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Développement durable | 17/05/2019
La santé soigne plus vert
par Solange de Fréminville
santé développement durable © Tomertu-AdobeStock

Responsable qualité, ingénieur, médecin, sage-femme, directeur d’établissement…, ils sont des centaines à s’investir dans la réduction de l’impact environnemental de leur établissement sanitaire ou médico-social. La plupart se lancent par engagement écologique suivis par leurs directions qui y voient une source d’économie. Mais c’est aussi la santé des patients, des résidents et celle des professionnels qui est en jeu.

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Développement durable : la santé soigne plus vert

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«On a montré qu’en menant des actions concrètes, on pouvait réduire notre impact. Par exemple, on a diminué la consommation d’eau de 23 % entre 2006 et 2018 en améliorant l’organisation de la blanchisserie et en surveillant les fuites avec un logiciel », relève Philippe van de Woestyne, directeur du développement durable du CHU de Lille. La démarche environnementale engagée en 2009 par ce mastodonte (12 établissements, 16 000 salariés) a en effet permis des avancées remarquables, au premier rang desquelles la réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre dans une période de croissance de l’activité hospitalière. Et, au passage, une diminution considérable de la facture énergétique. Moins 32 % pour le gaz et le fuel.

Réduire l’impact environnemental

Un argument majeur pour convaincre les directions d’établissements. « Le gain financier est mis en évidence rapidement », confirme Sandra Durand, de l’Association nationale pour la formation des hospitaliers (ANFH) Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), qui coordonne une démarche de développement durable dans quelques dizaines d’hôpitaux de cette région depuis 2015. Quand des investissements sont nécessaires, de la simple installation de leds jusqu’à la construction de bâtiments de haute qualité environnementale, ils sont amortis par la réduction des dépenses énergétiques et des coûts de renouvellement. Mais pour l’ensemble des professionnels, l’enjeu majeur est la santé, celle du personnel, des patients et… de la planète.

« C’est très en phase avec les valeurs hospitalières : il s’agit de ‘‘prendre soin’’. Pour beaucoup d’équipes, c’est extrêmement porteur », observe Marc Dumon, délégué régional de l’ANFH Paca. Au centre hospitalier de Cannes, par exemple, des dizaines d’agents administratifs et techniques, ainsi que des équipes médicales, se mobilisent depuis dix ans pour réduire l’impact environnemental de leur établissement sous la houlette de Nathalie Ronzière, directrice adjointe. Avec des résultats probants : nettoyage des sols sans produits chimiques, développement d’une vingtaine de filières de tri des déchets, premiers pas de l’écoconception des soins…

Plus récemment, dans la région des Pays de la Loire, une centaine d’établissements sanitaires et médico-sociaux a adhéré au projet développement durable porté par l’ARS et l’Ademe. Depuis quelques mois, une trentaine bénéficie de diagnostics et de conseils en matière d’économies d’énergie, ainsi que d’un accompagnement en cas de rénovation ou de construction de bâtiments.

Mobilisation insuffisante

À la fin des années 1990, très peu s’engageaient dans cette voie. Le comité pour le développement durable en santé (C2DS), association fondée en 2006 par des professionnels du secteur sanitaire, a donné de l’ampleur aux premières initiatives en fédérant des hôpitaux, cliniques, Ehpad… Fort de presque 500 adhérents aujourd’hui, il anime le partage d’expériences entre professionnels qui vont jusqu’à élaborer ensemble des outils. Mais le tournant décisif est donné par les lois Grenelle 1 et 2, puis Transition énergétique pour la croissance verte.

Elles apportent une vision stratégique, des objectifs et le cadre réglementaire qui manquait. C’est alors que des ARS se sont emparées du sujet. Pionnière, l’agence Paca s’est attaquée à l’usage des biocides et s’est lancée dans la course au développement durable en partenariat avec le C2DS. En 2017, nouveau pas en avant : l’État a confié une mission « développement durable » à l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap), en partenariat avec l’Ademe et les fédérations d’employeurs du secteur sanitaire et médico-social.

