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Hôpital | 20/11/2019

« Tant qu’on n’initie pas des réformes de fond, l’hôpital reste la variable d’ajustement » – Frédéric Valletoux, président de la FHF

par Christelle Destombes
Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France © Valérie Couteron pour la FHF

Alors que le chef de l’État doit annoncer ce mercredi 20 novembre à l’issue du conseil des ministres un plan pour répondre à la crise du milieu hospitalier, Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France et cofondateur de La Gazette santé-social analyse les dysfonctionnements de l’hôpital et du système de santé et appelle à une réforme structurelle.

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Le plan Ma santé 2022 veut soigner l'hôpital

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Le PLFSS 2020 vous a fait l’effet d’une « douche froide », alors que vous aviez pourtant défendu le plan Ma santé 2022. Pourquoi ?

C’est la même logique délétère, à l’œuvre depuis des années : les charges de l’hôpital augmentent plus vite que ses recettes. L’effort demandé en 2020, 1,6 milliard d’euros, est une marche difficile à franchir qu’on ne franchira pas. Aujourd’hui, l’hôpital subit des dysfonctionnements, certains lui sont propres, d’autres concernent l’ensemble du système de santé. Tant qu’on n’initie pas des réformes de fond, l’hôpital reste la variable d’ajustement. Nous attendions beaucoup des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), un enjeu pour avoir des interlocuteurs identifiés et bâtir des projets médicaux de territoire. Après la convention entre l’assurance-maladie et les syndicats de médecins, force est de constater qu’on est passé du caractère obligatoire de la CPTS à facultatif. Certains territoires où existent des habitudes de coopération entre professionnels vont avancer ; ailleurs, il faudra attendre encore des années…

Vous pointez aussi l’enjeu de la régulation. Elle n’est pas aujourd’hui pertinente ?

Les experts estiment qu’il y a entre 20 et 30 % de dépenses dites inutiles, soit entre 40 et 60 milliards d’euros. Mieux réguler les dépenses de santé, ça demande une prise en main par l’assurance-­maladie, une vraie volonté de l’administration. Or, là encore, rien n’a bougé. La Nation dépense 200 milliards d’euros pour la santé, environ 12 % du PIB, la norme des pays de l’OCDE. C’est suffisant, à la seule condition de s’attaquer de manière volontariste au chantier de la régulation par la pertinence. On ne peut plus se permettre d’avoir un secteur public dans la souffrance, et d’autres avec d’autres obligations et modes de fonctionnement, mais la même banque. Si on a une égalité d’accès au financement, il faut avoir une égalité de devoirs. Que chacun reprenne sa place dans un système de santé en crise ! Si on n’invente pas des coopérations, si on ne met pas en place des circuits pour accompagner les patients de manière plus fluide, on ne pourra pas investir, ni redonner de l’attractivité aux carrières hospitalières. C’est un chantier à dix ans, il faut le lancer. L’assurance-maladie a toutes les données de suivi de l’activité des établissements et des cabinets de ville. La Haute Autorité de santé (HAS) y travaille depuis cinq-six ans. Il est possible de mettre en place des protocoles pour, progressivement, mieux réguler.

Vous prenez votre troisième mandat à l’heure d’une grave crise à l’hôpital. Quels remèdes proposez-vous ?

Cette crise m’inquiète, car elle s’installe dans la durée. Nous avons vu des tensions s’installer, aux conséquences redoutables : les gens quittent l’hôpital, parce qu’ils ne veulent plus le servir tel qu’il est en train de devenir. La question de la démographie médicale est majeure. Nous avons alerté la ministre il y a quelques mois sur les écarts de salaire entre le public et le privé. Il faut poser dans le débat public cette question très franchement, puisque c’est la même banque qui paie. Après, le Parlement prendra ses responsabilités. Par ailleurs, nous poussons à la pluriannualité de l’Ondam (1), pour sortir la gestion des établissements des incertitudes. La loi de programmation militaire a une vision à cinq ans, le « pacte de stabilité financière » a introduit une contractualisation pluriannuelle avec les collectivités. Pourquoi pas la santé ? u Christelle Destombes

Frédéric Valletoux, réélu à la présidence de la Fédération hospitalière de France (FHF), il entend défendre et promouvoir les intérêts de l’hôpital public et des établissements médico-sociaux à l’heure de la réforme du système de santé et en attendant la loi Grand âge et autonomie.
Ancien journaliste, cofondateur de La Gazette santé-social, il est maire de Fontainebleau depuis 2005 et conseiller régional d’Ile-de-France depuis 2010. Il est à la tête de la FHF depuis 2011.

Note (01)

L’article 24 A nouveau du PLFSS introduit une vision pluriannuelle des ressources des établissements, pour trois ans. - Retourner au texte

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