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Social | 18/02/2020

Lutte contre les inégalités : à Rennes, un tableau de bord pour ajuster les actions

par Nathalie Levray
enfant obésité © yuriygolub_AdobeStock

Impossible de lutter contre les inégalités sans connaître les spécificités de la population. Forte de ce constat, la ville de Rennes s’appuie sur un observatoire local pour porter une vigilance particulière à ceux qui ont davantage de besoins.

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Santé : l'universalisme proportionné, un remède contre les inégalités ?

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«À Rennes (Ille-et-Vilaine) (1), l’obésité des enfants de 4 ans présente un taux de 3 %, très bas par rapport à la moyenne française. » Ce constat, formulé par Arnaud Laurans, responsable de la direction Santé publique Handicap de la ville de Rennes, pourrait laisser penser que l’obésité infantile n’est pas un sujet. « Sauf que le taux atteint presque 10 % dans certains îlots », poursuit-il. «

Le chiffre montre qu’il faut agir de façon spécifique et active auprès de ces enfants et de leurs familles pour lutter contre ce fardeau-là », considère Charlotte Marchandise-Franquet, maire adjointe déléguée à la santé et l’environnement.

Action publique

Encore faut-il, selon elle, « s’attaquer aux causes et pas seulement aux symptômes ». Impossible sans connaître de manière fine les spécificités de la population. Il a fallu « cinq ans de bagarre avec Santé publique France, le ministère de la Santé et la Fédération des observatoires régionaux de santé pour obtenir un observatoire local un peu costaud », précise ­Charlotte ­Marchandise-Franquet.

La ville a investi 30 000 euros et les données sont construites à l’échelle des quartiers avec l’Observatoire régional de Bretagne. « Cette approche permet de mettre en lumière des disparités et des inégalités sociales et territoriales de santé parfois occultées par une approche communale globale qui fait apparaître de meilleurs indicateurs », observe Arnaud Laurans.

Un premier tableau de bord a ainsi été publié début 2019 dans le cadre du contrat local de santé de la ville de Rennes.

« L’universalisme proportionné, c’est donner à tous la même chose en portant une vigilance particulière à ceux qui ont davantage de besoins », explique-t-il. Pas question de tout délocaliser d’un centre-ville mieux loti pour gommer ces différences ; l’idée est de rester dans le droit commun et d’appuyer le plus possible l’action publique dans les quartiers où les besoins sont plus importants.

Ainsi pour lutter contre la surcharge pondérale mise en évidence dans certains quartiers, l’action autour de la nutrition, « Tout Rennes Cuisine », déployée début octobre 2019 dans la ville, est-elle plus particulièrement développée auprès des enfants vivant dans les quartiers dont les indicateurs sont moins bons que dans d’autres. Au programme, sont proposés des dégustations, des jeux et des animations autour de l’alimentation et de l’activité physique.

Indicateurs infracommunaux

L’observatoire local de santé est « un outil d’aide à la décision et un support de l’action pour les collectivités », estime Arnaud Laurans. « Les indicateurs infracommunaux permettent d’intervenir de façon universelle et proportionnée auprès de la population », affirme-t-il. À Rennes, ce n’est sans doute pas un hasard. La ville, mobilisée au sein du Réseau français des villes-santé de l’Organisation mondiale de la sante, porte une vision large de la santé et de ses déterminants.

© ABonfilsCharlotte Marchandise-Franquet, maire adjointe, déléguée à la santé et l’environnement, ville de Rennes

« L’outil de mesure des inégalités a été déterminant »

« La ville de Rennes affirme et porte l’universalisme proportionné dans sa politique Santé depuis 2017. Auparavant, l’attention était présente mais sans que cela soit nommé. Le terme est aujourd’hui largement utilisé et partagé. Nous doter d’un outil de mesure des inégalités de santé a été déterminant. Les données désormais disponibles ont permis de réorienter l’action publique, par exemple dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Notre lobbying et le pouvoir de convocation de la maire ont permis de toucher rapidement les professionnels de santé. L’approche entre dans le soin. Nos évaluations sont par exemple prises en compte par le personnel d’un pôle de santé coordonné au nord de la ville ou dans un projet, en cours de création, d’un centre de santé communautaire dans le sud. Les partenaires du contrat local de santé sont formés et les acteurs du territoire changent leur façon de travailler pour adopter cette logique. »

Note (01)

Contact : a.laurans@ville-rennes.fr - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • 216 268 habitants (2018) répartis dans 12 quartiers, dont 5 en politique de la ville (15,5 % de la population).
  • Bilan de santé 2015-2016 de + de 2 000 enfants de 3-4 ans : 89 % ont leur carnet de santé ; 3 % présentent une surcharge pondérale (12 % en France) ; 9,8 % dans un QPV.
  • Surpoids plus fréquent : dans les écoles du réseau d’éducation prioritaire à 7 % dans contre 2 % dans les autres ; chez les enfants qui déjeunent en famille (5 % contre 2 %) et n’ont pas de mode de garde périscolaire (4 % contre 1 %).
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