Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Travail social | 10/03/2020

Rozenn Moro : l’égalité femmes-hommes à la loupe

par Auteur Associé
Rozenn Moro formatrice animatrice © Christophe Simonato

Rozenn Moro est formatrice et animatrice autour de la prise de conscience des inégalités femmes-hommes et de leur réduction. Elle intervient notamment dans les crèches, les collèges, les Sdis. Elle souhaite désormais axer son travail sur les violences masculines dans le couple.

Email Email

Par Claire Baudiffier

En 2013, après huit ans dans le secteur du développement local autour de projets d’économie sociale et solidaire en Bretagne, Rozenn Moro décide de changer de voie. « J’avais envie de davantage de terrain, de concret, de moins traiter d’aspects financiers, de travailler avec du monde et de me pencher sur les questions d’égalité », résume-t-elle.

Rozenn Moro, aujourd’hui 41 ans, a longtemps travaillé dans le secteur du développement local et de l’économie sociale et solidaire, avant de se reconvertir pour être formatrice autour des questions d’égalité. Elle continue elle-même toujours à se former sur ces questions-là, et aussi aux méthodes d’éducation populaire, pour faire passer les messages différemment.

Militante depuis longtemps pour les droits des femmes, elle souhaite aussi que ses engagements personnels trouvent une résonance dans son travail. Elle devient alors bénévole au sein de l’association rennaise Questions d’égalité, qui organise à l’époque des conférences sur divers sujets (l’égalité filles-garçons dans l’animation socio-culturelle, le harcèlement de rue, les violences conjugales…).

« Elles rencontraient un succès grandissant et nous avions de plus en plus de demandes de formations sur les questions d’égalité en général, notamment de la part des professionnels du secteur social, de la petite enfance et de l’animation. »

Changement sociétal

Elle se rend vite compte que, concernant les questions d’égalité, les petits pas, dans son foyer, ne suffisaient pas. « Il faut un changement structurel et sociétal, à grande échelle, d’où l’intérêt de militer et manifester, bien sûr, mais aussi de proposer de la formation », indique-t-elle. L’association crée alors un poste de formatrice, qu’elle va occuper pendant trois ans. Elle forme des éducateurs de jeunes enfants, des infirmiers, des animateurs socioculturels ou encore des professionnels de l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse.

« J’étais outillée sur le volet formation pur puisque j’en donnais déjà sur d’autres thématiques à des étudiants en Master Développement local. J’ai aussi obtenu le DUT Études sur le genre de l’université de Rennes », poursuit-elle. Celui-ci s’adresse à un public en formation continue et d’adultes en reprise d’études pour répondre à la demande de formation professionnelle continue sur les questions liées au genre, à l’égalité femmes-hommes dans les secteurs privé, public et associatif. « Violences faites aux femmes, égalité en milieu professionnel, questions autour de la conjugalité, la parentalité… ce diplôme balaie de nombreux domaines sur lesquels j’interviens aujourd’hui. »

Déconstruire les habitudes

Souhaitant se lancer dans un nouveau projet, Rozenn Moro crée en 2018 sa propre auto-­entreprise, BinOcle – l’égalité à la loupe, pour être formatrice-animatrice à son compte.

Elle compte désormais une quinzaine de commanditaires par an, principalement en ­Bretagne, sur deux axes principaux : la prise de conscience des inégalités femmes-hommes et/ou filles-garçons et les moyens pour parvenir à leur réduction. Elle intervient notamment auprès des personnels de crèches. « La première étape étant la prise de conscience, je commence toujours par présenter des chiffres et données générales : les réactions plus rapides lorsqu’un bébé garçon pleure, l’espace sonore et physique davantage occupé par les petits garçons, le fait que l’on complimente les filles sur leur physique et les garçons davantage sur la performance… »

L’objectif est toujours de déconstruire les habitudes et de transformer les pratiques, en essayant de voir ce qui pourrait être changé : « Cela peut passer par exemple par un décryptage du sexisme dans la littérature enfantine pour ensuite proposer des ouvrages différents, par un travail sur les vigilances en termes d’interactions avec les parents – qui sollicite-t-on quand l’enfant est malade ?

Quelles sont les durées et contenus des transmissions avec les pères, avec les mères ? –, par un atelier sur l’aménagement des jeux et jouets, ou encore par un questionnement sur les encouragements énoncés aux enfants : stimule-t-on autant les garçons lors d’une activité qui vise à prendre soin des autres ? Encourage-t-on les filles sur le plan moteur (jeux de ballon…) ? »

Études au long cours

Parce que Rozenn Moro considère que les questions d’égalité doivent être posées au plus vite, elle travaille aussi régulièrement avec des enfants et des adolescents. « J’interviens en ce moment dans un collège, avec à la fois les élèves et leurs professeurs. On travaille sur ce qu’il se passe en cour de récréation, pour voir l’occupation de l’espace par les filles et les garçons, comment prévenir le harcèlement… » Certaines formations se font par ailleurs en réseau avec d’autres professionnels spécialisés sur des thématiques particulières, comme le racisme et l’homophobie. La formatrice est aussi missionnée sur des études au long cours.

« Ce fut le cas cette année, pendant plusieurs mois, auprès du Sdis [service départemental d’incendie et de secours, ndlr] d’Ille-et-Vilaine pour une mission consistant à étudier les freins à la féminisation des effectifs. On s’approche alors là davantage d’un travail de sociologie, puisque j’ai réalisé une enquête auprès des salariés et posé des questions sur les conditions de travail, l’accueil réservé aux femmes… » Rozenn Moro a ensuite animé un comité de pilotage avec les syndicats et la direction pour présenter un plan d’action à savoir travailler sur la formation des agents, notamment des encadrants, et sur la prévention du harcèlement sexiste et sexuel.

Violences conjugales

L’une des thématiques sur lesquelles elle souhaite axer son travail, c’est celle des violences masculines dans le couple. « En effet, il est primordial que les professionnels qui accueillent les femmes victimes à l’hôpital, dans les associations, dans les centres départementaux d’action sociale… comprennent les spécificités de ce type de violences. En formation, j’explique, au travers de témoignages, que les femmes sous emprise ont besoin de temps pour s’extraire des violences et de savoir que l’on respectera leur rythme. Il faut absolument qu’elles se sentent écoutées, soutenues, accompagnées par les professionnels de la justice, du secteur social, de la santé… qu’elles croiseront sur leur chemin. » Rozenn Moro estime qu’il y a urgence à ce que les questions d’égalité en général fassent partie des référentiels de formation de toutes les professions sociales.

DR« On peut véhiculer des stéréotypes sans y prêter attention » – Marie Pecot, directrice pôle petite enfance à l’Association rennaise qui soutient les femmes et familles en difficulté dans une démarche d’égalité et d’inclusion sociale (Asfad)

« Notre pôle compte un accueil collectif pour les 0-4 ans. Nous avons fait intervenir Rozenn Moro en octobre 2019 auprès des éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, travailleurs sociaux. Elle a proposé un atelier décryptage du sexisme dans la littérature enfantine. Ce fut une découverte pour les équipes, car même si on fait attention, on peut véhiculer des stéréotypes sans y prêter attention. On s’est rendu compte que tous les héros des livres étaient des garçons, que les filles étaient sages… Désormais, nous tentons de proposer des ouvrages différents. Si on parle aujourd’hui beaucoup d’égalité, ces questions sont en réalité rarement portées sur la petite enfance, alors que c’est là que tout se joue ! »

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>