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Crise sanitaire | 30/03/2020

Coronavirus : l’ESS craint pour ses missions sociales

par Eric Larpin
Coronavirus impact économique © Feydzhet_Shabanov-AdobeStock

Dans la crise actuelle, l’économie sociale et solidaire se trouve à la fois en première ligne contre l’épidémie tout en étant directement confrontée aux difficultés économiques. Une situation qui lui fait craindre pour ses missions. Heureusement, la solidarité interne et l’appui des financeurs solidaires jouent positivement. Mais le secteur réclame aussi la création d’un fonds d’urgence pour les entreprises du secteur.

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« Nous essayons de trouver des solutions pour poursuivre notre mission sociale, déclare Fabien de Castilla, nouveau directeur général d’Ares Insertion. La crise épidémique nous a touchés de plein fouet. C’est un choc social et un choc économique pour les structures d’insertion comme la nôtre. Seulement 30 % de nos activités sont maintenues, liées au tri des déchets, à la logistique et à la fabrication de kits d’hygiène ; nous avons mis en place des horaires décalés et des tenues de protection pour nos salariés. »

En tout, 70 % des effectifs d’Ares ont dû passer en chômage partiel, ce qui signifie que seulement une centaine sur les 1 000 salariés d’Ares continuent d’aller au travail. « Ce qui est compliqué pour une EI dans cette période, c’est que le travail est le cœur de notre démarche. Nous tentons donc d’éviter l’arrêt brutal des parcours d’insertion. Nous avons mis en place une hotline sociale ; nos chargés d’insertion rappellent systématiquement tous nos salariés. On les aide dans leurs droits, mais aussi pour imprimer leurs attestations de sortie ou pour se lancer dans la formation en ligne », poursuit Fabien de Castilla.

Métiers du lien social

Des situations tendues, comme celle d’Ares, l’Union des employeurs de l’économie sociale (Udes), s’attend à en compter d’autres dans les prochaines semaines. Pour les mesurer, elle diffusera dans les prochains jours les résultats d’un questionnaire sur la situation socio-économique de ses adhérents.

En attendant, Hugues Vidor, président de l’Udes, évoque les singularités de l’ESS dans la crise épidémique : « L’ESS étant constituée de métiers du lien social et des relations humaines, est très impactée par la crise et le confinement. On a d’un côté les métiers dont l’activité est totalement arrêtée ou en forte baisse, comme le sport, la culture ou le tourisme social. Et de l’autre, les métiers qui sont en première ligne, du médico-social et de l’aide à domicile. Pour ces structures, les questions qu’on se pose sont celle de la continuité des services, en protégeant les salariés, et des priorités qu’elles se donnent dans les tâches quotidiennes ».

Un fonds d’urgence ?

Pour que les entreprises de l’ESS passent la crise du mieux possible, les acteurs se soutiennent. « Il y a par exemple cette association d’aide familiale de Strasbourg, qui propose de mettre ses salariés à disposition pour les structures d’aide à l’enfance locales », confie Hugues Vidor. Mais il faudra aussi un appui fort de l’extérieur, autrement dit des pouvoirs publics. L’Udes se satisfait que la Cnaf et plusieurs régions se portent garantes des dotations à l’ESS.

Elle espère aussi que le Haut Commissariat à l’économie sociale pourra valider la création d’un fonds d’urgence dédié aux structures de l’ESS. Le Haut Commissariat a, dès le premier jour du confinement, mis en œuvre un certain nombre d’outils de veille et d’intervention pour les différentes familles de l’ESS.

« Une cellule de liaison avec les grands réseaux et les financeurs a été ouverte. Elle nous permet de vérifier que les mesures prises par Bercy sont bien adaptées à tous les acteurs ; elle nous permet aussi d’ajuster les mesures pour l’ESS. Par exemple, les garanties de la BPI sont bien étendues pour toutes les associations, alors que certaines avaient été exclues au départ », précise Christophe Itier, le Haut-Commissaire.

En outre, pour aider les acteurs, un correspondant ESS est désormais actif dans chaque ministère. Par ailleurs, Christophe Itier annonce que 70 % des subventions French Impact prévues en 2020 seront versées dès avril, afin d’améliorer la trésorerie des entreprises de l’ESS. Mais il ne sait pas encore si un fonds d’urgence sera établi pour l’ESS, car d’autres fonds sectoriels s’ouvrent, comme celui pour les entreprises du secteur culturel, auquel l’ESS peut bien sûr accéder. Sur le site du French Impact, un programme d’entraide a été créé pour mettre en avant les initiatives du secteur.

Penser l’après

Selon Christophe Itier, cette crise doit aussi servir à penser à l’après : « il est évident pour beaucoup que l’ESS est une des réponses à mettre en avant pour changer nos modes de consommation, de production ou de mobilité. On voit que dans cette crise il y a beaucoup de solidarité, de coordination, de transversalité. Tout cela doit être prolongé dans une économie du bien commun ».

Pourtant, comme l’indique Fabien de Castilla, la question de la fragilité économique de l’ESS se trouve aussi posée par la crise. Heureusement, là encore, les financeurs solidaires n’ont pas manqué de réagir vite. « La réponse de France Active se fait d’ores et déjà à deux niveaux. Il y a d’abord l’urgence. Dans la ligne des mesures de Bercy et de Bpifrance, nous mettons en place des différés de remboursement et des prolongations de garanties pour les entreprises que nous finançons. Et nous préparons aussi l’après. Nos chargés d’accompagnement dans les fonds territoriaux feront du cas par cas pour les entreprises de l’ESS (diagnostic économique, DLA, etc.) et des prêts gratuits seront mis en place pour les entreprises qui ne vont pas redémarrer immédiatement à la fin de la crise », explique Denis Dementhon, directeur général.

Passé le temps de l’absorption du choc sanitaire, les entreprises de l’ESS et leurs réseaux de soutien se sont vite redressés pour continuer à valoriser le rôle du secteur dans sa contribution à la lutte contre l’épidémie et sa place future dans les nouvelles solutions socio-économiques.

Une check list de crise

Le Coorace, réseau qui rassemble des entreprises d’insertion et des associations intermédiaires, propose une check-list de crise très pratique pour toutes les entreprises de l’ESS, avec les démarches à mener, notamment pour les salariés en insertion, selon que l’entreprise voit son activité maintenue, en arrêt ou qu’elle a des difficultés financières.

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