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Handicap | 12/12/2019

Personnes handicapées : un sas vers les métiers du social

par Solange de Fréminville
Fabrice Cabotse © Sebastien_Jarry/Andia.fr

Oasis Handicap permet aux personnes handicapées de tous âges de s’orienter vers les métiers du social en accédant aux formations qualifiantes ou diplômantes. D’après une enquête menée fin 2017, 76  % des personnes inscrites dans le dispositif réussissent leur insertion.

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«J’ai trouvé ma voie », confie Fabrice Cabotse, 46 ans. Auparavant technicien de maintenance en levage, il a été licencié pour inaptitude à cause d’une maladie professionnelle qui lui interdit tout port de charge. Aujourd’hui, travailleur handicapé, il suit une formation de moniteur d’atelier à l’Institut régional du travail social (IRTS) Hauts-de-France pour accompagner d’autres travailleurs handicapés en établissement et service d’aide par le travail (Esat), avec un financement de la région Hauts-de-France. « J’ai fait un stage, j’ai tout de suite aimé ce métier. Aider les gens en leur simplifiant la tâche, c’est tellement gratifiant », lance-t-il.

Immersion professionnelle

Cette réorientation réussie dans le social, il la doit à Oasis Handicap. Début 2019, il est passé par ce dispositif qui ouvre aux personnes en situation de handicap l’accès aux formations et aux métiers du social, à tout âge et quel que soit leur parcours. Il est né en 2012 d’un constat paradoxal : le secteur social accompagne des personnes handicapées, mais n’en recrute pas (sauf dans des fonctions administratives ou la restauration), et les formations n’en accueillent qu’un nombre infime. Il fallait donc lever des freins : créer un sas de « préformation » de 420  heures, sur quatre mois environ, pour faire connaître le secteur social et médico-social, démythifier les concours et les diplômes en montrant qu’ils sont accessibles, faciliter l’immersion professionnelle par des stages, et convaincre les employeurs qu’ils peuvent embaucher des personnes handicapées.

Oasis Handicap, bientôt dans toutes les régions et dans les DOM

Initié par Faire ESS (ex-IRTS Languedoc-Roussillon regroupé avec le CFAS et l’Ifocas) en 2012, Oasis Handicap est progressivement monté en puissance grâce au réseau Unaforis qui assure son pilotage, et à l’OETH, chargé d’appliquer l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés dans le secteur sanitaire, social et médico-social privé non lucratif, et qui finance l’ensemble du dispositif. Déployé dans onze établissements en 2019, il s’étendra sur neuf autres sites dès la fin 2019 et en 2020 pour mailler les treize régions du territoire métropolitain et renforcer sa présence dans six de ces régions en y créant un deuxième site. Le dispositif met également un pied dans les DOM-TOM avec une première implantation à La Réunion.

Contrat en alternance

C’est ce que permet cette passerelle originale. Financé par l’OETH et piloté par l’Unaforis, Oasis Handicap a été déployé dans l’Hexagone par onze établissements, chacun offrant quinze places. Au total, plus de 350 personnes ont été accueillies par ce dispositif depuis 2012. Avec des résultats prometteurs, d’après l’enquête menée par l’OETH fin 2017 : 76 % des personnes inscrites dans le dispositif réussissent leur insertion. La majorité se forme dans le cadre d’un contrat en alternance (apprentissage ou professionnalisation) tandis que les autres vont simplement en formation initiale. Un petit nombre est embauché directement en CDD ou CDI.

Les candidats sont le plus souvent orientés par Pôle Emploi, Cap Emploi ou les missions locales, qui les informent des exigences de la préformation et vérifient qu’elle leur convient. Une fois franchie cette première étape, ils passent un test écrit et un entretien avec un jury dans l’établissement de formation qui anime le dispositif pour s’assurer qu’ils ont le niveau et qu’ils sont réellement motivés par une formation qualifiante dans le secteur social. La plupart sont en reconversion après un accident ou une maladie. L’idée majeure est de leur offrir un accompagnement sur-mesure, qui associe une réflexion approfondie sur les compétences et le projet professionnel de chacun, la découverte des métiers (éducatifs, sociaux, médico-sociaux), une remise à niveau, un stage de 210 heures dans un établissement social ou médico-social, et la recherche d’un contrat.

