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Économie solidaire | 14/03/2019
À la Nef la banquière est solidaire
par Eric Larpin
Hortense CRETE La Nef © Nicolas Robin

Hortense Crété est chargée de crédit à la Nef. Sur trois départements, elle fait le lien entre les épargnants solidaires de cette banque éthique et les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Pour soutenir des projets sociaux, environnementaux ou culturels.

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Ils ne sont qu’une douzaine à pratiquer ce métier en France. Mais ils pourraient représenter un job d’avenir avec le retour de la banque de proximité. Ces pionniers, ce sont les banquiers itinérants de la Nef (1), une coopérative financière, qui, après trente ans d’existence, est en passe de devenir une banque de plein exercice, avec le lancement de comptes pour les particuliers.

Pour convaincre les autorités, la banque lyonnaise a lancé en fin d’année dernière une campagne de promotion, qui a abouti à la souscription de 10 000 nouveaux livrets d’épargne.

Hortense Crété est originaire du Sud-Ouest. Après avoir obtenu son diplôme de l’École supérieure de gestion à Paris en 2014, elle s’est orientée vers le soutien à la création d’entreprises de l’économie sociale et solidaire. En 2018, elle a pris le poste de banquière itinérante à la Nef, pour trois départements de Nouvelle-Aquitaine.

Microcrédit

Basée à Bordeaux, et intervenant sur la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne, Hortense Crété, 27 ans, est la dernière-née des banquiers itinérants de la Nef. Elle est loin d’être arrivée là par hasard.

Ce poste correspond au métier dont elle rêvait. Elle a tout fait pour en acquérir les compétences lors de ses précédents emplois. « Dès ma scolarité à l’ESG en région parisienne, je voulais travailler dans la finance solidaire et le soutien aux petites structures. Un de mes premiers stages au Québec m’a permis de participer à la création d’un café-épicerie. Après mon diplôme, j’ai fait un service civique à la Fage, puis j’ai été conseillère en création d’entreprise à la MIEL (Maison de l’initiative locale) de Saint-Denis. C’est là que j’ai été confrontée au financement des petits projets », assure Hortense Crété.

Nous sommes en 2017 et Hortense Crété décide alors de s’investir dans un club d’épargnants solidaires Cigales, juste avant d’être embauchée à Paris comme chargée de microcrédit à la Nef (des petits prêts de 15 000 à 30 000 euros, mais qui demandent du temps de gestion). Elle travaille alors en collaboration avec Alice Longuépé, la banquière itinérante de Lille, un métier qu’elle découvre. Alors quand le poste de Bordeaux se libère à l’été 2018, elle saute le pas.

Extra-financier

La réinvention des banquiers itinérants a démarré dans le Nord il y a cinq ans, avec une première expérimentation. Comme les résultats ont été probants (multiplication des épargnants et des emprunteurs), la Nef a décidé de la création de plusieurs postes. Mais il s’agit d’un métier largement à inventer !

Hortense Crété s’est renseignée auprès de ses aînés pour en apprécier les contours : « le fait d’avoir déjà travaillé à la Nef est un atout pour moi, par rapport aux autres banquiers itinérants, qui viennent de la banque classique. Ici, nous avons en plus des grilles d’évaluation extra-financière pour des projets principalement sociaux, environnementaux ou culturels. » Et cela demande un peu de motivation, puisque les salaires y sont moins élevés que dans les autres banques…

Un métier qui comporte plusieurs facettes, puisqu’il s’agit autant de mobiliser de nouveaux épargnants solidaires que de trouver de nouveaux projets à soutenir. « Il y a d’un côté le relationnel et le commercial, avec des visites régulières pour rester dans la proximité sur des territoires très divers. Et de l’autre l’analyse financière. Les banquiers itinérants décident seuls pour les dossiers jusqu’à 50 000 euros. Au-dessus, c’est la délégation régionale (à Toulouse) ou la direction nationale qui prennent les décisions d’investir », complète Hortense Crété. Une fois par semaine, elle fait un point sur les dossiers en cours par visioconférence et tous les mois, elle se déplace à la délégation régionale, où travaillent cinq autres salariés.

