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Famille | 28/02/2020

Le soutien à la parentalité cherche sa lisibilité

par Michèle Foin
parents bébé © Boggy-AdobeStock

Dominique Bertinotti avait fait son ''Tour des parents'' en 2013, et réaffirmé l’importance d’une politique publique de soutien à la parentalité encore peu structurée. Adrien Taquet, secrétaire d’État à la protection de l’enfance, entame, lui, un tour de France des ''1 000 parents pour penser les 1 000 premiers jours''. Adossé à un comité d’experts présidé par Boris Cyrulnik, ses conclusions, connues en avril 2020, devraient permettre de dessiner les contours d’une politique publique plus claire et lisible. Le plus difficile sera sans doute de concilier deux approches entre ceux qui craignent une individualisation trop poussée du soutien parental et ceux qui s’appuient sur les avancées des neurosciences pour prôner une éducation positive et bienveillante.

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Famille : le soutien à la parentalité cherche sa lisibilité

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L’exercice de la parentalité semble n’avoir jamais été aussi compliqué. « Un enfant sur deux naît hors mariage, un enfant sur cinq vit dans une famille monoparentale, un enfant sur neuf vit dans une famille recomposée » rappelle la députée Michèle Peyron, dans son récent rapport sur la protection maternelle et infantile (PMI). De fait, 43 % des parents perçoivent leur rôle comme difficile d’après l’enquête parentalité 2016 de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf).

Depuis l’adoption de la Convention internationale des droits de l’enfant en 1989, il s’agit pour les pays de l’OCDE de répondre aux difficultés engendrées par ces mutations des structures familiales, par des politiques publiques de soutien à la parentalité. Tous ne le font cependant pas de la même manière, ni avec les mêmes objectifs.

Insister sur le rôle parental

Pour le sociologue Claude Martin, « on perçoit ainsi les équilibres qui se cherchent entre préservation de la vie privée, résistance à la tendance tutélaire de l’État et besoin de défendre un enjeu collectif et d’intérêt général, ou bien encore les hésitations et arbitrages entre logique de prévention, d’éducation et logique de protection, voire logique répressive ».

En France, les rapports et colloques se succèdent depuis dix ans. Faut-il une action ciblée ou universelle ? Mettre davantage de moyens sur la période des premières années de la vie de l’enfant ? Insister sur le rôle parental dans le développement de l’enfant, au risque d’enfermer les parents dans une logique normative ? Où poser le curseur, entre prévention et protection ? Dans une logique d’investissement social, comment évaluer les dispositifs soutenus financièrement par l’État et prouver qu’ils sont efficaces ? Des questionnements toujours en cours.

« Le périmètre du soutien à la parentalité est très difficile à définir en France. Il concerne tous les grands axes des politiques publiques et relève de multiples financements », confirme Isabelle Saunier, présidente du département parentalité enfance à l’Union nationale des associations familiales (Unaf). Il manque clairement une articulation.

Soutien à la parentalité

Jusqu’en 2017, la branche famille, l’un des principaux financeurs du soutien parental, fonctionnait par dispositif : les réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (Reaap), un réseau d’institutions, d’associations et de structures, dont l’objectif est de mettre tous les acteurs d’un territoire en réseau pour accompagner les compétences parentales et accroître leur confiance ; les lieux d’accueil enfants parents (Leap), qui favorisent la qualité du lien d’attachement parent-enfant ; la médiation et les espaces de rencontres afin de prévenir la rupture du lien familial, et les contrats locaux d’accompagnement à la scolarité (Clas), centrés sur l’aide aux devoirs et les apports culturels nécessaires à la réussite scolaire.

Or, une récente enquête de l’Unaf auprès de parents d’enfants de 6 à 12 ans montre que plus des deux tiers des parents ne connaissent pas d’activité de soutien à proximité de chez eux. « Le soutien à la parentalité pâtit d’un morcellement des actions, nuisible à leur lisibilité pour les familles, comme pour nos partenaires », concède Pauline Domingo, directrice du département « enfance, jeunesse et parentalité » à la Cnaf. D’où un changement de méthode pour 2018-2022.

