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Santé publique | 01/07/2019

Le télésuivi de Strasbourg améliore la qualité de vie

par Laure Martin
insuffisance cardiaque coeur © sasun_Bughdaryan-AdobeStock

Les hôpitaux universitaires de Strasbourg ont développé "E-Care" un télé-suivi des patients insuffisants cardiaques, impliquant directement les professionnels de santé de la ville. Les premiers résultats sont prometteurs.

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Depuis 2016, les services de cardiologie et de médecine interne des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) œuvrent pour la mise en place d’une filière sur l’insuffisance cardiaque car « 40 % des patients que nous prenons en charge en souffrent. Nous nous sommes rendu compte que 20 à 30 % d’entre eux étaient ré-hospitalisés le mois suivant leur sortie. L’enjeu est majeur pour améliorer leur suivi et leur qualité de vie », explique le Pr Emmanuel Andrès, responsable adjoint du pôle de médecine interne (1). C’est ainsi qu’est née l’idée de développer le projet de télémédecine, E-Care.

Délégation de compétences

Depuis 2016, les patients sont équipés, au cours de l’hospitalisation, d’une solution de télésurveillance qui repose sur une tablette, une balance, un tensiomètre et un saturomètre connectés, prêtés pendant deux à six mois selon la gravité de leur état de santé. En parallèle, « des infirmières libérales ont été formées par l’équipe de l’hôpital à l’utilisation des outils connectés », fait savoir le Pr Andrès.

Les mesures du patient sont prises quotidiennement, via ces appareils, soit par le patient lorsqu’il est autonome, soit par une infirmière libérale. Elles sont envoyées sur un serveur hébergé par les HUS et analysées par un logiciel au regard du phénotype du patient. L’infirmière, qui dispose d’une délégation de compétences, reçoit les résultats sur son smartphone ou sur un portail internet avec, en cas de problème, une alerte orange ou rouge.

« Son rôle est alors de contacter le patient, de lui poser des questions pour s’assurer que le protocole de mesures a été respecté et le traitement bien pris », précise le Pr Andrès. En fonction des réponses, elle peut lui suggérer de refaire les mesures, d’être mieux observant ou contacter le médecin traitant voire le cardiologue libéral. Ces derniers vont alors pouvoir prendre les dispositions nécessaires comme demander au patient s’il suit bien son régime sans sel ou encore ajuster son traitement si besoin.

« Notre objectif n’est en aucun cas de prendre en charge des urgences vitales, mais d’anticiper la décompensation cardiaque. Notre logiciel détecte les problèmes cinq à dix jours en amont de la survenue d’un événement clinique », précise le professeur.

Déploiement expérimental

L’usage de cet outil est expérimenté dans le cadre du Prado-Incado (2), soutenu par les unions régionales des professionnels de santé (URPS) médecins et infirmiers libéraux, la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin et l’agence régionale de santé (ARS) Grand Est, depuis 2018. 300 patients sont inclus dans l’expérimentation. Il est encore un peu tôt pour en tirer un bilan, envisagé pour fin 2019 début 2020.

« Notre objectif est de démontrer qu’avec E-Care, les patients sont moins ré-hospitalisés. Pour le moment, ils se disent satisfaits et souhaitent poursuivre la prise en charge. Sur le plan médical, les premiers résultats semblent prometteurs », fait savoir le Pr Andrès.

« Mon rôle d’infirmière prend tout son sens » – Stéphanie Audy, infirmière libérale

« La CPAM m’a proposé le suivi d’une patiente dans le cadre de cette expérimentation. J’ai été formée, avec ma remplaçante et la patiente, par le prestataire, à l’ensemble des outils. Je me connecte depuis mon ordinateur ou mon téléphone, pour recevoir les données. L’avantage, c’est que je peux immédiatement alerter le patient et/ou son médecin si besoin. D’ailleurs, j’ai pu constater grâce à une alerte, de la prise de poids rapide de ma patiente. Elle était en rupture de traitement. Nous avons réagi immédiatement, et ainsi évité un œdème et une hospitalisation. Cette prise en charge est vraiment intéressante car on peut suivre le patient dans la durée et faire de l’éducation thérapeutique. On est aussi, en tant qu’infirmière, l’interlocuteur entre le patient et le médecin. On coordonne, on évalue, on alerte. Notre rôle prend tout son sens. Mais sans éducation préalable du patient et une confiance entre les soignants et avec le patient, il n’y a pas d’intérêt. »

Note (01)

Contact : emmanuel.andres@chru-strasbourg.fr - Retourner au texte

Note (02)

Le service de retour à domicile des patients hospitalisés Prado a été initié par l’Assurance maladie en 2010, afin d’anticiper les besoins du patient liés à son retour à domicile et fluidifier le parcours hôpital-ville. Il a lieu en chirurgie, pour les pathologies chroniques et la maternité. Il est expérimenté pour l’insuffisance cardiaque (Incado). - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 2014 : mise au point du dispositif.
  • 2016 : inclusion des premiers patients.
  • 2018 : expérimentation dans le cadre du Prado-Incado.

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