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Santé | 10/10/2019

La consultante en lactation accompagne les mères allaitantes

par Auteur Associé
Véronique Darmangeat Consultante en lactation © Patricia Marais

Depuis 2005, Véronique Darmangeat exerce la profession de conseillère en lactation. Elle accompagne et soutient les mères qui font le choix de l’allaitement, de la grossesse jusqu’au sevrage.

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Par Claire Baudiffier

Ancienne violoncelliste, Véronique Darmangeat a décidé il y a près de vingt ans de devenir consultante en lactation. En 2001, elle s’engage en tant que bénévole dans une association de soutien à l’allaitement, la Leche League. « J’animais des discussions avec les mères et proposais aussi du soutien téléphonique. J’adorais les partages d’expériences, de conseils… À ce moment-là, une amie a passé la certification IBCLC (1), la seule internationalement reconnue en matière d’allaitement maternel. Je ne connaissais pas et j’ai trouvé cela passionnant », se souvient-elle.

Avis spécialisé des consultantes en lactation

Le rôle d’une consultante en lactation est d’informer, d’accompagner et d’aider les femmes allaitantes ou souhaitant allaiter. En France, elles seraient (ce sont en majorité des femmes) près de 600. Une partie d’entre elles exerce une profession de santé : sages-femmes, infirmières puéricultrices, auxiliaires de puériculture…

Les consultantes en lactation travaillent dans diverses structures : hôpitaux et cliniques, protection maternelle et infantile (PMI), ou sont installées en libéral. En maternité, elles interviennent, en général sur demande de l’équipe médicale, auprès des mères ayant des difficultés lors des premiers jours. Au sein des PMI, elles assurent des consultations dédiées aux questions d’allaitement ou se déplacent à domicile pour suivre des mères rencontrant des problèmes.

Les consultantes sont aussi sollicitées par des professionnels de santé (médecins, pédiatres) non spécialistes de la question, pour un avis spécialisé. La certification semble intéresser de plus en plus. Chantal Audouin, consultante et coordinatrice IBLCE pour la France, précise qu’en 2000, lorsqu’elle a passé l’examen, il y avait huit candidats. Les dernières sessions en ont accueilli jusqu’à 140. Il existe aussi un DIU (diplôme interuniversitaire) lactation humaine allaitement maternel, à destination exclusive des professionnels de santé.

Véronique Darmangeat a suivi des études d’histoire et exercé le métier de violoncelliste professionnelle avant de devenir consultante en lactation en 2005. Elle travaille aujourd’hui au Centre allaitement qu’elle a créé à Paris, mais aussi comme formatrice au Crefam et auprès de professionnels de santé.

Réticence des professionnels

Au début de sa reconversion, en 2005, ­Véronique Darmangeat s’intéresse notamment au côté « technique » de l’allaitement : problèmes de succion, difficultés et situations singulières, fonctionnement de la lactation humaine… Elle s’établit en tant que libérale, à Paris. « J’étais l’une des premières à m’installer. Il y avait un peu de stress mais aussi beaucoup d’enthousiasme de tout créer de A à Z. L’entreprenariat me plaisait beaucoup ! » Elle ne propose alors que des consultations à domicile. « Je n’avais pas les moyens d’ouvrir un cabinet et souhaitais me rendre chez les mamans. Cela permet d’observer leur environnement, de voir comment elles sont installées lors des tétées… »

À l’époque, le métier est très mal connu, notamment des femmes allaitantes, mais aussi des professionnels de santé. Véronique ­Darmangeat va alors démarcher les PMI, les pédiatres, les services de néonatologie des maternités environnantes…

« J’ai rencontré beaucoup de ­réticences, parce que les professionnels pouvaient me voir comme une concurrente et essayaient de se protéger, ce qui paraît d’ailleurs logique. Je leur expliquais alors que je pouvais intervenir en complémentarité des sages-femmes ou puéricultrices qui manquent souvent de temps et parfois de formations pour accompagner les femmes allaitantes. J’ai aussi de nombreuses fois détaillé et montré le programme complexe de l’examen de la certification IBCLC pour prouver le sérieux des compétences ! » Petit à petit, les professionnels de santé lui ont adressé des patientes. Aujourd’hui, les maternités labellisées « Ami des bébés » (une trentaine en France) apportent un soin particulier à l’accompagnement à l’allaitement et disposent dans leurs équipes de consultantes en lactation.

