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PROTECTION SOCIALE | 18/06/2013
Des féministes s’emparent des retraites
par Olivier Bonnin

A l'occasion de la conférence sociale, Osez le féminisme ouvre le débat des inégalités des sexes face aux pensions.

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Après le clitoris, la retraite ! Deux ans après une campagne, remarquée, sur le plaisir sexuel féminin, les militantes de l’association Osez le féminisme ont ouvert, le 18 juin 2013, un débat a priori plus technique : comment limiter les inégalités entre hommes et femmes face aux retraites ? A deux jours de l’ouverture de la grande conférence sociale pour l’emploi, durant laquelle la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine devait présider une table ronde sur l’avenir des retraites, la question tombait manifestement à pic.

932 euros contre 1603 euros
Comme l’expliquent les féministes, sur le site internet créé pour la campagne, les écarts s’accumulent entre les deux sexes au troisième âge. Ainsi, « deux retraités pauvres sur trois sont des femmes », tandis que « une femme sur trois perçoit une pension inférieure à 700 euros contre un homme sur six », exposent les militantes, citant la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Dans sa toute dernière édition sur « les retraités et les retraites », ce service des ministères sanitaires et sociaux relève, à vrai dire, une « diminution des écarts de pension entre hommes et femmes », mais le fossé demeure vaste : 1 603 euros mensuels en moyenne pour les premiers, en décembre 2011, contre 932 euros pour les secondes !

« Un peu comme une facture trop salée après un très mauvais dîner », commente Anne-Cécile Mailfert, la porte-parole de l’association, qui présentait la campagne dans la maison « autogérée » des Babayagas (voir photo d’archive). Car ces injustices entre retraités viennent naturellement couronner les inégalités entre genres tout au long des carrières. Ainsi les femmes « représentent 85 % des salarié-e-s à temps partiel », et « se concentrent dans des métiers féminisés à bas salaires » souligne l’association. De plus, « elles interrompent plus fréquemment leur vie professionnelle pour s’occuper de leurs enfants ou de personnes en perte d’autonomie ».

Or le mode de calcul des retraites, basé notamment sur le salaire de référence, et sur le nombre de trimestres travaillés, perpétue ces inégalités. Celles-ci ont même été encore aggravées, d’après l’association, par « l’allongement de la durée de cotisation, le relèvement de l’âge légal, et la création de la décote » qui est retranchée pour tous les trimestres non travaillés.

Avantages familiaux
Certes, quelques dispositifs existent déjà pour corriger ces inégalités : des « avantages familiaux » sont ainsi consentis, lors du calcul de la retraite, notamment aux parents qui cessent leur activité pour élever leurs enfants. Osez le féminisme demande donc de les améliorer. L’association appelle aussi à mieux lutter contre les inégalités salariales, à supprimer la décote, ou encore à ce qu’aucune pension ne puisse être inférieure au seuil de pauvreté… Une autre de ses revendications devrait enthousiasmer les diplômés en médecine, femmes comme hommes : prendre en compte les années de formation dans le calcul de la retraite… « La longueur des études n’est pas forcément compensée par un salaire plus élevé », plaide la militante Clémence Helfter. Alors que Yannick Moreau, dans son rapport sur « nos retraites demain » remis le 14 juin au Premier ministre, soulignait déjà des inégalités entre les générations, ou entre les régimes, voilà de quoi mieux mesurer l’étendue du chantier pour un système de retraite enfin juste.

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