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Personnes âgées | 28/11/2019

La Drees dessine le portrait des proches aidants

par Nathalie Levray
proche aidant © Motortion-AdobeStock

Selon une analyse de la Drees, 3,9 millions de personnes – 400 000 de moins qu’en 2008 – sont engagées auprès d’un senior de plus de 60 ans vivant à domicile, pour l’aider dans sa vie quotidienne ou le soutenir moralement ou financièrement. 60 % sont des femmes du cercle familial ; 53 % sont des enfants ; la moitié sont retraités. 47 % d’entre eux déclarent au moins une conséquence négative sur leur propre santé. Une enquête qui arrive à point nommé alors que les rapports Libault et El Khomri ont tracé des pistes désirables pour le secteur des personnes âgées et que le projet de loi Grand âge et autonomie reste annoncé pour la fin de l’année

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Proches aidants : le long chemin vers la reconnaissance

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À l’occasion de son rapport 2019 sur « L’aide et l’action sociales en France », la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) produit, à partir des résultats des enquêtes « Capacités, aides et ressources des seniors (Care) » menées en 2015 et 2016, une étude ponctuelle sur les proches aidants non professionnels des seniors résidant à domicile.

L’aide va de soi pour la grande majorité des proches aidants – neuf conjoints ou enfants sur dix – quand huit sur dix la considèrent comme leur devoir, contrairement aux aidants extra-familiaux (seulement quatre sur dix). Ces derniers expriment d’ailleurs, neuf fois sur dix, de la reconnaissance à l’égard de l’âgé aidé. Dans le cercle familial, ce taux est de 63 % pour les conjoints et, respectivement, de 69 % et 73 % pour les enfants cohabitant et non-cohabitant.

1,6 proche aidant par senior

L’enquête arrive à point nommé alors que les rapports Libault et El Khomri ont tracé des pistes désirables pour le secteur des personnes âgées. Elle précède le projet de loi Grand âge et autonomie qui reste annoncé pour la fin de cette année et suit le lancement de la « stratégie de mobilisation et de soutien des proches aidants » en octobre dernier. Son intérêt est de dévoiler des chiffres sur les aidants, signalés comme tels par les personnes aidées âgées de plus de 60 ans, et non auto-déclarées. 6 200 personnes ont ainsi été repérées puis interrogées.

Chaque senior aidé bénéficie en moyenne du soutien de 1,6 aidant.

400 000 proches aidants en moins

Par projection, la Drees évalue à 3,9 millions les proches aidants auprès des personnes âgées vivant à domicile, à comparer à 720 000 personnes auprès des seniors vivant en établissement. « Deux chiffres à ne pas additionner », selon la Drees, « en raison de doublons potentiels résultant de placements en établissement en cours d’enquête ».

En 2008, le premier chiffre s’élevait à 4,3 millions. Ce recul s’explique, même si le nombre des seniors augmente, par la baisse du nombre des personnes âgées en perte d’autonomie, l’état de santé des seniors s’améliorant globalement. Ces chiffres sont à rapprocher, d’une part, des huit millions de proches aidants décomptés par la Drees il y a un peu plus de dix ans pour l’ensemble des populations des champs handicap et grand âge, et, d’autre part, aux 11 millions estimés par les associations sur la base des déclarations des aidants eux-mêmes, « ce qui peut produire une sur-évaluation », estime la Drees.

Un profil féminin

L’enquête confirme le profil des proches aidants. Plus d’un sur deux est un enfant : 45 % vivent ailleurs – en moyenne à 61 kilomètres du domicile de l’aidé – et un peu plus de 8 % habitent avec le proche aidé. Ces enfants cohabitants vivent dans une situation plus fragile, notamment en termes d’emploi (12 % au chômage contre 7 % pour les non-cohabitants). Un quart est le conjoint et les aidants hors famille représente 7,3 % de l’échantillon observé.

Quand ils sont hors du cercle familial, les aidants vivent à moins de 3 km du senior. La moitié des aidants sont des retraités, 40 % sont actifs. L’aide auprès de seniors à domicile est fortement genrée. Six sur dix des proches aidants sont des femmes et cette proportion augmente pour les aidants hors famille (75 %).

Aides matérielles et soutien moral

Les aides apportées sont de trois ordres : l’aide à la vie quotidienne (courses, démarches médicales, tâches administratives, bricolage), le soutien moral et l’aide financière ou matérielle. 87 % des aidants interviennent au moins une fois pour le premier type d’aide, où le profil largement féminin des proches aidants se révèle.

Les femmes citent six fois sur dix le ménage (+ 6,9 points), les tâches administratives (+ 5,7 points) et l’aide à la toilette ou à l’habillage (+ 4,5 points). Les hommes apportent beaucoup plus souvent une aide au bricolage (+ 27 points).

Le soutien moral est déclaré par 90 % des enfants non cohabitants et seulement par à peine 70 % des conjoints. Un différentiel pouvant s’expliquer, selon la Drees, par le caractère « naturel » de cette aide, non identifiée comme telle par ceux qui la fournissent. L’aide financière est peu déclarée par les proches aidants, sauf en ce qui concerne les enfants cohabitant (4 sur 10 contre 1 sur 10).

Des effets négatifs sur la santé

Enfin, 47 % des aidants déclarent au moins une conséquence négative de l’aide apportée au senior sur leur propre santé : fatigue physique ou moral, troubles du sommeil, isolement, dépression, anxiété, stress, palpitations, etc.

Trois quarts des conjointes expriment un effet négatif ; la moitié des conjoints. Ces effets négatifs sont moins importants quand le lien familial s’amenuise : 17 % des aidants non familiaux non professionnels en cite au moins un.

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