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Aidants | 24/01/2020

Proches aidants : l’aide monétarisée produit des effets contrastés

par Nathalie Levray
aidant familial senior © Tierney-AdobeStock

Une recherche menée sous l’égide de la CNSA rend compte de la complexité d’une activité rémunérée pour les proches aidants en raison de l’intervention ambivalente des pouvoirs publics, des tensions intrafamiliales et des effets sur la relation avec les professionnels et les parcours de vie. Elle conclut à la nécessité d’un cadre d’emplois solide et de référentiels d’action clairs.

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Proches aidants : le long chemin vers la reconnaissance

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Un statut de proche aidant rémunéré pour répondre aux besoins de familles confrontées à des situations économiques et matérielles inextricables ? Pas si simple selon un rapport de recherche, qui analyse les effets des modes de rémunération et de dédommagement des aidants sur la forme de leur investissement, le recours aux mesures institutionnelles et les équilibres familiaux.

Mobilisation des ressources sociales

Les chercheurs qualifient la monétarisation du travail d’aide d’« élément clé » dans l’évolution de l’État social en France. La désinstitutionalisation, le maintien ou les soins à domicile et certaines formes de pairaidance, promues dans les politiques publiques d’accompagnement de la perte d’autonomie liée à l’âge ou du handicap, participent selon eux de la « mobilisation des ressources sociales – y compris familiales, mais aussi matérielles comme le logement […] – des individus ». Ils appellent à un « travail collectif de renforcement et d’homogénéisation des statuts » et à une réflexion, « portée par les politiques publiques de la dépendance, sur les enjeux normatifs des nouvelles formes de solidarité, d’aide et d’échange au sein des familles ».

Ambivalence du discours

L’analyse du discours institutionnalisé de l’aidance réalisée au cours des quatre ans de la recherche met en évidence son « ambivalence » à l’égard de la rémunération des proches, qui renvoie à « la subsidiarité de l’aide publique sur l’aide familiale ». Pas de « formulation explicite et intégrée », pas de traitement social uniforme entre la monétarisation dans le cadre de l’allocation personnalisée d’autonomie ou de la prestation de compensation du handicap, pas de visibilité dans la statistique publique, mais des réformes au « caractère perlé et quasi-continu » depuis les années 1990. La monétarisation émerge ainsi comme « un élément compatible » avec les trois piliers de l’action publique envers l’aidant : « sa reconnaissance » dans le système de soins et d’accompagnement ; le « soutien » par le répit, la formation ou un accès facilité aux droits ; « la conciliation entre les fonctions d’aide et d’autres activités, dont le travail » et la promotion du « libre choix ».

Une réponse à l’insuffisance de moyens

Le rapport rend compte de la critique, au nom de l’éthique, de cette émergence : « brouillage des frontières entre les sphères familiales et professionnelles », substitution aux professionnels et « forme de transfert de compétences » vers une mission de service public invisible. En objectivant le désengagement de l’État, « l’enrôlement des aidants profanes » pourrait devenir une « réponse systématique à l’insuffisance chronique de moyens publics ». À ces arguments s’opposent parfois des « raisons impératives de subsistances ». Mais, selon le vécu et les trajectoires des aidants, la rémunération et le statut ne recouvrent pas les mêmes significations, ni ne produisent, selon les auteurs, les mêmes effets.

Huit enjeux saillants

Ils identifient huit « enjeux saillants » pour « éclairer l’action publique » : la formation des proches aidants, les relations aux professionnels de l’aide, ou avec les institutions et l’accès au droit, la souffrance chez les aidants rémunérés, l’assignation à l’aide, les solidarités croisées, les maltraitances et, enfin, les inégalités de genre. Ils en tirent trois constats. La monétarisation ne détermine pas l’engagement ; elle peut soit améliorer les situations et consolider les parcours, soit creuser les inégalités et exposer à la pauvreté ; elle peut favoriser l’équilibre intrafamilial ou accentuer les rapports de force. Manqueraient, pour en tirer d’éventuels bénéfices, un cadre d’emplois solide et des référentiels d’action clairs.


Chiffres Clés

  • 9 % des aidants déclarent percevoir une rémunération, soit quelque 747 000 personnes.

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