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Insertion | 18/09/2019

À Romans les entreprises luttent contre la pauvreté

par Auteur Associé
Plombiers du numérique Romans - NE PAS UTILISER POUR UN AUTRE ARTICLE © Joël Garnier-Ville de Romans-sur-Isère

Romans-sur-Isère est le site pilote d’une initiative pensée par la Fondation Break Poverty, qui vise à mobiliser les dons des entreprises locales vers des initiatives sociales. Convaincu, le gouvernement a inscrit le dispositif dans sa stratégie de lutte contre la pauvreté.

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Pauvreté : la lutte finale ?

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À Romans-sur-Isère (Drôme), la pauvreté sévit un peu plus qu’ailleurs : 22,2 % dans cette commune de 33 310 habitants contre 14,2 % au niveau national. Et parmi les ménages dont le référent fiscal a moins de 30 ans, ce chiffre grimpe à 28,3 %, contre 22,8 % sur l’ensemble du territoire. C’est ici que Break Poverty, fondation humanitaire qui lutte contre la pauvreté, notamment celle des enfants et des jeunes, a décidé de tester la dotation d’action territoriale.

Cette allocation, versée par les entreprises locales qui le souhaitent, permet de financer ou de monter des projets locaux visant à soutenir les plus vulnérables et à lutter contre la précarité.

Diagnostic des besoins

« Quand nous avons créé Break Poverty [avec Denis Metzger, ndlr], nous étions convaincus que l’entreprise pouvait jouer un rôle déterminant dans la lutte contre la pauvreté des jeunes », résume Valérie Daher, directrice de la Fondation (1). Aujourd’hui, 14 % des entreprises réalisent des actions de mécénat, mais seulement 17 % des sommes versées servent des causes sociales. La Fondation souhaite orienter les dons vers plus d’initiatives sociales, d’actions de prévention et de lutte contre la pauvreté. L’organisation est pensée pour leur faciliter la tâche.

« Nous faisons un premier diagnostic des besoins du territoire, et sur cette base, nous allons chercher les projets qui permettent de répondre aux enjeux que nous ciblons. Ensuite, les entreprises choisissent quelle initiative elles souhaitent supporter financièrement. Nous accompagnons leur démarche pendant trois ans, durant lesquels nous sommes redevables des résultats », indique Valérie Daher.

Précarité intellectuelle

La maire de Romans, Marie-Hélène Thoraval, séduite par l’idée, a joué la cheffe d’orchestre (2). « Elle nous a aidés à réunir les patrons du territoire et les résultats ont été exceptionnels. Sur une vingtaine d’entreprises, une quinzaine a répondu présente », se réjouit Valérie Daher. Au total, 1,4 million d’euros a été récolté – dont 198 000 euros apportés par la commune et 46 000 euros par la Fondation.

Pour l’édile, lutter contre la pauvreté nécessite de s’attaquer à toutes les prédispositions qui peuvent y mener. C’est l’orientation qu’elle a souhaitée donner au dispositif. « La précarité intellectuelle vous met en difficulté sur tout ce que vous souhaitez entreprendre et peut vous conduire à une situation de pauvreté. C’est là-dessus que nous avons décidé d’intervenir principalement », résume l’édile.

Plombiers du numérique

Les six projets retenus ciblent les enfants en bas âge, les adolescents, les jeunes adultes et les familles monoparentales. Certains existaient déjà, d’autres ont été créés dans le cadre du dispositif. Les écoliers sont aidés par l’association Coup de pouce, qui permet de prévenir le décrochage scolaire des enfants du primaire en leur faisant bénéficier de soutien scolaire en petits groupes. Des jeunes filles de 12 à 22 ans qui vivent dans le quartier prioritaire de la ville sont accueillies à Lab’elles, une association qui vise à mieux les intégrer dans des parcours de formation et d’insertion.

Les jeunes de 18 à 25 ans, peu ou pas qualifiés, peuvent rejoindre Les plombiers du numérique, un cursus de formation vers les métiers de la fibre optique. Proxité organise des parrainages de jeunes en difficulté par des salariés d’entreprise et la Digitale Académie offre un accès aux études supérieures à des jeunes qui ne peuvent pas aller à l’université. Enfin, pour les adultes en difficulté, notamment les familles monoparentales, une épicerie sociale et pédagogique offre une aide alimentaire à 10 % du prix.

Partenariat social

C’est ce dernier projet que l’entreprise Hyper U a décidé de soutenir en s’engageant à verser une dotation d’action territoriale, mais aussi en apportant une aide matérielle. L’hypermarché donne une partie de ses invendus à l’épicerie, qui bénéficient chaque semaine à près de 90 familles.

« Une conclusion parfaite pour nos produits », résume Gary Doire, directeur du magasin. « Hyper U était déjà partenaire d’une centaine d’associations locales mais nous n’avions pas de partenariat social. Nous ne savions pas forcément quelle association choisir, comment nous y prendre, etc. Break Poverty nous a facilité la tâche. L’encadrement par un organisme professionnel et les objectifs clairement définis ont fini de nous convaincre », explique-t-il.

