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Accompagnement social | 14/11/2019

Le Lexim permet une vision du jeune dans sa globalité

par Nathalie Levray
Accompagnement social jeunes © auremar-AdobeStock

La reconnaissance des compétences acquises par les collégiens d'Issy-les-Moulineaux accueillis au Clavim a amené animateurs et éducateurs à faire évoluer leur attitude professionnelle. À la clé, un gain de légitimité dans la chaîne éducative.

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Accompagnement social : une crise mais de quoi ?

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Qu’est-ce qu’accompagner un jeune pour l’association Clavim ? Pas plus l’occuper pendant un temps extrascolaire qu’obtenir de lui « un état désiré » ou « la normalisation de sa conduite sociale », selon son directeur, Bruno Jarry. Lui donner confiance en revanche, certainement. Depuis 2010, un outil, imaginé à partir du Livre vert de la Commission sur la politique de la jeunesse, a chamboulé la pratique des professionnels socio-éducatifs et socioculturels (1)

Grille de lecture

Proposé aux collégiens de la 5e à la 3e, le livret expérimental d’Issy-les-Moulineaux (Lexim) reconnaît et valorise les connaissances et capacités acquises dans le cadre d’une pratique ponctuelle ou régulière d’activités artistiques et culturelles, sportives, citoyennes ou d’un séjour de vacances. La création du Lexim a embarqué le conseil communal des jeunes, les délégués de classe et les principaux des quatre collèges publics de la ville ainsi que les parents d’élèves. Il a fallu « beaucoup d’échanges pour opérer ce changement », indique Christophe Moullé, le directeur Jeunesse du Clavim.

Une grille de lecture a été élaborée pour déceler les compétences du livret en lien avec le socle commun de l’Éducation nationale. « Le Lexim permet de valoriser les apprentissages du temps périscolaire dans le processus scolaire », précise Bruno Jarry. Il permettrait de décloisonner les deux sphères pour offrir « une vision globale d’un jeune et penser une politique jeunesse en transversalité ». Si Christophe Moullé parle « d’un changement de posture », il précise que « c’est devenu naturel » de détecter les qualités et les talents des jeunes. Responsable de l’espace jeunes Anne-Frank, Philippe Baudouin reconnaît un changement d’attitude : « je me suis interrogé sur la manière de me positionner individuellement par rapport au jeune dans un groupe, à sa situation de départ et non plus par rapport à ce que j’attends de lui ».

Il précise : « Mes pratiques ont évolué pour amener le jeune à prendre conscience de ses compétences et de l’utilité qu’elles peuvent avoir pour lui-même ». Il pointe « l’intérêt de lui faire exprimer la conscience qu’il a de sa propre compétence » et souligne « le sens que cela prend, dans son travail de professionnel, de venir valider la connaissance de soi du jeune et de lui donner confiance ».

Attestation de compétences

Le Lexim peut déboucher sur une attestation de compétences, exploitable au collège dans le cadre du socle commun. « Cette évaluation signifie donner de la valeur à ce que maîtrise le jeune ou à ce qui a émergé de sa pratique », explique Jérôme Appolaire, responsable des actions socio-éducatives. La délivrance – ou non, seuls 60 à 70 % des jeunes suivis en éducation spécialisée en reçoivent une – de l’attestation donne lieu à un dialogue entre le jeune et le référent. « L’idéal serait d’amener le jeune, accompagné par l’adulte, à rédiger lui-même son attestation de compétences », rêve Philippe Baudouin.

DRCharles Calamel, docteur en Sciences de l’éducation, enseignant-chercheur associé au LIRTES (université Paris Est Créteil)

« Le point de vue en silo a disparu »

J’accompagne les animateurs du Clavim et les principaux des collèges dans une recherche-formation-action en vue de formaliser un référentiel de compétences et rédiger une attestation qui puisse figurer au bulletin de notes du collégien. Tout de suite, les éducateurs ont posé la question de leur légitimité par rapport à celles des enseignants dans l’évaluation et la rédaction de ce document. En travaillant sur l’intérêt du jeune, qui est au centre des pratiques, l’apport des animateurs a été rendu explicite et le regard entre professionnels a changé. La reconnaissance de la légitimité de l’autre a fait disparaître le point de vue en silo ; l’enseignant porte un regard à partir du collectif tandis que l’éducateur vise l’individuel. Ces deux visions sont complémentaires. Le besoin du regard extérieur, traduit dans la valorisation du collégien, a été reconnu. Le Clavim devrait, à l’avenir, témoigner, sur le bulletin de notes, de ce qu’il a vu sur le terrain.

Note (01)

Contact : espace jeunes, Anne-Frank, 01 41 23 83 50, lexim@ville-issy.fr - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 249 collégiens engagés dans le parcours du Lexim, soit 11,75 % des élèves des 4 collèges en 2018-2019.
  • 280 attestations de compétences délivrées sur l’année.
  • 28 professionnels des domaines de l’animation, de la prévention, de la culture et du sport et 6 personnels de l’éducation nationale participent à la recherche-formation-action (fin en novembre 2019).

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