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Social | 13/11/2019

Référent parcours : la famille est partie prenante

par Nathalie Levray
Accompagnement social © buritora-AdobeStock

La participation des familles à la commission référent parcours amène les travailleurs sociaux à sortir de l’enfermement et à changer de posture. Après une expérimentation sur quatre sites, le déploiement est en cours sur tout le département.

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Dans une approche de développement social et de territorialisation de son action sociale, le département du Pas-de-Calais expérimente depuis fin 2016 une commission référent parcours (RP). Quatre sites départementaux sur vingt-cinq sont concernés par cette « méthodologie » qui réunit les professionnels et la personne accompagnée, bénéficiaire du RSA et/ou en situation de monoparentalité identifiée comme complexe, en commission RP initiée par un professionnel ou un partenaire (1).

Fini l’entre soi

« La participation des personnes accompagnées est un sujet dont on parle, mais au quotidien elle était peu pratiquée », constate Géraldine Botte, pilote de l’expérimentation au Pôle solidarité 62. Finis l’entre-soi et la décision notifiée à la personne accompagnée, le projet global de la famille est désormais calé et suivi au cours de commissions réunies tous les trois mois. Pour Sylvie Darras, cheffe du pôle accueil d’un site de la maison départementale des solidarités (MDS) de l’Artois, « la famille est considérée partie prenante ». Pour preuve, c’est elle qui propose le professionnel qui sera le référent parcours. A minima, elle donne son accord.

« L’accompagnement est mieux rythmé. Il y a eu quelques résistances parmi les professionnels, en interne et chez les partenaires, mais le changement au quotidien s’est opéré progressivement, » se souvient Géraldine Botte. Anne Massart, assistant socio-éducatif de formation CESF au Pôle accueil de Bruay et référente parcours, s’enthousiasme : « la démarche nous a fait sortir de l’enfermement dans notre travail, on a retrouvé des partenariats concrets et physiques. » Cheffe de service sur le site de Marconne à la MDS du Montreuillois, un secteur très rural, Marie-Hélène Tahon témoigne : « la présence des familles aux réunions nous amène à changer de posture, à être attentifs à la manière de dire les choses, aux choix des mots.

Les personnes présentes en réunion sont plus respectueuses du secret professionnel partagé quand la personne accompagnée est présente ». Responsable du Pôle accompagnement du site de Bruay-la-Buissière, Sophie Dussy souligne la « transparence à l’égard de la famille », par exemple lors d’un signalement d’enfant.

La décision collégiale, mieux comprise, sécurise la personne accompagnée et les accompagnants.

La stratégie Pauvreté tombe à pic

« La question du temps et de l’organisation de l’instance est un frein potentiel à une extension à tout public, mais la méthodologie pourrait exister sans un cadre aussi exigeant pour des situations moins complexes pourvu que les professionnels partent de la famille », estime Géraldine Botte. En 2019, la stratégie Pauvreté tombe à pic et réjouit Frédérique Bruegghe, cheffe de mission pour le suivi et la coordination : « le financement de l’État va nous permettre de déployer le référent parcours d’ici à 2021 à l’ensemble des sites du Pas-de-Calais et d’accompagner les professionnels et les partenaires dans la mise en œuvre de cette démarche ».

« Je suis à ma place » – Sabrina, élève seule ses 7 enfants âgés de 13, 11, 9, 8, 6, 5 ans et 18 mois

Le référent parcours permet de regrouper autour de la table les personnes qui s’occupent de nous et de discuter avec elles. Ils nous écoutent. J’étais méfiante à la première réunion, je ne connaissais pas les personnes. À la deuxième, ça allait mieux, je savais qu’elles étaient là pour m’aider. Chacun prend la parole à tour de rôle et je peux rajouter librement ce que j’ai à dire. Je peux poser des questions sur les démarches que je ne comprends pas. Cela rend le contact facile et assez rapide avec tous les professionnels. Comme je suis présente aux réunions, je sais ce que les gens pensent de moi et cela enlève le sentiment qu’on parle dans mon dos. Je suis à ma place. À la fin de chaque réunion, le relevé de décisions donne les objectifs à toutes les personnes présentes. Elles le signent et moi aussi. Avec ce document, je sais ce qu’on a dit, ce que je dois changer et, mentalement, j’ai quelque chose à faire pour les trois mois suivants. Comme un pense-bête. Je me sens mieux, cela m’a aidée et soutenue moralement.

Note (01)

Partenaires locaux : associations tutélaires, AEMO, TISF, missions locales, CAF, référents solidarités, Pôle emploi, SSFE, SAMO, représentants des organismes bailleurs. - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 1 472 589 habitants.
  • 12 % de la population au chômage.
  • + de 53 000 allocataires du RSA, dont près de 15 % sont des personnes isolées avec enfants, 20,2 % de taux de pauvreté.
  • 25 sites répartis sur 9 maisons du département solidarités dont 4 sites expérimentateurs : Audomarois (site d’Arques), Artois (site de Bruay), Montreuillois (site de Marconne), Communaupole (site de Liévin).
  • 80 situations familiales en commission RP.
  • Un peu moins de 80 référents parcours.

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