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Prévention spécialisée | 09/05/2019

Nicolas Fréman, chef éducateur

par Sihem Boultif
Nicolas Fréman chef éducateur CoDASE © CODASE

Nicolas Fréman, 41 ans, est chef de service éducatif du service de prévention spécialisée au Comité dauphinois d’action sociale et éducative de Grenoble. Un métier charnière entre la direction et les travailleurs sociaux avec la nécessité de constamment s’adapter aux forces en présence.

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Missionné au titre de la protection de l’enfance par la ville de Grenoble, Nicolas Fréman travaille en collaboration avec la communauté d’agglomération, la Métro. Depuis janvier 2017, celle-ci gère la protection de l’enfance, d’un point de vue financier mais pas seulement. « C’est un travail en collaboration avec les chargés de mission. Nous avons signé un contrat d’objectifs de territoire tripartite, avec l’Éducation nationale, régulièrement réévalué. Cela permet de nous rassembler autour d’un projet commun », explique-t-il.

Un moyen aussi de définir les objectifs à atteindre avec son équipe d’une dizaine de personnes, tous étant travailleurs sociaux, la plupart possédant le diplôme d’État d’éducateur spécialisé. Ces derniers interviennent chacun sur un secteur géographique bien défini, partagés entre les quartiers de la Villeneuve et du Village Olympique de Grenoble pour sept d’entre eux, les trois autres se répartissant sur le Pays voironnais. Ils ont tous pour mission d’assurer une présence sociale sur ces quartiers dits difficiles, pour les jeunes entre 12 et 21 ans, jusqu’à 25 ans pour le Pays voironnais.

Encadrement et management

Un rôle de prévention et d’accompagnement que le chef de service a longtemps exercé, afin d’agir pour l’insertion sociale et professionnelle de ces jeunes en rupture. « Après quinze années passées à travailler en tant qu’éducateur spécialisé, j’ai voulu changer de posture. Aujourd’hui, j’occupe des fonctions différentes, avec davantage d’encadrement et de management. C’est un autre point de vue, un regard différent mais j’avais ce désir de changement en moi, pour m’investir d’une autre manière, bien que ce fût un véritable deuil de ne plus être en contact avec les jeunes et les familles ».

Ce lien et cette présence sociale auprès des publics en difficultés, ce sont les éducateurs spécialisés qui en ont la charge. Cela passe souvent par une première approche, une discussion pour leur proposer un accompagnement éducatif. S’ils accrochent à la relation, c’est un premier pas. Reste ensuite à l’éducateur le rôle de soutien. Celui-ci se déclinera selon les besoins du jeune : cela peut prendre la forme d’un suivi auprès de la mission locale pour retrouver du travail, ou d’un chantier éducatif de peinture ou d’entretien des espaces verts, par exemple.

Nicolas Fréman a appris le métier d’éducateur spécialisé au fil du temps, avant de valider son diplôme par le biais de la validation des acquis de l’expérience (VAE) en 2007. Il a ensuite exercé son métier pendant une quinzaine d’années et obtenu le diplôme de chef de service spécialisé en 2010 avant de décider de changer de métier. Il est depuis juin 2018 chef de service éducatif au sein du service de prévention spécialisée du Comité dauphinois d’action sociale et éducative (Codase).

Clinique éducative

Nicolas Fréman, lui, ne suit plus directement ces publics en difficulté mais bénéficie toujours d’un retour d’expérience de son équipe. C’est ce qu’il appelle la « clinique éducative ». « Nous nous réunissons très régulièrement avec les éducateurs, au moins une fois par semaine, en petits groupes de trois à cinq membres.

Toutes les réflexions se font dans un cadre pluridisciplinaire avec une psychologue qui nous accompagne régulièrement lors de ces échanges. C’est l’occasion de discuter des difficultés qu’ils peuvent rencontrer sur le terrain, de me parler des jeunes qu’ils encadrent, nous évoquons telle ou telle problématique rencontrée et nous cherchons des solutions, ensemble ». La clinique éducative permet de soutenir les éducateurs spécialisés, qui exercent un métier parfois difficile.