Conseiller les mamans

Les profils des femmes qui consultent Véronique Darmangeat sont variés. « Parfois, je reçois des femmes enceintes pour qui l’allaitement d’un aîné s’est mal passé et qui se questionnent à l’idée de recommencer. Le père peut bien sûr aussi être présent. On parle alors souvent de nombreux autres sujets, le sommeil, les pleurs, les besoins physiologiques du bébé… » Mais la majorité des clientes sont de jeunes mamans, qui viennent avec leurs bébés de moins de 3 mois, alors que l’allaitement a commencé et qu’elles rencontrent divers soucis – mauvaise prise de poids de l’enfant, douleurs pour la mère…

« Nos délais pour recevoir une maman sont très courts puisqu’il faut résoudre les soucis au plus vite. Une consultation dure une à deux heures. La maman m’expose le ou les problèmes. J’observe ensuite une tétée complète pour voir comment le bébé prend le sein, quelle est la position de sa langue, etc. On cherche les solutions et je propose ensuite toujours un suivi téléphonique pour voir l’évolution et adapter les réponses. »

Ni diagnostics ni prescriptions

Véronique Darmangeat n’établit ni diagnostics ni prescriptions et oriente parfois ses clientes vers divers professionnels de santé présents au Centre allaitement, qu’elle a créé en 2016 : ORL (qui pratique les sections de freins de langues des bébés), ostéopathe (pour les problèmes de mâchoires, de cervicales…), médecin généraliste, pour les soucis de la mère (traitement médical compatible avec l’allaitement, infection du sein…) et du bébé (reflux gastro-œsophagien, pleurs importants…). Lorsqu’une consultante en lactation est aussi sage-femme, médecin ou puéricultrice, elle peut en revanche établir diagnostic et/ou prescription. « L’idée est aussi de rassurer les parents qui s’inquiètent, de leur expliquer qu’il est normal qu’un bébé ne tète pas à heures fixes, qu’il est davantage demandeur le soir… En France, l’allaitement n’est pas la norme, il est parfois difficile pour les parents de trouver les bonnes informations, d’où l’importance de l’accompagnement ! », souligne la conseillère. Si, au début de sa carrière, elle appréciait démêler les problèmes complexes, ce qu’elle préfère aujourd’hui, c’est le contact avec les mères. « Et aussi avec celles qui viennent me voir pour sevrer leur bébé. C’est une période déstabilisante et il est important qu’elles puissent parler et se sentir soutenues. »

« La certification IBCLC est un label de qualité » – Chantal Audouin, coordinatrice IBLCE pour la France

« La certification IBCLC n’est pas un diplôme au sens français du terme. Elle est le label de qualité d’un niveau déjà acquis dans le domaine de l’allaitement. L’IBLCE organise tous les ans deux sessions d’examen. Pour le passer, il faut justifier d’au moins 90 heures de formation spécialisée en lactation et allaitement et de 1 000 heures de pratique clinique de conseil en allaitement, dans une association ou en tant que profession médicale par exemple, à chaque fois dans les cinq ans qui précèdent la candidature. Par ailleurs, si les candidats n’exercent pas déjà une profession de santé, ils doivent documenter l’acquisition d’un arrière-plan de formation en sciences de la santé sur quatorze sujets (anatomie, nutrition, sociologie…), ce qui est compliqué dans notre système français. On conseille alors de passer un diplôme de professionnel de santé au cursus court. »

Note (01)

La certification IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant) est délivrée par l’IBLCE (International Board of Lactation Consultant Examiners). - Retourner au texte

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