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Coronavirus | 24/03/2020

À Lyon, les professionnels de santé et les acteurs du médico-social font face à la crise

par Auteur Associé
senior coronavirus © toa555-AdobeStock

Comme partout, la région lyonnaise n’échappe pas au manque de moyens humains et matériels pour faire face à l’épidémie de Covid-19. Dans les Ehpad comme chez les infirmiers, les personnels soignants s’inquiètent du manque d’information et du retard accumulé dans la gestion de la crise. Et doivent faire avec les moyens du bord.

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Coronavirus : les professionnels de la santé et du social répondent présents

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Par G. Bouvy

Depuis la fermeture au public des Ehpad et des unités de soins de longue durée (USLD) le 11 mars, 72 personnes sont décédées en Auvergne-Rhône-Alpes, dont 35 dans le Rhône. À ce jour, 1431 personnes ont été testées positives biologiquement au Covid-19. Des chiffres qui n’ont de cesse de progresser. Sur les devantures des pharmacies lyonnaises, les affichettes « rupture de masques » sont devenues habituelles. Lorsqu’il en reste, ils sont distribués aux professionnels de santé. Même les Ehpad viennent à en manquer, allant jusqu’à en coudre ou en les gardant douze heures d’affilée au lieu de quatre heures.

Débrouille

Thibaut (1) est infirmier libéral. Il se rend régulièrement auprès de personnes âgées et auparavant en Ehpad, jusqu’à ce que l’une de ses patientes soit testée positive au Covid-19. « Le médecin de la patiente m’a appelé pour confirmer qu’elle était contaminée. J’ai donc appelé l’ARS (agence régionale de Santé) pour savoir comment réagir. On m’a donné trois ou quatre versions différentes. Ils m’ont dit qu’il fallait que je travaille avec un masque, alors que je n’en avais pas assez. Ils m’ont fait comprendre qu’il fallait que je me débrouille ».

À poil

Avec son associé, Thibaut se prépare à recevoir un afflux de patients qui ne pourront pas être suivis à l’hôpital, dans le cadre d’hospitalisation à domicile (HAD). « Ce qui fait le plus peur est le manque de réactivité et de préparation au niveau des décideurs. On se sent à poil, livrés à nous-mêmes. Nous avons reçu les premières recommandations ce week-end, la médecine de ville est très désorganisée. Les cabinets des kinés ont fermé, ils pourraient nous donner leurs masques…pour ce qui est de FFP2, pour l’instant je n’en ai pas encore vu la couleur, sauf dans la rue sur des passants ! » s’énerve-t-il. Le 20 mars, la Métropole de Lyon a annoncé que 100 000 masques allaient être donnés à l’ARS.

Flux tendu

Même son de cloche dans un Ehpad d’une banlieue de l’Est lyonnais : « On utilise plus longtemps les masques pour ne pas en manquer. On essaie de garder notre sang froid mais nous sommes à flux très tendu », concède Marie (2), gouvernante de l’établissement, tout en temporisant : « On a connu des périodes de grippe où il y avait aussi des protocoles avec des gestes barrière. La différence c’est que lorsqu’on quittait l’établissement c’était fini. Il y a moins de décès qu’en temps normal à cette période, sans doute parce que nous obligeons les personnes à s’alimenter plus et nous prenons encore plus de précautions. Il y a plus de solidarité interne. »

Pas le choix

Dans cet Ehpad, où il n’y a pas eu de résidents malades, l’ARS prend le pouls deux fois par jour. Une liste de crèches a été mise à disposition des enfants des soignants. Hélène est assistante maternelle dans une école privée proche des hôpitaux Lyon Est. Elle a été réquisitionnée pour garder les enfants des soignants. Elle témoigne : « On se tient à un mètre des enfants. Il faut être très vigilant, quand un enfant tombe par exemple c’est difficile de ne pas être proche de lui. Dès qu’il y a un contact on jette les gants pour en prendre d’autres ».

Parmi ses collègues, celles qui ont des enfants ont été renvoyées chez elles. Plus les jours passent, plus la peur s’installe. « Les enfants des soignants sont potentiellement contaminés. La direction a indiqué que le gymnase devait rester ouvert, pour éventuellement accueillir d’autres enfants. Nous n’avons pas le choix si on veut avoir notre salaire à la fin du mois » se résigne-t-elle.

Robots

Dans le même temps, des médecins retraités ont repris du service au sein des HCL (Hospices Civils de Lyon). Enfin, la région Auvergne-Rhône-Alpes a décidé de prêter aux Ehpad des robots de téléprésence, habituellement utilisés dans les lycées, afin de permettre aux résidents de communiquer avec leurs proches. Une « réserve métropolitaine », composée d’agents de la Métropole de Lyon, se chargera d’appeler les personnes fragiles et assurer le service de protection de l’enfance.

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