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Urgences | 12/09/2019

L’ordonnance du docteur Buzyn ne séduit pas les personnels

par Christelle Destombes
Urgences en grève © Ricochet64-AdobeStock

Le "pacte de refondation des urgences", qui injecte 754 millions d’euros supplémentaires pour 2019-2022, ne passe pas. Le collectif Inter-Urgences, réuni en assemblée générale à Saint-Denis le 10 septembre, au lendemain des annonces d’Agnès Buzyn, a voté à l’unanimité une motion pour la poursuite de la grève. Il appelle par ailleurs l’ensemble des personnels hospitaliers à rejoindre le mouvement. À l’origine de la grève des urgences qui touche 250 services sur 474, le collectif réclame l’arrêt de la fermeture de lits et de structures, des revalorisations salariales, le recrutement de personnel et l’arrêt des contrats précaires. Des rassemblements locaux sont annoncés le 26 septembre.

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Renaud Pequignot, président d’Avenir hospitalier, intersyndicale de médecins hospitaliers, ne mache pas ses mots : « les millions annoncés, c’est un marché de dupes : en l’absence de revalorisation de l’Ondam, soit les annonces sont fausses, soit l’argent sera pris sur d’autres missions de l’hôpital », déplore-t-il à l’issue de l’AG. « On ne nous donne pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions pour les patients », surenchérit Christophe le Tallec, du CHU de Nantes et vice-président d’Inter-Urgences.

Pour le collectif, l’hôpital public est sous-doté (3,6 % du PIB contre 4 % ailleurs en Europe) et des moyens sont nécessaires pour lutter contre « la désorganisation globale », selon Hugo Huon, infirmier à Lariboisière et président du collectif : « Les Urgences ne pensent pas qu’aux urgences ».

Services d’accès aux soins

Le pacte de refondation des urgences prévoit douze mesures, dont la plus emblématique est la création du SAS, service d’accès aux soins, « pour accéder, à toute heure et à distance, à un professionnel de santé qui fournira un conseil, une téléconsultation, du télésoin, une orientation vers une consultation sans rendez-vous ou un service d’urgence ». Il s’agit de mieux orienter les 43 % des patients accueillis aux urgences qui pourraient être pris en charge dans un cabinet médical. Une concertation doit se tenir d’ici deux mois, afin d’en déterminer l’organisation et de finir « la guerre de tranchée entre médecins libéraux, hôpital et pompiers » selon Agnès Buzyn.

50 maisons médicales de garde

La médecine de ville doit prendre sa part, comme le prévoit le plan Ma santé 2022 (CPTS, assistants médicaux…). De plus, 50 maisons médicales de garde devraient être financées à proximité des services d’urgence importants – plus de 50 000 passages par an. 15 millions d’euros seront alloués aux transports sanitaires pour permettre aux Samu d’orienter les patients vers la médecine libérale et 5 millions pour systématiser le tiers payant (part Sécu) dans le cadre de la garde libérale. Le syndicat MG France a réagi en « exigeant la mise en place d’une cotation spécifique pour les actes réalisés à la demande du centre de régulation des appels ».

Protocoles de coopération

D’autres mesures prévoient la montée en compétences des paramédicaux, avec un accès direct aux kinés pour des traumas bénins, la prise en charge des cystites ou angines par les pharmaciens…

Des protocoles de coopération seront financés dès cet automne pour permettre à des infirmiers de demander des examens de radio (13 millions d’euros) et des infirmiers de pratique avancée aux urgences sont annoncés : formés à partir de l’automne 2020, ils pourront pratiquer en toute autonomie certains gestes (sutures) et prescrire des actes.

Au sein des Urgences, un plan de lutte contre l’intérim médical devrait empêcher les professionnels de santé de cumuler plusieurs emplois au 1er semestre 2020. En revanche, une forme de mutualisation entre établissements est promue, les médecins volontaires pourront intervenir dans d’autres établissements du territoire.

La coupe est pleine

La réforme du mode de financement (moins de T2A, dotation populationnelle aux services d’urgence et expérimentation d’un forfait d’organisation de parcours alternatif pour les patients) ainsi que le recours au numérique pour mieux gérer les lits sont attendus. Mais la coupe est pleine pour les personnels, qui regrettent « l’asphyxie des Urgences ».

La coordination nationale infirmière a apporté son soutien au mouvement « face à l’absence de réponses adaptées du Gouvernement devant une crise qui touche tout le système de santé », de même que la CME de l’AP-HP et sa collégiale des psychiatres de l’AP-HP. Côté syndicats de médecins, le SNMH-FO appelle à la grève, l’Association des urgentistes de France (Amuf) présidée par Patrick Pelloux et Avenir hospitalier se prononceront aujourd’hui.

La Fédération de l’hospitalisation privée juge de son coté la démarche pertinente et est prête à y prendre sa part : « c’est une réforme structurelle, qui engage l’avenir, et c’est sans doute le plus important ». Lamine Gharbi son président dit cependant rester « vigilant sur la réforme du financement déconnectée de l’activité », et appelle la ministre à renforcer l’attractivité des métiers dans les établissements de santé. Interrogée sur LCI le 11 septembre, Agnès Buzyn a affirmé qu’elle n’était pas dogmatique : « là où nous devrons ouvrir des lits, nous le ferons ».

Les 12 mesures du « pacte de refondation des urgences »

  1. Mettre en place dans tous les territoires un service distant universel pour répondre à toute heure à la demande de soins des Français : le service d’accès aux soins (SAS) : 340 millions d’euros.
  2. Renforcer l’offre de consultations médicales sans rendez-vous en cabinet, maison et centre de santé : 10 millions d’euros.
  3. Donner à la médecine libérale les mêmes leviers de prise en charge que les urgences : 75 millions d’euros.
  4. Offrir aux professionnels non médecins des compétences élargies pour prendre directement en charge les patients.
  5. Fixer un objectif « zéro passage par les urgences » pour les personnes âgées : 175 millions d’euros.
  6. Intégrer la télémédecine dans tous les Samu : 15 millions d’euros.
  7. Mieux utiliser les compétences médicales et soignantes rares en graduant les services d’urgence et en réformant les transports médicalisés.
  8. Renforcer et reconnaître les compétences des professionnels des urgences : 29 millions d’euros.
  9. Lutter plus efficacement contre les dérives de l’intérim médical.
  10. Réformer le financement des urgences : 5 millions d’euros.
  11. Renforcer la sécurité des professionnels exerçant aux urgences.
  12. Fluidifier l’aval des urgences grâce à l’engagement de tous en faveur de l’accueil des hospitalisations non programmées : 105 millions d’euros.
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