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[Tribune] Alimentation | 27/03/2019
De la prise en charge à la prise en compte
par Auteur Associé
Pauline Scherer Sociologue intervenante, Laboratoire d’étude et de recherche sur l’intervention sociale (Leris) DR

Sous l’impulsion de nombreux mouvements sociaux autour des circuits courts, des magasins coopératifs, de l’agriculture biologique, des marchés paysans ou encore des jardins collectifs, les citoyens montrent leur désir de se réapproprier leur alimentation, à la fois dans les modes de production, de distribution et de consommation.

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Par Pauline Scherer, sociologue intervenante, Laboratoire d’étude et de recherche sur l’intervention sociale (Leris)

Cette dynamique vise l’accès à une alimentation de qualité et durable, bonne pour la santé comme pour l’environnement, et produite dans des conditions respectueuses du travail humain. Elle est à mettre en perspective du droit à l’alimentation qui désigne « le droit d’avoir un accès régulier, permanent et non restrictif, soit directement ou au moyen d’achats financiers, à une alimentation quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple auquel le consommateur appartient, et qui lui procure une vie physique et mentale, individuelle et collective, épanouissante et exempte de peur » (O. De Schutter).

Pourtant, l’alimentation reste l’un des grands marqueurs des inégalités sociales. Lors d’une récente enquête Ipsos-Secours populaire (2018), un sondé sur cinq estimait avoir du mal à se procurer une alimentation saine pour assurer trois repas par jour. En réponse à cette précarité, l’aide alimentaire, financée principalement par le fonds européen d’aide aux démunis (FEAD), fournit à environ 3,9 millions de personnes des denrées de base, synonyme d’une alimentation « sous contrainte », et peu fournie en produits frais.

De plus, elle sert souvent de variable d’ajustement dans le budget des familles, faisant de l’alimentation un enjeu secondaire. Le mouvement de transition alimentaire doit donc venir interroger les dispositifs d’aide alimentaire, notamment dans leurs capacités à permettre un accès digne à une alimentation de qualité et choisie pour tous, en passant d’une logique de « prise en charge » à une logique de « prise en compte », dans une perspective d’émancipation. Des initiatives solidaires émergent en ce sens dans les territoires, portées par des acteurs locaux ou des associations nationales. Elles doivent être développées et renforcées pour faire de la transition alimentaire, un mouvement démocratique vecteur de justice sociale.

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