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Social | 18/11/2019

Belgique : la « Clinique de concertation » inverse l’accompagnement

par Nathalie Levray
Accompagnement social © Ralf-Geithe-AdobeStock

Partant du principe que le travail morcelé n’est pas adapté aux situations complexes, la clinique de concertation réunit institutions ou associations de secteurs différents. Le travail s’organise avec la famille et ceux qui ont à voir avec elle.

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Accompagnement social : une crise mais de quoi ?

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La « Clinique de concertation » a été initiée dans les années 1990 par le docteur Jean-Marie Lemaire, psychiatre, thérapeute familial, alors qu’il est directeur du service de santé mentale du Centre public d’action sociale à Flémalle (Belgique).

Confronté à des intervenants sociaux qui activent le champ de la santé mentale, le thérapeute, qui intervient dans les domaines de la protection de l’enfance, de la prise en charge des personnes âgées et des familles en détresses multiples, s’interroge sur sa manière de travailler. « Dès que la détresse prend une extensivité déconcertante, la psychiatrie devient partenaire », explique-t-il.

Réseau ressources

D’un travail en cabinet médical avec des rendez-vous fixes et des portes fermées, il passe à des activités hors les murs et ouvre sa pratique vers l’extérieur, sur les lieux de détresse. « Le travail morcelé n’est plus adéquat en cas de situations complexes », constate le psychiatre.

Partant du principe qu’une famille aux détresses multiples, quand elle est accompagnée, mobilise plus de dix services, institutions ou associations de secteurs et de pratiques différents, la « Clinique de concertation » s’appuie sur ces forces : elle consiste à les réunir et à faire avancer une situation en confrontant les points de vue, les compétences et les savoir-faire. « Il n’y a pas d’organisation anticipée de la coordination », poursuit-il. Le réseau n’est jamais préétabli et est ici un potentiel de ressources.

Cartographie de la place

La porte d’entrée en « Clinique de concertation » n’est pas une demande de soins bien formulée mais plutôt des signaux d’échec, tels que le débordement d’un adolescent, les troubles d’adaptation d’un jeune enfant ou encore l’absence de parents aux réunions avec les enseignants, recueillis et activés par un professionnel. Le travail s’organise avec la famille et tous ceux qui ont à voir avec elle, et ceux que celle-ci voudra voir y participer. « Il faut être attentif aux signes que la famille donne pour trouver le cadre », précise ­Catherine Mariette, chargée de développement pour la France. L’outil de base est le « sociogénogramme », c’est-à-dire la cartographie de la place de chaque participant et de ses interactions avec les autres. Il présente les nœuds, les points sensibles, les zones de conflits, spécialement les conflits praticables, à partir desquels il est possible de discuter et d’avancer.

« Cette manière de travailler implique une installation sur un territoire », souligne-t-elle.

Confiance et fluidité

La portée thérapeutique est réelle. La méthode, qui s’est développée du Canada au Mali et sur tous les lieux de détresse, redonne aux familles confiance dans le service public et les institutions, et leur permet de reprendre la maîtrise de leur être et de leur parcours. Les professionnels comprennent mieux la situation globale, les relations entre eux se renforcent et gagnent en confiance et en fluidité, leurs actions sont optimisées.

« Qui est accompagné par qui ? » – Docteur Jean-Marie Lemaire, psychiatre, thérapeute familial

Avec la notion d’accompagnement, se pose la question de savoir qui est accompagné par qui. Il convient de reconnaître aux usagers la position de donner. Dans les raccourcis les plus radicaux, nous disons que les professionnels de l’aide, du soin, du contrôle et de la culture sont accompagnés par les personnes en détresses multiples pour être aidés et éduqués à travailler en réseau. Nous devons leur reconnaître qu’elles nous apprennent des choses dans notre pratique. La force convocatrice se trouve chez elles et se manifeste dans leur façon d’activer les institutions d’un territoire. Cette inversion complète de l’accompagnement est non entendable par les responsables administratifs ou politiques faute de pouvoir être évaluée. Je suis accompagné par… Ce passage au sujet à la forme passive est une bascule extrêmement difficile à opérer mais c’est une attitude professionnelle.


Chiffres Clés

  • 11 431 406 habitants.
  • 16,4 % de la population à risque de pauvreté monétaire (revenu total disponible < 1187 euros/mois pour une personne isolée).
  • 4,9 % de la population en privation matérielle sévère.
  • 34,66 % de la population à risque de pauvreté avant transferts sociaux (pensions exclues).
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