Toutes ces institutions sont bien conscientes du rôle déterminant des professionnels qui, au sein des établissements, prennent en charge les questions écologiques en plus de leurs fonctions attitrées. « Beaucoup de projets sont dus à l’engagement de personnes citoyennes », remarque Marc Dumon. Mais le chantier est immense et la mobilisation très insuffisante.

« De nombreux établissements ne font pas leur bilan carbone alors que c’est obligatoire pour les établissements publics de plus de 250 agents et les entreprises de plus de 500 salariés », déplore Olivier Toma, directeur de Primum non nocere, agence qui accompagne de nombreux établissements de santé dans leur stratégie RSE ou développement durable. La fonction de responsable développement durable est encore très peu répandue. Et quand la volonté d’agir est manifeste, les moyens manquent.

« Certaines régions n’ont pas de filière de tri de biodéchets, et rien n’est organisé pour valoriser les médicaments hospitaliers et le verre médicamenteux », pointe Olivier Toma. Sans compter « l’absence de formation initiale sur le développement durable », regrette-t-il.

Formation continue

C’est pourtant le nerf de la guerre, d’autant que les questions environnementales sont complexes. Seul le diplôme d’université ­Management du développement durable en santé, délivré par le Cesegh (Montpellier) depuis six ans en partenariat avec le C2DS fait le tour du sujet. Il a permis la montée en compétences de dizaines de professionnels, responsables qualité, ingénieurs, dirigeants, médecins, infirmiers, agents techniques. Depuis peu, la fonction publique hospitalière bénéficie également d’un premier catalogue de formation continue élaboré par la délégation régionale de l’ANFH Paca sur six thématiques, les déchets, les effluents, les économies d’énergie, la baisse des émissions de gaz à effet de serre et l’écoconception des soins.

Il arrive aussi que des professionnels de santé prennent leur bâton de pèlerin pour transmettre leur savoir. Sur la question cruciale des biocides qui polluent les effluents, le médecin hygiéniste Philippe Carenco, du centre hospitalier d’Hyères, forme depuis des années ses confrères du secteur public de santé. Il est intervenu dans une soixantaine d’établissements en 2018, dans toute la France.

Ces pionniers de la protection de l’environnement rencontrent parfois des résistances car « on requestionne tout : le matériel à usage unique, l’usage des produits chimiques, etc. », souligne Marc Dumon. Mais le fait de mettre le doigt sur des problèmes précis : pollutions de toutes sortes, énorme gaspillage alimentaire, déchets mal triés…, permet une prise de conscience.

Ambassadeurs

« La clé, c’est de communiquer, d’informer, de faire passer des messages écrits, vidéos, de créer des événements réguliers, et de mettre les gens autour de la table pour réfléchir ensemble, identifier les problèmes, chercher des solutions », explique Philippe van de Woestyne, qui a dès le départ associé à la stratégie développement durable du CHU de Lille la direction générale, la coordination générale des soins, les directions des ressources humaines, des achats et de la communication, auxquels se sont joints en 2012 la ville et la métropole de Lille, la région et l’ARS Hauts-de-France, l’université de médecine, l’Ademe et Eurasanté (pôle d’excellence). Avec pour résultat une démultiplication des initiatives, soutenues par 200 agents du CHU, « ambassadeurs du développement durable », ou par les partenaires. Notamment la mise en place de 39 filières de tri des déchets (dont 37 avec recyclage ou valorisation), ou encore, depuis 2013, la transformation en biogaz de 450 tonnes de déchets alimentaires par an pour le réseau de transport urbain de la métropole de Lille.

Quant aux médecins de l’établissement, ils sont toujours plus nombreux à se mobiliser. Ainsi a émergé un projet de développement durable pour les blocs opératoires des urgences avec la société française d’anesthésie et de réanimation. De quoi verdir un peu plus l’hôpital.


Chiffres Clés

  • 12 % des consommations énergétiques du tertiaire et 2 % de la consommation énergétique nationale relèvent du secteur de la santé qui occupe le premier patrimoine bâti public. Le secteur de la santé : 6 000 établissements sanitaires et 30 000 établissements médico-sociaux (source : Anap et Ademe).
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