La dotation d’action territoriale peut aller jusqu’à 2 % des résultats nets de l’entreprise

La dotation d’action territoriale (DAT) est une allocation volontaire versée par les entreprises d’un territoire, qui permet de financer des projets locaux dédiés à la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion des jeunes. Les entreprises choisissent elles-mêmes les projets auxquels elles souhaitent attribuer cette contribution. La dotation, qui peut aller jusqu’à 2 % des résultats nets des entreprises, bénéficie des avantages fiscaux prévus par la loi Aillagon, qui leur permet de profiter d’une réduction d’impôt de 60 % du montant de leur don. Chaque année, les entreprises doivent communiquer sur les dépenses qu’elles ont réalisées dans le cadre de ce dispositif, et sur les résultats qu’elles souhaitent atteindre.

Agir sur les causes

Le délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, Olivier Noblecourt, a lui aussi été séduit. Sa délégation, qui a suivi de près l’expérience pilote, a convaincu le gouvernement d’inscrire ce dispositif dans la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté et de l’essaimer sur d’autres territoires.

« Break Poverty porte une philosophie qui correspond parfaitement à la nôtre. La fondation privilégie des logiques d’investissement social et des politiques qui permettent de corriger les inégalités à la racine et d’agir sur les causes de la pauvreté dès les premiers âges de la vie. Cela permet aux entreprises de diriger leurs actions de mécénat vers des projets à l’efficacité a priori éprouvée et en lien avec la zone sur laquelle elles agissent. Il n’y a pas de découplage entre leur engagement sur le champ de la solidarité et leur action économique au quotidien, tout se passe sur le même territoire », résume M. Noblecourt.

Approche locale

Valérie Daher confirme que l’approche locale est l’un des éléments clés du succès. « Nous demandons aux entreprises de venir en aide aux jeunes de leur territoire », résume-t-elle. La directrice cite également le rôle de facilitateur de la fondation. « Repérer un projet local pertinent qui réponde aux besoins dans le domaine du social, ça n’est pas forcément évident pour les entreprises. C’est ce savoir-faire que nous leur apportons. » Enfin, l’accompagnement participe à la réussite de la DAT.

« Le fait de suivre la démarche pendant trois ans, et de donner aux entreprises les chiffres d’impact de leurs investissements, ça leur permet de communiquer sur leur responsabilité sociale et sur leur engagement. » Forte de son succès, l’expérimentation est aujourd’hui menée à Nantes et à Béthune. « Nous en sommes au stade de la mobilisation des entreprises et nous sommes à nouveau bluffés par les résultats », confie Mme Daher, qui explique qu’un tiers des objectifs à atteindre a déjà été rempli. La Fondation Break Poverty souhaiterait en faire un dispositif législatif en 2020. u

« Le maire doit avoir un rôle de facilitateur » – Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère

L’association Break Poverty cherchait un territoire sur lequel tester son dispositif. J’ai compris que nous partagions la même vision des choses. Pour lutter contre toutes les formes de pauvreté, il faut intervenir en premier lieu sur la précarité sociale et intellectuelle. J’ai organisé une table ronde en mobilisant mon réseau de chefs d’entreprise. Nous leur avons expliqué qu’il n’y avait aucun caractère d’obligation, que l’engagement se faisait entièrement sur la base de la volonté. Les entreprises ont envie de territoires qui réussissent, elles ont un retour sur investissement concret et bénéficient d’une bonne image auprès de la population locale. Nous n’avons pas eu de difficulté à mettre le dispositif en place. D’un côté, nous constatons des problématiques touchant à la précarité dès le plus jeune âge, mais aussi aux différentes étapes de la vie, jusqu’à l’entrée dans le monde du travail. De l’autre, les entreprises du territoire nous disent qu’elles ont du mal à recruter localement. Nous avons donc décidé de focaliser sur l’acquisition des savoirs, et des savoirs être, et d’intervenir sur les différents âges, avec des projets de soutien scolaire, de lutte contre le décrochage et de formations supérieures. Pour monter ce type d’initiative, le maire est un maillon indispensable. Il doit avoir un rôle de facilitateur entre les différents acteurs. Il faut faire preuve d’agilité, être réactif par rapport aux situations et garder en tête un objectif d’efficacité et d’efficience.

Note (01)

Contact : Valérie Daher, directrice de la fondation Break Poverty, 01 85 76 50 53 - Retourner au texte

Note (02)

Contact : Marie-Helene Thoraval, ville de Romans, 04 75 05 51 37. - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • Population totale : 33 310 habitants.
  • Population active : 19 515.
  • Taux de chomage : 20,7 %
  • Nombre d’emplois dans la zone : 16 442.
  • Familles monoparentales : 17,8 %
  • 2 448 entreprises en activité.

(Sources : données Insee 2016.)

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