Sociétaires actifs

Les banquiers itinérants travaillent en relation constante avec les autres acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire. À Bordeaux, ils sont tous installés depuis cette année au Point commun, à deux pas de la gare Saint-Jean. Hortense Crété peut ainsi traiter certains dossiers en co-instruction avec France active, Atis ou la Cress.

Elle peut en outre compter sur l’aide de sociétaires actifs, comme André Lacote. « Certains d’entre nous ne se contentent pas de placer leur argent sur les comptes de la Nef. Notre rôle est d’aider les salariés de la Nef. Ça peut aller de l’accompagnement sur des salons ou des événements à des conseils sur les projets éligibles ou non aux critères de la Nef, en passant par des visites à nos emprunteurs. Comme j’ai un peu d’antériorité sur le territoire, je fais part de mon expérience », indique ce dynamique retraité.

Les sociétaires actifs sont aussi les garants de la traçabilité de l’épargne. En effet, tous les ans, la Nef publie la liste exhaustive de ces prêts.

Cuir éthique

Malgré une arrivée récente, la jeune banquière a déjà finalisé plusieurs prêts, l’un pour une ­Biocoop près d’Agen, l’autre pour une boulangerie bio à Bordeaux. Elle assure le suivi de tous les emprunteurs locaux de la Nef, quasi exclusivement des entreprises et quelques collectivités comme Bassens. Elle a ainsi consacré une après-midi à l’atelier de sellerie-maroquinerie d’Agathe Havlicek, une jeune créatrice d’entreprise de Cestas, en banlieue bordelaise.

« J’ai obtenu un prêt de 30 000 euros de la Nef pour l’achat de machines à découper le cuir. En fait, c’est la banque que je voulais à tout prix, depuis que j’avais vu sur le site des Amis de la Terre, que c’est la banque la plus éthique. J’y suis comme épargnante, en passant par le Crédit coopératif, partenaire de la Nef, et donc aussi comme cliente. Avec les banquiers itinérants, j’apprécie qu’ils prennent du temps pour étudier les dossiers et comprendre nos besoins », confie la créatrice.

Les deux jeunes femmes ont ainsi analysé le projet de relance de l’Atelier Havlicek à l’été prochain. Une proximité qui n’est sûrement pas étrangère au développement de la Nef (près de 400 emprunts pour 55 millions d’euros au total en 2017). Sans compter qu’à la Nef, les femmes gagnent autant que les hommes à qualification égale « et ça, c’est déjà une grosse différence avec les autres banques ! », insiste Hortense Crété.

DRYves Le Borgne, directeur du Pôle finances et marchés publics de la ville de Bassens (Gironde)

« La collectivité sait d’où vient l’argent et c’est important »

« Nous avions un objectif pédagogique d’ouvrir le cercle des prêteurs de la ville à la finance solidaire, à côté de nos grands prêteurs comme la Banque Postale. On sait d’où vient l’argent de la Nef et c’est important pour les collectivités, dont certaines ont été victimes d’emprunts toxiques dans les dernières années. Dans le cadre d’un grand programme de travaux de 500 000 euros (construction de préaux couverts pour les services espaces verts et de salles pour le centre de loisirs), nous avons pu négocier un prêt de 50 000 euros. En 2016, je me suis mis en relation avec la banquière itinérante de Bordeaux pour ce projet, qui correspond à leurs critères et leur donne de la visibilité. Les travaux sont déjà achevés. J’espère que l’on pourra de nouveau faire appel à la Nef pour des projets de renouvellement urbain. »

Note (01)

La Nef Le Point commun, 90 rue Malbec, 33000 Bordeaux, 05 56 24 56 79. - Retourner au texte

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