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[Entretien] Social | 02/10/2019

« L’élu au social c’est l’ensemblier qui va organiser les politiques sociales pour répondre aux besoins des gens » – Benoît Calmels, délégué général de l’UNCCAS

par Laurent Thoviste
Benoit Calmels UNCCAS © UNCCAS

L’Union nationale des centres communaux d’action sociale organise demain et vendredi à Amiens son congrès annuel. À quelques mois des élections municipales, la seconde plus ancienne fédération d’élus après l’AMF veut mettre en avant la question sociale dans les projets de mandat. Et montrer que le social ce n’est pas uniquement l’aide aux personnes en difficulté mais une démarche globale qui irrigue toute l’action publique.

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Votre congrès a pour thème « Dernière ligne droite avant les municipales ». Pourtant le social est rarement un sujet de campagne. Pourquoi ?

Dans notre société c’est un peu « cachez ce pauvre que je ne saurais voir ». Il ne faut pas vieillir, être handicapé, perdre son emploi. On veut que tout soit propre. Il y a comme une forme de honte, voire de dégoût du social essentiellement perçu comme de l’assistance. Pourtant le social c’est bien plus que cela. Ce sont de multiples problématiques, de la naissance à la dépendance, qu’il faut organiser pour traiter l’être humain dans sa globalité. Mais il faut reconnaître que c’est difficile à faire passer. Ce sont souvent des dispositifs complexes, qu’il faut organiser. Même les professionnels s’y perdent. Alors le grand public…

Vous êtes pourtant la seconde plus ancienne fédération d’élus et vous réunissez régulièrement un millier d’entre eux. Comment expliquer ce paradoxe ?

Le social, une fois qu’on a mis le pied dedans, on devient vite des aficionados. On touche à l’essence même du service public et surtout on voit concrètement et directement sur la vie des gens les effets de ses actions. C’est lourd car on rencontre des situations difficiles mais c’est la richesse de la fonction de l’élu local. D’ailleurs, il y a très peu de différences politiques à l’UNCCAS. Patrick Kanner, notre ancien président, avait coutume de dire « notre carte politique c’est le social ». Si j’étais maire, je nommerais trois adjoints, un à l’économie, un à l’environnement et un au social. Toutes les politiques s’intègrent là-dedans. C’était le sens de la déclaration de Rio sur le développement durable.

Vous avez lancé un programme de formation pour les élus locaux en amont de l’élection. Pourquoi ?

Nous voulons acculturer les candidats, d’autant qu’en 2020 ils devront réaliser une analyse des besoins sociaux qui donnera les grandes orientations politiques de leur mandat. Or, en plus des thématiques traditionnelles (vieillissement, aide sociale, handicap), on assiste à la montée en puissance de nouveaux sujets. La santé par exemple au sens large de la réponse médicale sur un territoire. Les mobilités qui ont été le déclencheur de la crise des Gilets jaunes et qui impactent toutes les catégories. L’emploi aussi qui ne se limite plus à la question de l’insertion. Et bien sûr le numérique non pas comme un gadget technologique mais comme un moyen de développer des solutions pour permettre aux travailleurs sociaux de passer plus de temps sur l’accompagnement.

Sur toutes ces questions le thème de la proximité est-il essentiel ?

Il y a un retour en arrière. Les grandes régions, les intercommunalités XXL ce n’est plus à la mode. Il y a un besoin de proximité. Pendant le grand débat, nous avons organisé des rencontres avec ceux que l’on nomme « les invisibles ». Leurs revendications étaient souvent simples et peuvent se résumer à « vivre peinard sur mon territoire ». Le succès des ronds-points c’était le vivre ensemble. L’État doit définir le cadre général, le département chef de file doit arrêter les grandes priorités et les CCAS doivent les traduire en actions. Et les réponses ne sont pas forcément les mêmes que dans les territoires voisins. L’élu au social c’est l’ensemblier qui va organiser les politiques sociales pour répondre aux besoins des gens.

Benoît Calmels, son parcours

Il a commencé comme animateur au service enfance de la mairie de Fontenay-sous-Bois (1990-1995) avant de devenir responsable de la caisse des écoles de Nogent-sur-Marne (1995-1996) puis des services à domicile de Vitry-sur-Seine (1996-2005). Il rejoint l’Unccas comme conseiller technique « services à la personne » (2005-2008), puis responsable national du réseau (2008-2011), et enfin adjoint au délégué général en charge du cabinet et du réseau (2011-2014). Benoît Calmels est délégué général de l’UNCCAS depuis septembre 2014.

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