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Minima sociaux | 15/01/2020

Le revenu de base finlandais améliore le bien-être, pas l’employabilité

par Rouja Lazarova
Finlande CC-BY-SA_KelaKonttoriSello

La Finlande a expérimenté un revenu de base en 2017. Résultats : pas d’amélioration du retour à l’emploi mais un sentiment de bien-être supérieur.

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Minima sociaux : les contours flous du revenu universel

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C’est le Gouvernement centre-droit du Premier ministre Juha Sipilä qui a lancé, à l’automne 2015, un projet de recherche dont la mission est d’émettre des recommandations pour une expérimentation d’un revenu de base. Elle devait être mise en œuvre par Kela, l’organisme d’assurance sociale (Social Insurance Institution) en Finlande. Son objectif premier était de tester si cette allocation permet un retour à l’emploi dans un pays où le taux de chômage dépasse les 7 %, ce qui en Finlande est considéré comme beaucoup.

Revenu universel de 560 euros par mois

Au début, l’expérimentation devait inclure des auto-employeurs aux revenus irréguliers ou des jeunes. Finalement, le budget – 20 millions d’euros – a prédéterminé son ampleur et la méthode de travail. Ce sont finalement 2 000 chômeurs de 25 à 58 ans, allocataires du Pôle emploi finlandais, qui ont été tirés au sort fin 2016. Ils ont reçu pendant deux ans un revenu inconditionnel d’un montant de 560 euros par mois, cumulable sans variation avec des revenus d’une activité, et non taxé.

Moins de démarches administratives

Le changement notable dans la vie de ces chômeurs a été d’avoir été exempté de pointer tous les mois et faire des démarches administratives dans un système bureaucratique que certains qualifient de « kafkaïen ». « Je préfère le revenu universel à l’ancien système avec ses formulaires compliqués, ses stages obligatoires et ses responsabilités inutiles », écrit sur son blog Tuomas Muraja, journaliste, qui a été l’une des heureuses gagnantes de l’expérimentation.

En février 2019, les chercheurs chargés de superviser le projet ont exposé les premiers résultats de l’évaluation. Un des constats : les bénéficiaires sont plus nombreux que les chômeurs à se dire en bonne santé (55 %, contre 46 %) et sont moins stressés (17 % contre 25 %).

Une parade à l’ubérisation

L’évaluation révèle cependant que l’objectif principal de l’expérimentation – le retour à l’emploi – n’est pas atteint. Ainsi, en moyenne, les personnes ayant reçu le revenu de base ont travaillé 49,64 jours dans l’année, contre 49,25 pour les autres. « Il est possible toutefois que les chiffres soient différents sur le long terme, et que les gens réagissent au bout d’un an », remarque le professeur Olli Kangas, un des architectes de l’expérimentation. Il considère que le revenu de base pourrait être une parade à l’ubérisation du marché du travail en garantissant un filet de sécurité à des gens qui pourraient tomber à travers les mailles de la protection sociale.

Coût exorbitant

L’évaluation finale de l’expérimentation doit être présentée en 2020. Mais les adversaires du revenu de base sont nombreux. Ils lui reprochent notamment son coût exorbitant si on le généralisait à l’ensemble de la population : selon le Medef local cité par « Le Monde », il s’élèverait à environ 11 milliards d’euros.

DROlli Kangas, directeur du Programme sur la société égalitaire (Equal Society program) au sein de la Recherche stratégique de l’Académie de Finlande.

« L’impact sur la posture des allocataires sur le marché de l’emploi est très complexe »

« Depuis que les résultats préliminaires de l’évaluation de l’expérimentation ont démontré que le revenu de base n’avait pas d’effets positifs sur le retour à l’emploi, ses détracteurs disent qu’il est inefficace. À l’inverse, on peut dire qu’ils escomptaient que les allocataires allaient rester chez eux à rien faire. Or, on n’a observé rien de tel. Au contraire, leur groupe fait même un peu mieux que le groupe témoin en termes d’emploi. Les allocataires du revenu de base ont en revanche exprimé un sentiment de bien-être et de bonheur supérieur au groupe témoin. Son impact sur la posture des allocataires sur le marché de l’emploi est très complexe. L’évaluation finale devrait nous éclairer là-dessus. Au cas où il faudrait choisir un modèle, je défendrais un revenu de base non universel d’un montant pas trop élevé, agrémenté d’avantages sociaux de base. Ce modèle est le plus facilement défendable d’un point de vue politique. »


Chiffres Clés

  • Nombre d’habitants : 5,5 millions en 2018 (Eurostat).
  • PIB par habitant : 45 703 USD en 2017 (Banque mondiale).
  • Taux de chômage : 6,7 % en septembre 2019 (en baisse continue depuis une hausse importante suite à la crise de 2008).
  • Taux de pauvreté à 60 % du revenu médian en 2015 (Eurostat) : 11,6 %, parmi le plus bas en Europe où la moyenne est de 17,3 %.
  • Montant des dépenses publiques en fonction du PIB en 2017 (selon la Direction générale du Trésor en France) : 53,7 %, soit un des plus importants parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
Thème abordé

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