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Coronavirus | 25/03/2020

Le logement a rarement autant été une question de vie ou de mort

par Nathalie Levray
À la rue, les personnes sans-abri sont plus en danger que les autres face au Covid-19 alfa27 - stock.adobe.com

Avec le confinement, le logement est en première ligne du système de défense contre la pandémie. À la rue, les personnes sans-abri sont plus en danger que les autres. Le gouvernement a pris des mesures relatives à l’hébergement d’urgence et à la trêve des expulsions. Il tente de mobiliser le secteur hôtelier et prévoit des centres de confinement médicalisés pour les malades. Des solutions qui risquent de s’avérer insuffisantes pour faire face aux 4 millions de personnes mal-logées.

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La mesure phare pour lutter contre la pandémie de coronavirus – le confinement – en témoigne et Leilani Farha, rapporteuse spéciale des Nations unies sur le droit à un logement convenable, le dit clairement à nos collègues de RFI : « le logement est devenu la première ligne de défense face au coronavirus.

Le logement a rarement autant été une question de vie ou de mort ». Réalité cruelle pour les sans-logis, mal-logés et locataires en situation de précarité économique, l’épidémie les met davantage en danger que les autres. De plus, alerte le Samu Social de Paris, ils vivent, en raison du confinement, l’« urgence alimentaire » faute d’accès aux ressources alimentaires.

La trêve hivernale prolongée jusqu’au 31 mai

Alors qu’une pétition « COVID 19 : SOS sans logis, mal logés et locataires ! » tourne sur les réseaux sociaux pour réclamer la « réquisition immédiate » des logements et hôtels vacants et des logements sociaux inutilisés, Julien De Normandie s’active « pour anticiper la gestion de la propagation du coronavirus dans le secteur de l’hébergement ».

« L’enjeu, reconnaît-il, est d’éviter toute remise à la rue de personnes dans le contexte sanitaire actuel ». Ainsi le secrétaire d’Etat au Logement a-t-il annoncé dès le 12 mars la prolongation de la trêve hivernale jusqu’au 31 mai 2020.

La disposition fera l’objet d’une instruction aux préfets leur demandant de surseoir à tout concours de la force publique pour la mise en œuvre d’expulsions locatives si une solution de relogement pérenne n’a pas été trouvée en amont.

La mesure s’accompagne du maintien de 14 000 places hivernales jusqu’à la même date. Au-delà, il est annoncé que la moitié au plus serait transformée en places pérennes ouvertes tout au long de l’année.

Même fortement perturbées les structures restent ouvertes

« L’hébergement d’urgence est un service public essentiel pour la cohésion nationale », a déclaré le ministre, qui dit travailler en lien avec les réseaux associatifs du secteur et placer le « principe de solidarité nationale […] au cœur du dispositif de l’État pour répondre à l’épidémie ».

Une cellule de crise a été ouverte à la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), les gestes barrière ont été traduits en 25 langues, les plans de continuité d’activité des établissements ont été activés et, pour ceux qui n’en disposent pas, la DGCS a diffusé des recommandations de base pour assurer la continuité du service. Même fortement perturbées, les structures restent ouvertes et hébergent les 157 000 personnes habituelles, dont des personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques.

À la demande du secrétaire d’État, la plateforme de location Airbnb propose des logements gratuits aux travailleurs sociaux et bénévoles mobilisés dans les centres d’hébergement. Les hôtes volontaires bénéficieront d’un dédommagement d’un montant de 50 euros, réglé par Airbnb pour chaque réservation.

Recensement des hôtels et bâtiments vacants

Le gouvernement a débloqué une enveloppe d’urgence de 50 millions d’euros supplémentaires pour mettre à l’abri les publics à la rue non malades. Il mobilise le secteur hôtelier, l’UCPA et les villages VVF, ainsi que l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes, qui possède des structures.

Les préfets sont priés de recenser les solutions d’hébergement disponibles et pouvant être activées rapidement, notamment des bâtiments vacants. Dans les hôtels, 2 000 places supplémentaires ont été dénombrées dans toute la France et les associations assurent l’accompagnement des bénéficiaires et leur orientation vers une prise en charge sanitaire adaptée en cas de symptômes apparentés au Covid-19.

Des centres de confinement dits de desserrement

Le ministère demande que les personnes malades soient « autant que possible » prises en charge dans les structures d’hébergement elles-mêmes, en chambres individuelles ou en isolement dans une partie du bâtiment. A défaut, elles seront accueillies dans des centres d’hébergement médicalisés, dit de « desserrement », quand leur état ne nécessite pas d’hospitalisation. Plusieurs ont ouvert jeudi 19 mars (Toulouse, Paris XVIIIe, et département du Nord) et accueillent 130 personnes sans domicile atteintes du coronavirus. L’objectif est de disposer d’au moins un centre par région.

Les préfets ont identifié 80 sites dans toute la France pour 2 900 personnes. Ces centres de confinement permettront d’accueillir et d’isoler les personnes sans domicile diagnostiquées, en chambre individuelle ou en zone confinée. L’accès se fera sur avis médical et les ARS sont chargées d’organiser la mobilisation des médecins, du personnel médical et de la réserve sanitaire pour assurer ces prises en charge.

La nécessité de mesures de fond

Face aux près de 4 millions de personnes mal-logées, dont 143 000 à la rue, dénombrées par la Fondation Abbé Pierre en 2018, ces mesures restent dérisoires pour atteindre leurs objectifs de mise à l’abri des plus démunis. L’actuelle crise sanitaire témoigne de la nécessité de mesures de fond pour pérenniser ces solutions d’accès à un chez soi et en trouver d’autres.

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