Préformation

« On cherche à anticiper au maximum pour qu’ils commencent la préformation dans les meilleures conditions possible », précise Arnaud Villepontoux, responsable des formations pour les travailleurs handicapés au centre de formation régional aux métiers du social Erasme (Toulouse). Il s’appuie sur les partenaires pour assurer en amont l’évaluation du handicap et obtenir la compensation voulue : un interprète, un logiciel spécifique, un fauteuil adapté… De même lors du stage ou du contrat en alternance chez un employeur. L’objectif est que chacun mûrisse son projet en étant nourri de connaissances sur le secteur social et de l’expérience vivante du milieu professionnel.

« C’est à nous de les aider à prendre conscience de leurs potentialités », explique Didier Vinches, directeur du centre de formation des apprentis spécialisé (CFAS) de Montpellier et référent national Oasis ­Handicap au sein du réseau Unaforis. « Les intervenants nous font réfléchir sur notre parcours, ils font le lien entre les compétences acquises et celles qui sont demandées dans le secteur social », confirme Juliette Loore, 48 ans, qui a passé quatre mois dans le dispositif. Sans travail pendant environ six ans en raison de troubles psychiques, elle cherchait un moyen de reprendre pied. Elle avait jusque-là des expériences diverses dans le secteur culturel et l’accompagnement à domicile. Elle a défini son projet au fil des rencontres avec les formateurs et les professionnels. Alors qu’elle s’imaginait assistante sociale, elle a finalement choisi la profession d’éducatrice spécialisée. « La découverte du terrain dans un institut médico-éducatif (IME) a été hyperimportante », souligne-t-elle. Elle a réussi le concours d’entrée et décroché un contrat d’apprentissage dans l’IME où elle avait fait son stage. « Cela m’a remis le pied à l’étrier, j’ai pu me projeter, reprendre des études », se réjouit-elle.

Faciliter l’intégration

Le fait d’être en petit groupe (quinze personnes maximum dans chaque établissement), mobilisé dans une dynamique collective, facilite l’intégration. Cela permet aussi un accompagnement au plus près de l’évolution de chacun. « Ils nous ont beaucoup suivis, soutenus, répondu à nos questions », témoigne, entre autres, ­Émilienne Kesseler, 44 ans, ex-aide-soignante, en contrat d’apprentissage comme assistante de vie sociale en Alsace. Il arrive cependant qu’il y ait des abandons, principalement pour des raisons de santé ou par choix d’une autre orientation. Côté employeurs, les réticences sont levées grâce au suivi assuré par les équipes animant le dispositif Oasis lors du stage, puis lors de l’entrée en formation et du recrutement en contrat en alternance. Les aides financières de l’OETH leur apportent un réel coup de pouce. u Solange de Fréminville

DRArnaud Villepontoux, coordinateur Oasis Handicap-Erasme

« Les succès obtenus ont permis de casser les préjugés »

« Notre première mission, c’est de créer un climat coopératif entre des personnes très différentes par leur âge, leur handicap, leur trajectoire de vie, leurs aspirations, les uns visant des diplômes de niveau V, d’autres de niveau I. Ils sont chacun remobilisés dans une formation, un projet, en évoluant dans un collectif. Ils découvrent des métiers du social auxquels ils n’avaient pas pensé. Le dispositif leur permet de faire leur choix en ayant conscience de ce que cela va leur demander sur le plan personnel, familial… La compatibilité de leur handicap avec l’emploi est vérifiée et les compensations mises en place lors du stage et du contrat. Les succès obtenus ont permis de casser les préjugés, de créer une dynamique positive et d’ouvrir des possibles. »


Chiffres Clés

  • Environ 500 euros d'aides financières de l’OETH aux employeurs pour les stagiaires Oasis, prise en charge de frais de transport, du tutorat, ou de tout autre besoin : montant variable ;
  • 10 000  euros par an d'aides financières de l’OETH aux employeurs pour l’embauche en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation de stagiaires Oasis.
  • Montant variable pour compenser le handicap, un aménagement de poste ou un accompagnement.

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