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Municipales | 30/01/2020

Construire le Paris de demain avec les sans-abri

par Nathalie Levray
Samu social © Matéo_Castro

Alors que les élections municipales sont dans moins de deux mois, une journée particulière a réuni, le 27 janvier, les personnes sans-abri accueillies dans les centres d’hébergement ou à l’hôtel, ou encore visitées lors de maraudes du Samu Social de Paris. Elles ont débattu et préparé, à destination des candidats parisiens, des propositions pour faciliter la vie des personnes en situation de grande précarité.

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Une centaine d’hommes et de femmes et leurs enfants, sans-abri, accueillis dans les centres d’hébergement ou à l’hôtel, ou encore visités par les travailleurs sociaux lors de maraudes du Samu Social de Paris, se sont retrouvés le 27 janvier à l’Espace Léonard dans le 12e arrondissement.

Le lieu est mis à disposition par la Fondation Vinci pour toute la journée. L’événement a été voulu et organisé, dans la continuité du Grand débat, par Le Débat permanent, le groupe constitué par les personnes en précarité accompagnées par le Samu Social de Paris, qui réfléchissent à leurs conditions de vie et d’accueil.

Sept thèmes en débat

Il s’agit, ce jour-là, d’ouvrir un espace de débat et de construction dans lequel les personnes accompagnées, usagères des services municipaux, détermineront les préoccupations et propositions qu’elles souhaitent porter auprès des candidats aux municipales de Paris.

« S’ils ne répondent pas, nous irons les rencontrer », affirme Mavin, hébergé dans l’un des centres du Samu Social et le Monsieur Loyal de l’événement.

Une dizaine de personnes se retrouvent et échangent dans sept ateliers thématiques différents. Au menu : enfance ignorée, enfance compliquée ; le droit à l’accès aux loisirs, au sport et à la culture ; la réalité de l’action sociale parisienne ; l’écologie ; le vivre ensemble dans les quartiers et les femmes dans tout ça ? ; rendre utile le temps de la régularisation ; l’accès au chez soi.

Droit à la parole

Le temps du débat, d’une part, pour recueillir le vécu des personnes et, d’autre part, pour construire des réponses collectives qui deviendront les propositions à destination des candidats aux élections municipales, est animé par un binôme constitué d’un salarié du Samu social de Paris et d’une personne accompagnée. Tous deux ont été formés huit jours plus tôt par Geneviève Colinet, une ancienne de la FAS qui était chargée de la participation des personnes, pour conduire l’animation du groupe dont ils ont la charge.

Équipés d’un vademecum et de questions de relance préparées en commun, ils recueillent la parole des participants. « J’ai privilégié la technique du débat progressif pour faciliter la prise de paroles », explique-t-elle. Chacun se présente, puis en binôme raconte son expérience à l’autre, avant de s’exprimer en grand groupe.

Des propositions phares émergent sur lesquelles les participants votent pour n’en retenir que deux par groupe. Même si peu de personnes votent aux municipales, « nous avons tous le droit à la parole en tant qu’utilisateurs des services », affirme Barbara, membre du Débat permanent.

Formation et bénévolat

Dans le groupe « Action sociale », le travail d’accueil et d’accompagnement par les travailleurs sociaux est plutôt bien vu : « les assistantes sont très compétentes ainsi que le personnel dans son ensemble » ; la langue n’est pas considérée comme une barrière. Le système de domiciliation est validé. Mais, au-delà de l’expression du besoin d’un logement à soi, qui pourrait se résoudre par la « réquisition de logements et de lieux vacants », suggère le groupe qui a planché sur ce thème, les préoccupations soulignent l’empêchement à vivre dans lequel se trouvent les personnes, du fait des règles administratives et d’un défaut d’informations, ainsi que le sentiment d’inutilité.

Pour y pallier et quel que soit le thème de l’atelier, les questions liées à l’intégration et au travail sont revenues dans la bouche des personnes en grande exclusion. Parmi les mesures proposées, un accès facilité à la formation et le droit d’être bénévoles.

Municipales à Paris : l’interpellation des personnes en grande exclusion

Les quinze propositions des personnes accompagnées ont été restituées par l’une d’entre elles en plénière. Elles « rejoignent les projets du Samu Social de Paris », se réjouit Christine Laconde, sa directrice générale. Elles seront mises en ligne sur un site dédié, afin d’interpeller les candidats aux municipales et les inciter à réagir. Les voici, classées par thématique.

Enfance

  • Ne plus bloquer l’accès aux crèches pour des questions de titre de séjour ou d’absence de travail.
  • Créer des lieux adaptés pour permettre la garde des enfants sous forme d’entraide entre parents.

Accès aux loisirs, au sport et à la culture

  • Faciliter l’accès à des activités accessibles à tous, par le développement d’activités gratuites.
  • Faire de l’accès au numérique un droit pour tous.

Action sociale

  • Créer un guichet unique par arrondissement pour informer et orienter les personnes.
  • Créer un service municipal destiné à favoriser les liens d’entraide entre citoyens.
  • Créer des lieux pour cuisiner de manière autonome dans les centres d’hébergement et dans les quartiers.
  • Harmoniser les services de distribution alimentaire et veiller à leur continuité pendant l’été.

Vivre ensemble

  • Mettre des espaces à disposition des habitants de chaque quartier pour permettre des événements, des rencontres ou des activités.
  • Permettre aux personnes en grande exclusion de faire du bénévolat pour valoriser leurs compétences et réduire leur isolement.

En attendant la régularisation

  • Permettre l’accès à la formation, et notamment à l’apprentissage du Français.
  • Ne pas limiter les aides alimentaires spécifiques aux seuls enfants de moins de un an.

Accès au chez soi

  • Augmenter les capacités d’hébergement et autoriser, favoriser la réquisition et l’utilisation des espaces vacants.

Écologie

  • Développer les emplois d’insertion dans le secteur de l’environnement.
  • Renforcer la sensibilisation des citoyens à l’importance de la propreté en ville et du tri des déchets.

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