lieu avec les branches professionnelles pour favoriser l’insertion.

Vaccination massive contre la rougeole

Rayon santé, le Dr Isabelle Chabin-Givert de l’agence régionale de santé (ARS) témoigne d’une action de vaccination massive contre la rougeole qui a concerné 2 200 personnes, soit 30 % de la population vivant en bidonvilles dans la région.

Aidée par quatre associations, l’ARS souhaite mobiliser les offreurs de soins pour un meilleur accueil des populations et développe les médiateurs en santé parlant romani (1). Le tout afin que « le système de santé fasse son travail, au lieu du système subsidiaire des associations »…

La Dihal a installé en juin 2018 une « commission nationale résorption des bidonvilles », nourrie par les travaux de sept groupes thématiques (habitat, emploi, scolarisation, santé, lutte contre les discriminations, participation des personnes, coopération transnationale). Elle met en place des outils de travail (extranet, « plateforme numérique de résorption des bidonvilles », Action bidonville, en cours de développement par la Fabrique numérique). Forte de son inscription dans la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, elle dispose désormais de 4 millions d’euros pour soutenir les stratégies territoriales.

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