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[Vu d'ailleurs] Risques psychosociaux | 09/05/2019

Buurtzorg, le modèle coopératif qui soigne l’humain

par Solange de Fréminville
Pays-Bas soins © Adragan-AdobeStock

Aux Pays-Bas, Buurtzorg, entreprise à but non lucratif, emploie 10 000 infirmiers qui privilégient le lien avec le patient et une approche globale des soins. Un modèle qui a aussi prouvé sa viabilité économique.

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Fondé en 2006 aux Pays-Bas par l’infirmier Jos de Blok, Buurtzorg (1) a rompu avec la logique de rationalisation des soins qui entraîne une fragmentation des tâches, une obligation d’exécution dans un temps restreint et une répartition des interventions auprès du même patient selon le niveau de qualification. Avec pour conséquence la perte du lien avec le patient et donc de ce qui fait le sens du métier.

« L’objectif de Buurtzorg est de rendre leur métier aux infirmiers, un métier choisi, motivant, qui repose sur la qualité de la relation humaine avec le patient et son entourage, mais aussi avec ses collègues infirmiers et les autres professionnels intervenant dans la prise en charge », explique Guillaume Alsac, cofondateur de l’association Soignons humain, qui s’efforce d’appliquer le modèle néerlandais dans le cadre d’un programme européen (2017-2021) associant des professionnels belges et britanniques, ainsi que des universitaires chargés d’étudier la mise en œuvre dans les trois territoires.

Approche holistique

Buurtzorg regroupe une multitude de collectifs d’infirmiers dans le soin à domicile. Chaque collectif est composé de quelques professionnels travaillant dans le même quartier (ou le même périmètre). Leur approche est dite « holistique » : elle prend en compte le patient dans sa globalité – les aspects physiologiques, psychologiques, sociaux –, et définit la prise en charge en tenant compte de l’ensemble des interventions (aidants, médecins, kiné, autres…).

Ils élaborent avec le patient son plan d’accompagnement et de soins et s’appuient sur lui, son entourage et les autres professionnels pour le mener à bien. Chaque collectif est en auto­gestion. Il organise son activité en s’appuyant sur les outils fournis par l’entreprise : un réseau social qui permet aux infirmiers de partager leurs pratiques dans chaque équipe et entre collectifs, et un logiciel métier ergonomique, basé sur un référentiel d’évaluation des patients et d’objectifs de soins, dans lequel ils saisissent le plan d’intervention auprès du patient, le travail fait à chaque visite et le temps passé. Tous les infirmiers sont équipés de tablettes.

Forfait horaire

Aux Pays-Bas, la tarification est horaire et, depuis 2015, le tarif est unifié. L’entreprise établit sa facturation et la paie sur cette base.

Mais, au contraire du système français, le forfait horaire permet aux infirmiers d’avoir du temps pour le patient et son aidant et évite de se focaliser sur les actes à facturer. « Si l’infirmier voit par exemple que l’aidant ne va pas bien, il peut passer du temps avec lui », commente Guillaume Alsac.

Les services centraux de Buurtzorg sont réduits au minimum, mais ils comportent une vingtaine de coachs qui aident les collectifs à se réguler. Il s’agit de prévenir et réduire les tensions qui peuvent surgir dans les équipes. L’entreprise néerlandaise peut ainsi afficher à la fois la satisfaction au travail des infirmiers et un modèle économique éprouvé.

© C. Saint OliveGuillaume Alsac, cofondateur des associations Soignons humain et BuurtzorginFrance

« La santé et la qualité de vie au travail résultent de cette organisation »

« Nous avons été enthousiasmés par Buurtzorg, sa capacité à satisfaire toutes les parties prenantes, notamment les patients et les infirmiers. La santé et la qualité de vie au travail résultent de cette organisation, mais ce n’est pas l’objectif initial. Le premier objectif, c’est d’être le meilleur infirmier possible, ce qui nécessite des compétences et de travailler avec des collègues avec lesquels on s’entend bien, mais rend inutile une direction ou un centre de décision extérieur. Le deuxième objectif, c’est de tout miser sur des relations humaines de qualité entre infirmiers et patients, et entre professionnels. D’où la constitution de collectifs par petit secteur, ce qui permet une bonne connaissance des patients, des collègues infirmiers, des autres professionnels présents dans ce secteur, et un partage des informations sur les patients. Le système de santé hollandais le rend possible, car l’infirmier a une mission d’évaluation des besoins, de soins, d’éducation thérapeutique, de soutien à l’aidant… Et il est payé selon un forfait horaire. C’est ce que nous allons expérimenter sur un ou deux territoires en France, avec l’accord du ministère de la Santé. »

Note (01)

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Chiffres Clés

  • 10 000 infirmiers et infirmières.
  • 850 collectifs.
  • 65 000 personnes prises en charge.

Références

  • « Reinventing Organizations », de Frédéric Laloux, 2014.
Thème abordé

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