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Coronavirus | 01/04/2020

Les services de protection de l’enfance tiraillés entre crise sanitaire et maintien de la prise en charge

par Auteur Associé
tristesse enfant triste © Christophe_Denis-AdobeStock

Comment veiller sur les 341 000 enfants placés sous la protection de l’enfance en ces temps de confinement ? Après une première semaine confuse – les départements, en charge des services de l’ASE, donnant des consignes parfois contradictoires – professionnels et militants s’organisent tant bien que mal pour assurer la continuité du travail.

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Coronavirus : les professionnels de la santé et du social répondent présents

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Par Morgane Pellennec

Qu’ils soient placés – en famille d’accueil ou en foyers – ou suivis par des professionnels au sein de leur famille, les jeunes de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) risquent d’être parmi les plus grandes victimes de ce confinement. Dans les foyers, les encadrants, en sous-effectif, doivent désormais gérer 24 heures sur 24 des enfants qui risquent d’être plus nombreux, en raison de placements temporaires notamment.

Suite à une ordonnance prise le 25 mars dans le cadre de l’urgence sanitaire, ces établissements pourront en plus atteindre un taux d’occupation de 120 %. « Ces foyers risquent d’être de véritables poudrières », craint Anaïs Vrain, juge des enfants à Nanterre, et membre du Syndicat de la magistrature.

Les veilles téléphoniques ne suffiront pas

Les professionnels s’inquiètent également pour les enfants qui vivent avec leurs familles mais font en temps normal l’objet de mesures d’accompagnement à domicile. Les conditions qui avaient permis la garde (le maintien des soins psychologiques et médicaux et les visites de professionnels notamment) ne peuvent plus être assurées correctement.

Des veilles téléphoniques sont mises en place mais les limites de ce système risquent d’être vite atteintes. « Cela vaut pour une ou deux semaines. Mais quid des familles qui connaissent des problématiques importantes ? », avance Fabienne Quiriau, directrice de la Cnape (Convention nationale des associations de protection de l’enfant).

Des jeunes renvoyés chez leurs parents

À ces situations délicates s’ajoutent celle des enfants placés à l’hôtel, qui se retrouvent encore plus isolés, des jeunes en situation de handicap dont les établissements spécialisés ont fermé, ou encore des jeunes qui souffrent d’addictions et subissent un sevrage forcé… Hamza Bensatem, président de l’ADEPAPE13 (Association départementale d’entraide des personnes accueillies en protection de l’enfance) affirme même avoir reçu des appels téléphoniques de plusieurs jeunes placés en MECS (maisons d’enfants à caractère social) renvoyés chez leurs parents. Les directeurs auraient pris cette décision hors de tout cadre légal, estimant ne pas avoir les capacités humaines de les garder. Des pratiques interdites, mais qui ne datent pas du confinement, selon l’aveu d’Anaïs Vrain. Enfin, pour une grande majorité des jeunes de l’ASE, le suivi de la scolarité risque d’être compliqué, faute d’accès à l’outil informatique. Autant de difficultés à surmonter avec des effectifs humains réduits.

Le manque de masques inquiète de plus en plus

La première semaine, l’absentéisme des travailleurs a été estimé à 20 à 30 %, notamment parce que, initialement, l’État n’avait pas ouvert les services de garde d’enfants aux professionnels du secteur. Si ce point a été réglé, reste le problème des masques, dont l’absence inquiète de plus en plus. Dans une lettre ouverte du 24 mars, dix-sept organisations et fédérations du secteur ont alerté le Président de la République : « Nombreux professionnels expriment leur intention d’exercer leur droit de retrait ou de se mettre en arrêt de travail estimant que leur employeur n’est pas en mesure de les protéger ». « Les professionnels sont tiraillés entre les exigences de la crise sanitaire et la nécessité de maintenir la prise en charge des situations les plus compliquées », explique Salvotore Stella, président du Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert (Cnaemo), qui a lui-même fait la tournée des garagistes pour récupérer des masques. Fabienne Quiriau, inquiète, explique que « des professionnels sont déjà contaminés et des enfants suspectés d’être malades ». Des solidarités se mettent en place et des milliers de bénévoles ont déjà répondu présents aux appels des associations, mais cela risque d’être insuffisant pour maintenir à flot un secteur déjà fragile.

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