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Mal-logement | 22/10/2019

La participation des habitants ne va pas de soi

par Nathalie Levray
clé logement © Roman-AdobeStock

La Fondation Abbé-Pierre (FAP) Ile-de-France a placé la présentation de son éclairage régional du mal-logement 2019 sous le signe de la participation des habitants. La population francilienne est surreprésentée dans les statistiques du mal-logement. La FAP veut s’attaquer aux conséquences sociales de ces difficultés. En partenariat avec les acteurs de terrain, elle soutient des actions qui impulsent et structurent des dynamiques collectives d’habitants des quartiers populaires et des zones rurales paupérisées pour "changer le regard et rendre acteur". Mais les freins restent nombreux, culturels et personnel.

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Quelles solutions pour lutter contre le mal-logement ?

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« Être logé ne suffit pas pour vivre dignement ». C’est la raison pour laquelle la Fondation Abbé-Pierre développe des actions « auprès des habitants des quartiers populaires et des zones rurales paupérisées dans une optique de prise en compte des conséquences sociales du mal-logement ». Son secteur Promotion des habitants, l’un des quatre pôles de sa direction des missions sociales, s’emploie à « changer le regard et rendre acteur » avec la volonté de « réveiller les consciences citoyennes et politiques ».

553 projets ont déjà été financés sur une partie du territoire français pour un montant total de 1 305 000 euros. La présentation par l’agence Ile-de-France de la FAP de son deuxième éclairage régional sur l’état du mal-logement en Ile-de-France le 11 octobre à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) a été l’occasion de présenter des exemples franciliens de participation soutenus par la fondation.

Amener à davantage d’implication des usagers

L’événement se déroulait au centre socioculturel Les Portes du Midi, partenaire local de la FAP IDF. Dans ce quartier d’habitat populaire, il s’agit de montrer « qu’il est possible d’agir ». Pour la directrice du centre, Hanen Riahi, l’adhésion à l’association gestionnaire du lieu est une forme de participation, même s’il ne s’agit au départ que de bénéficier des conseils de la juriste par exemple. « C’est une occasion pour creuser et pour amener à davantage d’implication des usagers dans la vie associative ». Ce premier pas peut se transformer en bénévolat assidu, voire permanent, à l’accueil des bénéficiaires des activités, aux fêtes et aux manifestations organisées en lien avec le projet social en réponse aux besoins des habitants. À l’échelon supérieur, la quinzaine d’habitants du quartier, membres du conseil d’administration, participent à la gouvernance associative. Du lien et de la confiance en soi « pour permettre d’impacter positivement les parcours des personnes ».

C’est à nous de choisir ce qu’on veut pour notre cité

La Fondation Abbé-Pierre soutient également « la participation active des personnes dans une dynamique de projet ». Elle illustre cet axe avec l’implication active des habitants dans le projet de rénovation urbaine du quartier des Groux à Fresnes (Val-de-Marne).

Parce que le bailleur social décide de démolir les immeubles du quartier sans associer la population, une association locale Renaissance des Groux se crée entre membres d’associations locales et habitants du quartier. Soutenue par l’association Appuii, composée notamment d’enseignants-chercheurs, de professionnels des métiers de la ville, d’étudiants, elle se mobilise pour que la ville se fasse avec eux et non contre eux : « un projet oui, mais pas sans nous ».

Cinq ans après les premières mobilisations, le bailleur social accepte de dépasser le cadre de la concertation réglementaire classique et de travailler avec les habitants. « C’est à nous de choisir ce qu’on veut pour notre cité », expose Fatima B., « habitante ici depuis 1968 », qui avoue, avec fierté, ne savoir ni lire, ni écrire.

L’infantilisation et le paternalisme sont forts

La promotion des habitants et leur participation ne vont toutefois pas de soi. Elles nécessitent l’ouverture aux autres et à soi-même. Résidente au centre d’hébergement d’urgence (CHU) des Grands voisins (Paris XIVe) géré par l’association Aurore, Jacqueline témoigne : « quand je suis devenue déléguée des résidents, j’ai subi des brimades pour être sortie de mon cadre de résident. L’infantilisation et le paternalisme sont forts ». « Une question centrale », analyse Joëlle Bordet, psychosociologue. « Les freins à la participation sont nombreux, culturels et personnels », estime-t-elle. Pour les lever, l’injonction de « l’aller vers » est insuffisante. Les professionnels doivent être formés pour lutter contre les stéréotypes, « ceux des autres mais les leurs également », et savoir communiquer dans la non-violence.

Informer n’est ni concerter, ni co-construire

Les limites de la participation doivent être considérées. D’abord, il faut « du temps pour écouter, développer une communauté de vie et faire histoire », note Joëlle Bordet. L’association Capacités témoigne de son travail auprès des résidents du CHU des Grands voisins. « Pourquoi ne prennent-ils pas part au Conseil des voisins, l’espace démocratique de l’ensemble, alors qu’ils sont les seuls à vivre 24/24 dans ce lieu ? », interroge la responsable associative. Ce sont des séances de porte-à-porte et l’instauration d’un dialogue qui amènent la réponse : ils n’envisagent pas de vivre toute leur vie dans un CHU.

Autre limite, le sens du mot « participation ». Informer n’est ni concerter, ni co-construire. Il faut être clair sur ce qui ne peut pas être fait : « on n’a pas le droit de faire du leurre », s’insurge Joëlle Bordet, pointant « le paradoxe entre l’horizontalité démocratique et le mode de construction des projets ». La psychosociologue poursuit : « il n’y a pas de participation sans apprentissage des outils institutionnels ».

Ile-de-France : le paradoxe d’une région riche

Les chiffres du mal-logement en Ile-de-France sont mauvais. « Tous les voyants sont au rouge, et de plus en plus rouges », déclare Éric Constantin, directeur de l’agence Ile-de-France de la Fondation Abbé-Pierre. Sur les 4 millions de personnes mal-logées recensées en France, 1,2 million habitent la région capitale. Ce sont les franciliens qui forment le plus de demandes pour un logement social (34 %) ou vivent le plus nombreux dans un logement surpeuplé (63 %), qui constituent la plus grosse proportion des habitants en bidonville (33 %) et à être expulsés avec l’aide de la force publique (41 %). Ils sont 59 % à bénéficier d’un recours droit au logement et 64 % d’un recours droit à l’hébergement opposable. Un paradoxe dans la région la plus riche de France, sa population (18,2 % de la population) n’est pas plus riche qu’ailleurs. En 2015, près de 16 % de sa population vivait sous le seuil de pauvreté (+ 1 point par rapport à la France métropolitaine). Si les revenus médians sont de 8 % supérieurs à la moyenne nationale, les locataires déboursent 52 % de plus pour leur logement et les accédants à la propriété doivent dépenser 160 % de plus.

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