Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Petite enfance | 04/12/2019

Premier bilan positif pour les maisons de naissance

par Michèle Foin
Naissance bébé nourrisson © freepeoplea-AdobeStock

Un rapport sur la qualité des soins prodigués en maisons de naissance montre des résultats très satisfaisants et dans les standards des critères internationaux. Il tombe à pic alors que l’expérimentation qui autorisait huit maisons de naissance durant cinq ans arrive à terme en novembre 2020 et que le gouvernement doit statuer sur leur pérennité. Mais les auteures recommandent des études complémentaires et le ministère de la Santé souhaite évaluer les aspects médico-économiques.

Oui, les maisons de naissance en France ont un niveau de sécurité satisfaisant et une très faible fréquence d’intervention, comparables aux maisons de naissance à l’international qui ont, elles, déjà démontré leur sécurité. Tels sont les résultats très encourageants du rapport d’étude sur la qualité des soins prodigués en maisons de naissance, rendu public le 29 novembre 2019 au Sénat. Une première en France.

Qualité des soins en maisons de naissance

Un groupe de recherche composé de six chercheures en santé publique affiliées à des institutions de recherche ont évalué scientifiquement la qualité des soins prodigués en maisons de naissance à partir des données de 2018. « Avec cette étude nous voulions apporter de la science dans ce débat public », a insisté Anne Chantry, chercheure en santé publique de l’équipe Epopé – Unité Inserm 1153/ Université Paris Descartes, et membre de ce groupe.

Ce rapport vient en effet apporter des éléments probants aux administrations et aux parlementaires pour décider du devenir de ces structures. L’expérimentation qui autorisait huit maisons de naissance durant cinq ans arrivant à terme en novembre 2020, conformément à la loi du 6 décembre 2013, et au décret du 30 juillet 2015, le gouvernement doit statuer sur leur pérennité dans les prochains mois.

Critères d’éligibilité des femmes accouchant en maisons de naissance

Au total, 649 femmes ont été prises en charge en maisons de naissance en 2018. 506 y ont effectivement accouché et 143 ont été transférées ou ont accouché dans des maternités partenaires. Dans plus de 99% des cas, les critères d’éligibilité des femmes pour accoucher dans ces structures, définis par la Haute autorité de santé (HAS), ont été respectés (le suivi classé A, sans particularité). Mais ces critères définissant le type de suivi de grossesse, et non le lieu d’accouchement, les sages-femmes de maisons de naissance ont dû ajouter des critères d’inéligibilité pour limiter les situations à risque. Elles se sont pour cela appuyées sur les pratiques internationales, et se sont notamment interdites de suivre des grossesses gémellaires et des femmes qui présentaient un utérus cicatriciel.

Peu d’interventions durant le travail d’accouchement

22% des femmes prises en charge ont été transférées pendant le travail, majoritairement pour des situations à risque de complications hors contexte d’urgence (plus de 85% des cas) et principalement pour non-progression du travail (58% des transferts) et prise en charge médicamenteuse de la douleur (29% des transferts).

Pour les transferts en urgence pendant le travail, les issues maternelles et néonatales étaient favorables. Au chapitre des interventions au cours du travail, les maisons de naissance y ont très peu recours : moins de 3% de rupture artificielle des membranes, moins de 2% d’épisiotomie et 90,5% d’accouchement par voie basse spontané. On ne dénombre que 6,5% d’accouchement par voie instrumentale et 3% de césarienne. Plus de la moitié des femmes ont eu aucun voire un toucher vaginal au total sur l’ensemble du travail, et 46% des patientes ont pris un bain durant le travail, un moyen efficace et non médicamenteux de gérer la douleur.

« On constate un vrai respect de la salutogénèse, ces soins de prévention qui maintiennent les patientes en bonne santé », a salué Anne Chantry lors de la présentation. Il est également à noter la liberté laissée aux femmes de choisir leur position pour accoucher : seules 6% ont accouché sur le dos.

Peu de complications maternelles et néonatales

Du point de vue de la sécurité, les indicateurs montrent très peu de complications maternelles. L’étude dénombre 48% de périnées intacts, et seulement 0,05% de déchirures sévères du 3e ou 4e degré. Elle pointe 1,4% d’hémorragies sévères et 0,4% de réhospitalisation dans le mois suivant l’accouchement.

Les complications néonatales ont été elles aussi très peu fréquentes : 0,3 % d’enfants avec une mauvaise adaptation à la vie extra-utérine à 5 minutes de vie et 1,7 % d’enfants ayant nécessité des gestes de réanimation à la naissance. Les maisons de naissance déplorent tout de même un décès néonatal, mais qu’il était impossible de prédire.

Des résultats encourageants mais limités

« Des résultats encourageants », notent les auteures, mais limités, puisque « seule une analyse comparant le groupe des femmes à bas risque dont l’accouchement est planifié en maisons de naissance à un groupe « contrôle » de femmes à bas risques (selon les mêmes critères) et accouchant en maternités permettra de répondre définitivement à cette question », admettent-elles.

Un projet d’étude prospective a été formalisé et proposé à des appels à projets de recherche, sans succès pour le moment. Le groupe de recherche recommande fortement que des financements soient débloqués pour qu’une telle recherche puisse avoir lieu dans plusieurs domaines : efficacité et sécurité des soins, aspects médico-économiques, satisfaction des femmes et des soignants.

Le ministère de la Santé attend un rapport sur les aspects médico-économiques

Il reste également à trouver de nouveaux critères pour évaluer les soins de salutogénèse réalisés dans ces structures. Les critères que les maisons de naissance doivent transmettre aux agences régionales de santé compétentes pour évaluer les effets de l’expérimentation sont en effet peu adaptés.

« L’analyse détaillée des indicateurs demandés montre qu’ils ne permettront de dresser qu’un bilan de type « administratif » et pas d’évaluer la qualité ni la sécurité de soins prodigués en maisons de naissance », indiquent les auteurs.

Le groupe de recherche recommande également que l’activité des maisons de naissance puisse être enregistrée dans les données médico-administratives (PMSI) pour permettre une surveillance épidémiologique.

Le ministère de la Santé attend de son côté un rapport sur les aspects médico-économiques des maisons de naissance mi-décembre, « pour réfléchir à la suite » a indiqué une représentante de la Direction générale de l’offre de soins, présente au Sénat. Le président de la commission des affaires sociales du Sénat, Alain Milon, se dit en tout cas « volontariste » sur le sujet.

Thèmes abordés

Le contenu de cet article est temporairement déverrouillé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>