« Ce n’est jamais pareil, d’un jeune à l’autre, d’une situation à une autre… Par exemple, un jeune peut très bien s’engager sur la bonne voie puis être incarcéré six mois après. C’est le propre de l’humain, on ne peut établir aucune règle ».

Juste distance

Cette attitude fait d’ailleurs partie de son rôle d’encadrant. « En tant que chef de service, je suis tenu à une certaine posture face à mon équipe. Il faut établir une juste distance, nécessaire pour créer les conditions favorables de travail mais tout en tenant compte en permanence de différents éléments qui s’imposent à nous : la dynamique d’équipe, l’état émotionnel ou l’humeur de chacun, les problèmes personnels… »

À cela s’ajoutent d’autres obligations plus classiques, comme la gestion des plannings de ses équipes, la relecture des écrits adressés à l’aide sociale à l’enfance ou le travail avec les partenaires associatifs locaux, comme les maisons des habitants (MDH) ou les missions locales.

« Mon poste me permet aussi d’échanger avec les élus et les services jeunesse des mairies pour coordonner nos actions. C’est aussi ce qui me plaît dans le métier de chef de service : pouvoir agir à un autre niveau, m’impliquer davantage en obtenant de plus grandes responsabilités. Mais comme toujours, lorsque l’on gravit les échelons, on est confronté à une balance qu’il faut constamment équilibrer, comme un bateau à voile qu’il faudrait diriger en tenant compte des vents ».

La montagne comme support

Si la comparaison est empruntée au monde du sport, ce n’est pas sans raison. Après une maîtrise de droit privé obtenue en 2000, cet amoureux de la nature a utilisé la montagne comme support éducatif afin de travailler avec des ex-détenus. Un premier projet professionnel qui en déclenchera d’autres, en Laponie finlandaise, en Sardaigne, sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, au Cap Nord en Norvège…

L’éducateur emmène une ou plusieurs personnes à chaque fois, pour un voyage éducatif d’un mois et demi. En 2007, Nicolas Fréman décide de passer par la validation des acquis de l’expérience pour obtenir son diplôme d’éducateur spécialisé et passe en 2010 le certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrant et de responsable d’unités d’intervention sociale (Caferius), indispensable pour devenir chef de service. En 2011, il met sa carrière entre parenthèses pour prendre un aller simple pour Katmandou, au Népal. Ce n’est que trois ans plus tard qu’il reprendra ses fonctions d’éducateur et accédera finalement en juin 2018 au poste de chef de service, soit huit ans après avoir passé le diplôme. Pourquoi après autant de temps ?

« C’est encore une fois une question de balance, j’étais tiraillé entre les deux métiers pendant longtemps. Je crois que j’avais besoin d’attendre la bonne opportunité et d’être prêt à changer de statut pour me décider », conclut-il.

© CoDASECamille Mazzucchi, éducatrice spécialisée au Codase

« Il nous aide à voir plus clair dans certaines situations compliquées »

« La fonction première d’un chef de service éducatif est bien entendu la prise de décisions pour notre équipe. Mais paradoxalement, avec Nicolas Fréman, on ne ressent pas toujours ce rapport hiérarchique, il sait se mettre à notre niveau, car il a été lui-même éducateur, il connaît les problématiques que nous pouvons rencontrer sur le terrain. Lors des réunions d’équipe, il nous donne la parole. C’est l’occasion de prendre du recul, il nous aide aussi à y voir plus clair dans certaines situations compliquées. En ce qui concerne les partenariats que l’on peut mettre en place, notre chef de service est également un relais. On s’en remet à lui pour décider si l’on va donner suite ou non à telle ou telle sollicitation, que ce soit auprès des centres sociaux ou d’autres acteurs du monde social ».

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