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Exclusion | 16/07/2019
Les dimensions cachées de la pauvreté
par Nathalie Levray
pauvreté © Rainer_Fuhrmann-AdobeStock

Une étude pilotée par ATD-Quart Monde et l’université d’Oxford fait la synthèse de trois ans de recherche sur la pauvreté. Elle met en évidence neuf dimensions qui la façonnent et cinq facteurs qui en modifient l’intensité. Des éléments peu compris par la société et insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques.

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Pauvreté : la lutte finale ?

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Rendue publique le 10 mai 2019, l’étude sur la pauvreté a été menée sur trois ans au Bangladesh, en Bolivie, aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni et en ­Tanzanie. Réalisé par le mouvement international ATD-Quart Monde associé à des chercheurs de l’université d’Oxford, ce travail est original à deux égards. La méthode retenue, celle du croisement des savoirs et des pratiques d’ATD-Quart Monde, donne lieu à une recherche conduite avec des personnes en situation de pauvreté, des professionnels de terrain et des universitaires.

L’approche systémique met, quant à elle, en évidence au-delà des aspects financiers traditionnels un panel de caractéristiques de la pauvreté « moins technocratiques et davantage nourries par la vie des personnes qui en souffrent ».

Manque de contrôle et dépendance

À partir des manifestations locales de la pauvreté, l’étude met en évidence – et la France n’y échappe pas – neuf « dimensions cachées » qui la définissent :

  • le manque de contrôle sur sa vie et la dépendance vis-à-vis des autres, le combat et la résistance face à elle, la souffrance physique, mentale et émotionnelle ;
  • la maltraitance institutionnelle et la maltraitance sociale, les contributions et compétences non reconnues des personnes pauvres ;
  • le manque de travail décent, le revenu insuffisant et précaire, le manque d’accès aux biens et services.

Elle dégage les dynamiques et interactions de ces dimensions dans une logique du « tout est lié, rien n’est figé » et les conceptualise autour de trois pôles : la dépossession du pouvoir d’agir, les dynamiques interrelationnelles et les privations matérielles et sociales.

Facteurs d’évolution

La pauvreté « n’est pas une fatalité ». L’étude répertorie les facteurs qui l’intensifient ou l’atténuent :

  • l’identité, c’est-à-dire la façon dont les personnes en situation de pauvreté sont perçues et traitées, « stigmatisées et discriminées », par les autres et par la société, ainsi que le regard qu’elles portent sur elles-mêmes ;
  • le moment de la vie où la pauvreté survient et sa durée ; l’environnement et la politique environnementale ;
  • le pays, la zone, rurale ou urbaine, le quartier plus ou moins défavorisé où l’on vit qui détermine les difficultés en termes d’infrastructures, de possibilités et de qualité d’emplois, de transports publics et de services, d’isolement ;
  • les croyances culturelles qui influent sur la définition et la compréhension de la pauvreté, et façonnent la manière de traiter les personnes en situation de pauvreté.

Éradication de la pauvreté

Ces neuf dimensions et cinq facteurs modificateurs doivent « faire avancer la pensée globale sur la nature et la mesure de la pauvreté ». Alors que le premier des nouveaux objectifs pour un développement durable (ODD) vise l’éradication de la pauvreté partout et sous toutes ses formes, l’étude insiste sur l’intérêt des mesures subjectives de la pauvreté par rapport aux indicateurs de pauvreté actuels.

« La manière dont nous comprenons et mesurons la pauvreté est plus que jamais essentielle », assène ATD-Quart Monde. Les promoteurs de l’étude ambitionnent à long terme, par la réduction de l’écart entre la perception et la réalité de la pauvreté, de contribuer à des actions de terrain plus efficaces et à l’élaboration de meilleures politiques de lutte contre la pauvreté aux niveaux national et international.

Cohésion sociale

Le message s’adresse aussi au grand public dont le regard sur les personnes pauvres détermine « l’équilibre des politiques entre le soutien financier et le soutien social, entre sélectivité avec des prestations sociales basées sur des besoins financiers et les dispositions universelles ou catégorielles qui favorisent la solidarité et la cohésion sociale ».

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