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Coronavirus | 18/03/2020

Les associations se mobilisent pour maintenir la distribution de l’aide alimentaire, avec difficulté

par Rouja Lazarova
aide alimentaire distribution repas New_Africa-AdobeStock

Alors que les mesures gouvernementales face à la propagation de l’épidémie se sont succédé depuis une semaine, de plus en plus drastiques, les associations assurant la distribution de l’aide alimentaire aux plus démunis ont été prises de court. Certaines ont interrompu totalement ou partiellement leur activité. Si les stocks ne suscitent pas d’inquiétude, le manque de bénévoles, souvent âgés et donc particulièrement impactés par les risques de maladie, impacte la distribution de colis et oblige les structures à modifier leur organisation.

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Les rumeurs circulent sur une crise de l’aide alimentaire dont bénéficient environ 5 millions de personnes défavorisées en France. Certains professionnels les assument, tel Guillaume Cheruy, chargé de mission à la Fédération des acteurs de la solidarité. « Les points de distribution ferment un à un car ils ne peuvent pas respecter les mesures barrières, notamment la distanciation sociale. Cela risque d’avoir un impact terrible. S’il n’y a pas de mesure prises, jusqu’à 100 000 personnes pourraient se retrouver en insécurité alimentaire », alarme-t-il.

Interruption de l’activité

En effet, les associations ont été prises au dépourvu par la rapidité des mesures gouvernementales face à la propagation du coronavirus. Ainsi, le Secours Catholique a interrompu pour l’heure toutes ses activités, y compris la distribution d’aide alimentaire. Du côté des Restos du cœur, la panique du confinement total a entraîné la fermeture de presque la moitié des centres de distribution. « Suite à l’annonce du confinement, les bénévoles ont fermé, la mort dans l’âme. Notre objectif est de tout mettre en œuvre pour les faire redémarrer », confie Yves Mérillon, administrateur national.

Du côté de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (UNCCAS), on se veut rassurant. Son délégué général, Benoît Calmels, confie : « Nous sommes en train d’élaborer un document avec le Gouvernement afin que les collectivités puissent s’organiser rapidement en cas de défaillance des associations caritatives. Tout cela pose la question d’un plan de continuité de la réponse sociale ».

Manque de bénévoles

C’est le premier cri d’alarme des associations. « Nos bénévoles sont vieillissants, appartenant donc à la catégorie à risque face au coronavirus. Nous lançons ainsi un appel aux bénévoles de venir nous aider pour chercher les denrées, les trier, les stocker et les préparer à la distribution », détaille Jacques Bailet, président du réseau national des Banques alimentaires. Même constat du côté des Restos du cœur. « Certains de nos bénévoles, en grande partie des retraités, sont restés chez eux. Nous mettons en œuvre des modes de fonctionnement à effectifs réduits », témoigne Yves Mérillon.

Priorité absolue à l’aide alimentaire

La majorité des associations suspendent toutes leurs activités liées à l’accompagnement social généraliste (accès aux droits, conseils budgétaires, départs en vacances…) et se consacrent à la distribution de denrées alimentaires. Tout en s’adaptant aux consignes gouvernementales, notamment l’impératif de distanciation sociale.

« Auparavant, les personnes pouvaient venir et choisir ce qu’elles souhaitaient emporter. Maintenant, nous préparons en amont des paniers repas que nous remettons aux gens, en leur permettant de ressortir le plus rapidement du centre. Quant à nos distributions dans la rue, nous conditionnons des sachets repas avec un sandwich, une boisson, un yaourt. Nous faisons tout pour éviter la cohue », poursuit Yves Mérillon. Et de regretter la pénurie de masques, de gants et de gels en direction des salariés ou bénévoles qui distribuent les repas.

Des contacts téléphoniques avec les bénéficiaires

Le Secours populaire français (SPF) s’organise également. Outre le recentrage sur la préparation de colis, l’association a décidé de contacter les bénéficiaires de l’aide alimentaire. « Aujourd’hui, nous contactons les personnes accueillies pour leur expliquer notre nouveau fonctionnement et les inviter à venir chercher les colis. Certaines ne sont pas venues pensant que nous étions fermés. Ces appels sont aussi l’occasion d’apporter un soutien moral à ces personnes fragilisées », relate Sébastien Thollot, secrétaire national du SPF et secrétaire général du SPF du Rhône. Il ajoute : « Lorsque les personnes sont immobilisées, nous pouvons quelquefois aller déposer le colis au pied de leurs portes ».

Des stocks suffisants, mais un secteur fragilisé financièrement

Pas d’inquiétude du côté des stocks de nourriture, affirme la Banque Alimentaire. Sébastien Thollot ajoute : « Non seulement nous avons des stocks, mais nous avons reçu de nombreux appels de restaurateurs ou de traiteurs obligés de fermer, qui nous ont offerts leurs produits. Ce qui nous permet aujourd’hui de donner des colis plus agrémentés. » Cependant, si la crise dure, ce qui sera sans doute le cas, le problème risque de se poser, car il faudra acheter les denrées pour assurer l’aide alimentaire. « Avec quel argent ? À Lyons, nous étions partenaires de deux gros événements sportifs qui nous soutiennent et qui sont annulés. Nous faisons un appel aux donateurs pour trouver les moyens financiers de continuer notre activité », conclut Sébastien Thollot.

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