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Santé | 15/07/2019
Au Mans, Moovcare prévient les rechutes du cancer
par Laure Martin
téléphone smartphone application santé © nito-AdobeStock

Depuis six ans, le Dr Fabrice Denis, cancérologue au Centre Jean-Bernard du Mans, étudie les effets du suivi des patients atteints du cancer du poumon via une application. Les résultats sont encourageants.

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«Un certain nombre de mes études m’ont permis de conclure que la surveillance d’un patient atteint d’un cancer du poumon et de ses symptômes pouvait apporter davantage d’informations pertinentes sur l’évolution de sa maladie, que la surveillance de la tumeur elle-même », explique le Dr Denis (1). Aussi, a-t-il élaboré une application, Moovcare, et étudie depuis 2012 l’impact d’un suivi rapproché avec le reporting des symptômes des patients concernés.

Des alertes en cas de problème

Lorsqu’un patient en cours de traitement ou qui vient de le terminer, accepte d’être suivi via l’application, le cancérologue lui prescrit son usage. Il reçoit, tous les lundis, un lien par email qui lui donne accès à un questionnaire. Il le remplit, avec précision, et les informations sont envoyées sur un serveur sécurisé contenant des algorithmes qui vont notifier à l’équipe soignante une éventuelle difficulté.

« L’équipe reçoit des alertes uniquement en cas de problème. Ils vont pouvoir observer l’évolution des symptômes, les impacts et appeler le patient si besoin pour s’assurer qu’il a bien rempli le questionnaire », indique le Dr Denis. Les alertes sont généralement symptomatiques de complications ou de rechute. « 90 % des rechutes de cancer du poumon sont accompagnées de symptômes comme la perte de poids sans raison », précise le médecin. Dans ces cas-là, l’équipe anticipe la visite médicale du patient. Elle est effectuée dans les huit jours avec si besoin une imagerie.

« L’avantage est aussi ressenti par les patients qui ne déclenchent pas d’alerte car ils font beaucoup moins de scanners qu’à l’accoutumée », rapporte le Dr Denis. Cela fait six ans que le médecin teste Moovcare. Quatre études cliniques ont été menées. « Nous avons démontré qu’avec l’application, nous rallongeons la survie des patients de près de 20 % à un an. C’est mieux que l’immunothérapie », se félicite le Dr Denis. La première étude a été faite à l’Institut Jean-Bernard du Mans et jusqu’à sept centres de cancérologie publics et privés ont testé l’application.

Du côté des patients, les études ont révélé que 100 % d’entre eux se sentent rassurés avec Moovcare car en contact avec l’équipe soignante. Cette dernière a également parfaitement adhéré au dispositif car « elle voit les bénéfices pour les patients », souligne le Dr Denis.

En attente de remboursement

Les résultats ont conduit le cancérologue à déposer un dossier de demande de remboursement à la Haute autorité de santé. « Actuellement, l’application est fournie gratuitement par la société Sivan innovation. L’objectif, avec le remboursement, est de permettre à l’établissement de percevoir une rémunération pour un acte de télésurveillance lorsque l’équipe soignante en assure un, et de financer l’éditeur de logiciel », explique-t-il.

Les enveloppes vont probablement être distinctes. Mais comme la télésurveillance ne fait pas encore partie des actes remboursés par l’Assurance-maladie, la demande va probablement prendre du temps.

« Je suis rassuré de me savoir suivi » – Yves Bidault, utilisateur de Moovcare depuis deux ans

« C’est le Dr Denis qui m’a proposé d’utiliser Moovcare. Cela fait longtemps que je vais le voir en consultation. J’ai été opéré pour mon cancer des poumons en 2005. Au départ, comme je n’avais pas d’ordinateur, je remplissais un questionnaire papier. Puis finalement, je me suis équipé, et depuis j’utilise Moovcare. Tous les lundis, je reçois le lien vers le questionnaire dans ma boîte email. Je dois répondre par oui ou par non, ou de manière graduée, à des questions sur mon poids, mon appétit, la douleur, la toux, l’essoufflement. L’application est vraiment très simple d’utilisation et surtout, je trouve très rassurant de me savoir suivi par l’équipe soignante. Il est déjà arrivé qu’en fonction de mes réponses, elle me rappelle dans les deux heures. Je me sens vraiment encadré. Désormais, l’application fait partie de ma vie. C’est la première fois que je reste quatre mois sans traitement, sans analyse et sans voir le médecin. C’est le grand avantage de l’application car sans elle, j’aurais eu un suivi beaucoup plus régulier à l’hôpital. »

Note (01)

Contact : f.denis@cjb72.org ou sophie.fraudin@sivan-innovation.com - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 2012 : début de la réflexion sur MoovCare.
  • 2013 : première étude clinique.
  • 2018 : dépôt d’un dossier devant la Haute autorité de santé pour une demande de remboursement de l’application.
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