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Stratégie pauvreté | 10/09/2019

Les plus pauvres ne peuvent pas attendre 2022

par Nathalie Levray
Plan pauvreté conférence de presse © NLH

Alors que le gouvernement présentera jeudi 12 et vendredi 13 le bilan et les perspectives un an après le lancement de sa stratégie de lutte contre la pauvreté, le collectif Alerte tire la sonnette d’alarme. A quoi bon les mesures "intéressantes" de la stratégie Pauvreté si les politiques publiques relatives à l’emploi, au logement, à la santé, à la culture ne sont nullement compatibles avec ses enjeux qu’elle sous-tend ? Un changement de cap est attendu vers d’autres choix fiscaux, une évaluation de l’impact des lois et des politiques publiques pour les plus pauvres, la concrétisation du renforcement de l’insertion par l’activité économique et des territoires zéro chômeur de longue durée, et la revalorisation du RSA dès 2020.

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La promesse d’éradication de la grande pauvreté formulée par le président de la République ne prend pas le chemin d’être tenue, selon les dix associations (sur les 37 qui composent le collectif Alerte) réunies pour une conférence de presse le 9 septembre. Certes, la réforme de l’accompagnement des bénéficiaires du RSA est sur les rails, les concertations pour le service public de l’insertion et pour le revenu universel d’activité sont lancées. Alerte y participe d’ailleurs de façon « active et loyale », affirme Christophe Devys, président du collectif. Mais ce qui est posée, c’est la question pratique et concrète de l’amélioration ou non de la situation des personnes tout en bas de l’échelle et les plus éloignées de l’emploi.

Pas d’amélioration pour les 10 % les plus pauvres

Le collectif se défend de tirer un bilan « mesure par mesure », affirme Christophe Devys. Car le plus grave n’est pas tant le délai de moyen ou long terme nécessaire pour obtenir des résultats mais les « contradictions » et les « incohérences » des autres politiques publiques menées depuis le début du quinquennat. Ainsi, regrette Christophe Devys, les espoirs suscités par la stratégie annoncée l’an dernier tombent à plat devant les réalités vécues par les personnes concernées : « elles nous disent qu’il n’y a pas d’amélioration de leur situation mais plutôt une dégradation ». Ce constat concerne les 10 % les plus pauvres de la population, et plus particulièrement les 5 % les plus démunis, « perdants en termes de pouvoir d’achat », selon le collectif. Claire Hédon, la présidente d’ATD Quart monde, dit encore attendre « le choc de participation annoncé en 2018 ».

Des vents contraires à la stratégie

Non seulement les personnes les plus pauvres sont « victimes » de la baisse des allocations logement (5 euros/mois), de la désindexation des prestations familiales et logement (7 à 8 euros/mois), mais les chômeurs de longue durée et les bénéficiaires du RSA sont exclus des mesures liées à la baisse des impôts sur le revenu (ils n’en paient pas) ou à la hausse de la prime d’activité. « Des vents contraires » soufflent contre la stratégie, souligne Claire Hédon. A titre d’exemple, Patrick Bouffard de Médecins du monde cite les projets d’économie sur l’aide médicale d’État ; Christophe Robert, délégué de la Fondation Abbé-Pierre, retient une politique du Logement d’abord qui se heurte à la « diminution des budgets pour la construction des logement sociaux ou pour la création d’accueil en centre d’hébergement et de réinsertion sociale » et à la « spirale des expulsions locatives ». Pour la Fédération des acteurs sociaux, Florent Gueguen pointe la drastique baisse des contrats aidés et, craint-il, leur « prochaine suppression ». La réforme de l’assurance chômage va en outre « conduire des milliers de chômeurs vers les minima sociaux », prédit-il.

Voir l’effet de la stratégie dans son quotidien

C’est ainsi un sursaut en faveur des plus démunis que réclame le collectif. « Les plus pauvres ne peuvent pas attendre 2022 au mieux, mais plus vraisemblablement 2023 » pour voir l’effet de la stratégie pauvreté dans leur quotidien », s’insurge Christophe Devys. Alors Christophe Robert appelle, au nom du collectif à un « changement d’échelle » qui nécessite de la part du gouvernement « des choix fiscaux » différents de ceux qui ont été faits. Claire Hédon réclame « une évaluation de l’impact des lois et des politiques publiques sur les 10 % les plus pauvres ». Les postes promis dans le secteur de l’insertion par l’activité économique et l’extension des territoires zéro chômeur de longue durée doivent être concrétisés au plus vite. Le RSA doit être revalorisé dès 2020 : « pas moins de 850 euros pour une personne seule », réclame le collectif. Au demeurant, le collectif attend beaucoup des dix-huit hauts commissaires installés cet été pour assurer le déploiement de la stratégie pauvreté dans les territoires, notamment « en termes de coordination et d’animation des groupes de travail régionaux », précise Christophe Devys.

RUA : les lignes rouges du collectif Alerte

Dans la concertation en cours sur l’instauration du revenu universel d’activité, le collectif Alerte a donné les « lignes rouges » à ne pas franchir par le gouvernement au cours de la conférence de presse du 9 septembre :

  • pas de fusion du revenu de solidarité active (RSA) et des allocations personnelles de logement ;
  • exclusion de l’allocation adulte handicapé et du minimum vieillesse (ASPA) du RUA ;
  • pas de perdants parmi les plus pauvres : la « réforme technocratique » ne doit pas se faire sur le dos des personnes en bas de l’échelle.
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