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Labellisation | 18/04/2019
Microdon, l’entreprise libérée
par Eric Larpin
Tas de pièces de un centime © MangAllyPop@ER-AdobeStock

Labellisée Esus et B Corp, Microdon collecte les centimes sur les fiches de paie ou les tickets de caisse pour les affecter à des projets sociaux. Un modèle qui fonctionne avec ou sans la loi Pacte.

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La loi Pacte place l’ESS dans l’expectative

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Qui a récemment fait ses courses dans un supermarché s’est peut-être vu proposer d’arrondir les centimes de son ticket de caisse à l’euro supérieur au profit d’une ONG ! Derrière cette nouvelle forme de générosité embarquée, il y a la jeune entreprise sociale Microdon qui a fait de son projet, dans ses objectifs comme dans sa démarche, un projet social.

Label B Corp

« Au démarrage de Microdon il y a dix ans, j’avais la volonté d’ancrer l’entreprise dans l’ESS. Les entreprises sociales étaient en émergence et on voulait appartenir à ce mouvement », évoque Pierre-Emmanuel Grange, son fondateur. Beaucoup d’entre elles ont alors choisi le statut de SAS, un statut très prisé des entreprises capitalistes. Nul paradoxe pour Pierre-Emmanuel Grange. « C’est un statut très souple. Quand on a rédigé notre objet social, rien ne nous a interdit d’y faire figurer des objectifs d’impact social et environnemental, ou un éventail des salaires resserré. Alors nous l’avons fait ! » Pour compléter sa démarche, le jeune patron a exploré de nouvelles démarches de progrès dans l’entreprise.

Assez naturellement, Microdon a obtenu l’agrément Esus, mais il n’est pas apparu assez incitatif pour changer les manières de faire de l’entreprise. En 2015, Microdon est devenue la deuxième entreprise en France à obtenir le label B Corp. « C’est un label exigeant qui pousse les entreprises à améliorer leurs bonnes pratiques en interne et en externe. Notre équipe a répondu aux 200 questions et a fourni des documents, comme les fiches de salaire aux deux extrémités de la grille. Cela nous a fait avancer sur certains sujets, comme l’actionnariat de tous les salariés et la création de lignes budgétaires gérées directement par chacun des vingt-trois salariés », ajoute Fanny Malfait, responsable du développement.

L’entreprise fait aussi preuve d’une totale transparence, avec la création d’un comité de salariés et la présence d’un salarié au conseil de surveillance.

Entreprise libérée

Plus récemment, Microdon a aussi choisi de s’inscrire dans la démarche d’entreprise libérée, avec un management plus horizontal et collectif. « Entreprendre autrement ça fonctionne déjà et la démarche d’entreprise à mission n’apportera rien de plus à l’entreprise sociale », selon Pierre-Emmanuel Grange. Le modèle économique fonctionne. 100 % des dons, qu’ils viennent des consommateurs ou des salariés (Microdon réalise aussi l’arrondi sur fiche de paie), sont reversés à des ONG ou des associations. La rémunération de la société se fait sur les services rendus aux entreprises. Microdon leur propose aussi de gérer les dons de temps de leurs salariés. Un succès qui vient aussi du tour de table financier composé uniquement de financeurs solidaires, comme Mandarine Gestion, France Active Investissement ou le fonds de la Maif, qui ne cherchent pas à déstabiliser la jeune start-up sociale.

« Si les démarches d’agrément sont moins complexes, cela incitera plus d’entreprises » – Thierry Sibieude, professeur à l’Essec, titulaire de la Chaire Entrepreneuriat social, directeur du campus Essec Afrique

« Il existe de multiples manières pour les entreprises d’affirmer leurs engagements sociétaux. Les entrepreneurs sociaux ont initié ce mouvement. Bien avant les autres, ils répondent collectivement à des dysfonctionnements du système et proposent des innovations sociales. Avec les entreprises à mission, on monte quand même d’un cran par rapport à la responsabilité sociale des entreprises et aussi par rapport aux agréments qui existent déjà comme Esus en France ou B Corp aux États-Unis. On peut espérer que ce qu’ont initié les entrepreneurs sociaux va être imité par de plus en plus d’entreprises et qu’on va enfin changer d’échelle. On peut aussi espérer que si les démarches d’agrément sont moins complexes, cela incitera plus d’entreprises à définir leur mission. L’entreprise à mission valide en tout cas le constat que les entreprises ne peuvent plus se permettre d’être indifférentes à ce qui les entoure. »

Références

  • 33 millions d’actes de dons depuis dix ans.
  • 11 millions d’euros récoltés au profit d’ONG et d’associations.
  • 400 entreprises partenaires.
  • 1 200 associations soutenues.

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