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Métier | 11/02/2019
L’animateur de l’aide alimentaire crée du lien
par Catherine Piraud-Rouet
Jean-Philippe Gréaud animateur aide alimentaire DR

Jean-Philippe Gréaud est animateur de l’aide alimentaire en Bretagne-Pays de la Loire. Pour animer le réseau des épiceries solidaires de son territoire, il faut de solides capacités d’organisation mais surtout bien connaître le public en situation de précarité.

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Jean-Philippe Gréaud intervient auprès de trente épiceries adhérentes à l’Association nationale des épiceries solidaires (Andes). « Mes missions s’articulent essentiellement autour de trois axes : créer du lien, former et animer », témoigne-t-il.

Côté lien, il propose par exemple des rencontres régulières entre les épiceries de son réseau, pour travailler sur des projets et des actions de mutualisation. Il fait aussi l’interface entre partenaires ou fournisseurs et épiceries et siège au comité de pilotage d’organismes solidaires du territoire.

Jean-Philippe Gréaud, 39 ans, exerce depuis mars 2018 la fonction d’animateur de l’aide alimentaire Pays de la Loire, Bretagne et Indre-et-Loire. Il coordonne et anime aujourd’hui un réseau de trente épiceries solidaires sur le territoire vendéen.

Hygiène et estime de soi

Le deuxième volet de son action porte sur la formation des équipes des épiceries adhérentes. Elles sont composées de travailleurs sociaux, de conseillers en économie sociale et familiale et/ou de bénévoles.

Les sessions abordent différents thèmes. Accueil, cohésion d’équipe, alimentation… Mais aussi de plus en plus l’hygiène. « Aujourd’hui, les structures sont soumises à de fortes obligations réglementaires : respect de la traçabilité des produits et de la chaîne du froid, obligation d’avoir un plan de maîtrise sanitaire… Nous leur apportons des outils pédagogiques, ainsi qu’un suivi de long terme », commente Jean-Philippe. Autre volet, encore émergent : l’estime de soi. « Une notion très importante pour les publics en précarité », pointe-t-il.

La troisième facette concerne l’animation du réseau. « Nous sommes en train de travailler, au niveau national, à la mise en place d’un partenariat avec les magasins Biocoop. En gestation, l’installation d’un rayon bio-vrac dans les épiceries, et l’organisation d’une collecte bio-solidaire en magasins, au printemps 2019 », précise Jean-Philippe.

L’animateur a aussi le projet, à l’horizon d’un à trois ans, d’organiser des événements culturels et sportifs dans les épiceries solidaires afin de lever des fonds et de sensibiliser le grand public tout en rendant les clients acteurs du lieu.

Capacités d’adaptation

Son quotidien, l’animateur le partage entre 40 % de télétravail et 60 % de déplacements. « Le travail à domicile me permet de me mettre à jour au niveau administratif, de préparer mes formations, les invitations à des rencontres régionales, de traiter mes mails… », détaille-t-il.

Il apprécie la liberté d’action, la variété des journées et la satisfaction d’être capable d’apporter des solutions pérennes. Mais il pointe aussi un relatif isolement. « Je suis seul pour couvrir deux régions et un département. Une situation parfois pesante, en dépit de contacts réguliers avec le reste du réseau », explique-t-il.

Autre difficulté : sensibiliser les épiceries, souvent prises dans leur quotidien, au travail de réseau et à la mutualisation, « deux approches d’avenir, dans un contexte de baisse régulière des subventions publiques ».

La fonction exige de fortes capacités d’organisation, d’anticipation et d’adaptation, car chaque structure est différente. « J’aime personnaliser mes rencontres avec les épiceries : je ne suis pas un commercial, mais un animateur de l’aide alimentaire », insiste-t-il.

Des capacités rédactionnelles sont également bienvenues, du fait des nombreux comptes rendus à remettre. Mais les plus importantes relèvent du savoir être : relationnel, ouverture d’esprit, capacité d’écoute, bonne connaissance du public en situation de précarité… « Il faut être en mesure de connaître rapidement son réseau, et pour créer une dynamique autour d’un projet, savoir se montrer réactif aux demandes des épiceries, et toujours avoir un temps d’avance, pour ne pas être submergé. Enfin, il est indispensable de savoir travailler en équipe et de garder la tête froide, face à un quotidien souvent fatigant et stressant », ajoute-t-il.

Tourné vers les autres

Issu d’un quartier populaire de La Roche-sur-Yon, où il vit toujours, Jean-Philippe a enchaîné, durant plusieurs années, missions d’intérim et petits jobs dans différents domaines d’activité (agroalimentaire, industrie, tourisme…), après un Bac économique et social et une tentative avortée d’études d’histoire.

Il est aussi, trois années durant, assistant d’éducation dans un collège, et une saison, animateur sur un campus. À la clé : l’apprentissage, sur le terrain, de solides notions d’organisation, de coordination, d’accueil, de mise au point de programmes hebdomadaires… Et, surtout, d’un savoir être tourné vers les autres.

Un parcours qui l’amène à basculer sur un brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et sportive (BPJEP) d’animateur socioculturel, formation qu’il mènera à son terme en parallèle à son contrat adulte-relais, décroché à l’automne 2010 à l’accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) d’une maison de quartier de la Liberté, à La Roche-sur-Yon, comme animateur socioculturel.

La maison de quartier comptait une épicerie solidaire, dont sa directrice lui propose de prendre la responsabilité une fois son diplôme en poche. « J’y ai fait, pendant cinq ans, mes premières armes dans le secteur de l’aide alimentaire : gestion de l’équipe de bénévoles, relations avec les partenaires, participation aux réunions partenariales… Avant d’intégrer mon poste actuel », précise-t-il.

Validation des acquis

Son avenir, Jean-Philippe le voit résolument se poursuivre au sein de l’économie sociale et solidaire. Il est d’ailleurs en plein processus de validation des acquis de l’expérience pour valider un diplôme d’État d’animateur de niveau III (DEJEPS, Bac + 2). « Je veux rester aux côtés de ceux qu’on n’entend pas, qu’on ne voit pas, pour leur permettre de vivre comme n’importe lequel d’entre nous », martèle-t-il. En ayant bien conscience de la nécessité d’approfondir son action.

« Il faut développer le réseau et continuer la réflexion pour trouver d’autres façons de fonctionner avec les bénévoles », estime-t-il. Tout en se disant conscient de la difficulté de l’enjeu. « Idéalement, il devrait y avoir un animateur titulaire et un suppléant par région, déclare-t-il. Malheureusement, la hausse de nos effectifs n’est pas à l’ordre du jour. »

© AndesEmmanuelle Zehren, directrice générale du réseau Andes

« Tous sont formés avec des outils harmonisés au niveau national »

« Né vers 2008, le métier d’animateur est spécifique à notre réseau de 370 épiceries solidaires. Nos neuf animateurs sont tous de profils différents : conseillers en économie sociale et familiale, anciens responsables de régies de quartier ou d’épiceries, diplômés en développement de l’économie sociale et solidaire… Trois d’entre eux sont issus de contrats d’avenir, et un du service civique. Pour un tiers, il s’agit de profils très expérimentés, de professionnels de 35-40 ans et de jeunes autour de 25 ans. À la clé, une grande complémentarité et une vraie richesse. Tous sont formés sur le terrain, avec des outils harmonisés au niveau national. Certes, il y aurait matière à augmenter les effectifs, mais nous sommes freinés sur le plan budgétaire. En tout cas, nous ne voulons pas devenir un fournisseur de services déshumanisé. »

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