« Nous voulons sortir d’une approche par dispositifs pour repartir des besoins des parents dans une logique d’accompagnement de leurs parcours de vie. Pour renforcer leur visibilité, nous allons structurer nos interventions autour de trois grands moments potentiellement fragilisants : la naissance, l’adolescence et la séparation », indique Pauline Domingo. Une expérimentation est actuellement menée par six CAF sur la thématique de la séparation.

« Comme nous avons connaissance de la majorité des situations de séparation avec enfant dans nos fichiers administratifs, nous comptons être plus performants dans l’information et l’orientation de ces familles vers les services qui peuvent les aider », précise-t-elle.

Parent pauvre

Côté financement, le soutien à la parentalité reste le parent pauvre de la branche famille. En 2017, il ne représente que 1,65 % du Fonds national d’action sociale (Fnas) de la Cnaf, soit 95,7 millions d’euros, contre 59 % pour l’accueil du jeune enfant financé, lui, à hauteur de 3,4 milliards d’euros. Ce qui expliquerait l’« universalisme proportionné » pratiqué, de fait, à destination des familles « qui en ont le plus besoin », relevait le Haut conseil de la famille en 2016.

« Si on y ajoute l’aide à domicile, on atteint 200 millions d’euros. Le rythme de progression sur la période de la convention d’objectif et de gestion (COG) est supérieur à 4 % par an, ce qui en fait un des secteurs le plus dynamiques de cette COG », tempère Laëtitia Vipard, responsable du pôle Famille, enfance, jeunesse, en charge du pilotage des dispositifs de soutien à la parentalité. La COG prévoit également de renforcer le réseau des Laep avec la création de 500 structures supplémentaires d’ici à 2022. Mais comme pour les crèches, leur création dépend d’un cofinancement des collectivités.

« Les Laep sont aussi à la charge des communes. Avec les élections, les élus ne seront pas forcément aptes à financer cette année », prévient Isabelle Saunier. Marie-Nicole Rubio, directrice de l’association Le Furet, qui anime le réseau des Leap depuis 2015, pointe un risque de perte de sens ; « on finit par recruter des personnes pour ces lieux comme on en recrute pour la crèche et le centre de loisirs. Or, il y a du chemin à faire pour s’approprier la posture requise. Être dans l’attention de ce qui vient à nous pour faire émerger la parole de l’enfant et du parent peut être angoissant pour certaines, qui vont se réfugier derrière l’animation socioculturelle. On perd alors la dimension d’écoute qui fait la spécificité des Leap ».

Quant aux Reaap, leur financement dépend chaque année de nouveaux appels à projets. La Cnaf a prévu de proposer la pluriannualité des financements pour les porteurs de projet « présentant un bilan satisfaisant ». « Seraient concernés les centres sociaux et les espaces de vie sociale, sur la durée de leur agrément par la CAF, ainsi que les porteurs de projet soutenus par la CAF depuis plus de deux ans », précise la COG. Pour mailler davantage le territoire, la Cnaf adopte une « logique de panier de services parentalité ».

« À horizon 2022, au moins 60 % des intercommunalités devront être couvertes par une offre de service comprenant au moins un Clas, un Reaap et un Laep », indique Laëtitia Vipard.

Stratégies nationales

Reste qu’il manque toujours à cette politique publique une réelle articulation. Depuis 2018, le Gouvernement égrène les « stratégies nationales » sans que l’on ne perçoive encore de cohérence : soutien à la parentalité, santé, santé culturelle, lutte contre la pauvreté, protection de l’enfance… avec, sous-jacent, un questionnement sur le devenir de la PMI.

Aujourd’hui, tous les yeux sont braqués sur les mille premiers jours de l’enfant et la commission d’experts présidée par Boris Cyrulnik, chargée d’élaborer un consensus scientifique sur cette période jugée cruciale pour le développement de l’enfant. Ses conclusions sont attendues en avril 2020, avec à la clé, « un parcours » du jeune parent « plus lisible et pratique ». Deux adjectifs que les acteurs du soutien à la parentalité espèrent pouvoir un jour accoler à cette politique publique. « Nous attendons avec impatience la mise en musique de toutes ces stratégies. Pour l’instant c’est la cacophonie ! » admet Marie-Nicole Rubio.


Chiffres Clés

  • 15 %, c’est la proportion de parents qui déclarent avoir déjà fréquenté une structure proposant un accueil, de l’écoute ou des informations pour les parents.Source : enquête parentalité 2016, Cnaf.
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