Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

[Entretien] Crise sanitaire | 17/04/2020

« Il faut que les silos s’arrêtent et qu’on apprenne à travailler ensemble » – Thierry d’Aboville, secrétaire général de l’union nationale ADMR

par Christelle Destombes
Thierry d’Aboville, secrétaire général de l’union nationale ADMR © ADMR

Dans la crise liée à l’épidémie de Covid-19, un nouveau défi se profile : celui de la prise en charge des malades hospitalisés et désormais de retour à leur domicile. Beaucoup d’entre eux ont besoin d’être encore pris en charge médicalement parlant et dans les gestes les plus simples de la vie quotidienne. Le rôle des aides à domicile/auxiliaires de vie en est encore plus crucial. Thierry d’Aboville, secrétaire général de l’ADMR, alerte sur les points importants à prendre en compte et sur les problèmes les plus couramment rencontrés.

Email Email

Cet article fait partie du dossier:

Coronavirus : les professionnels de la santé et du social répondent présents

voir le sommaire

Vous mobilisez votre réseau pour participer à l’accueil à domicile post-hospitalisation. Comment ?

Nous sommes confrontés à des sorties d’hospitalisation post-Covid dans le Grand Est, les Hauts de France et l’Ile-de-France. Nous avons mis en place des équipes spécialisées, avec des salariés expérimentés aux manipulations plus délicates et à l’utilisation d’équipements les plus lourds. Certains hôpitaux ont bien pris en compte nos services, d’autres nous connaissent moins… Aujourd’hui, il y a un cloisonnement entre le sanitaire et le médico-social. Demain, il faut que les silos s’arrêtent et qu’on apprenne à travailler ensemble dans notre spécificité et en complémentarité.

Vous avez notamment manqué de protections pour vos personnels ?

Nous avons une obligation en tant qu’employeur, mais aussi un devoir moral auprès de nos salariés. Les stocks d’État ont été longs à venir, il a fallu nous reconnaître comme public prioritaire… Nous avons fait jouer les solidarités locales, du fait de notre maillage territorial en récupérant des protections auprès des TPE. Et nous avons complété la dotation de l’État (neuf masques par semaine) en achetant à l’étranger, pour éviter le stress permanent. Hier, une fédération me disait qu’elle n’avait plus de gants. C’est insupportable d’entendre ça… Et puis, nous avons besoin aussi de lunettes, de sur-blouses. Nous avons lancé un appel aux dons auprès des fédérations d’entreprise, plusieurs commencent à répondre.

Comment gérez-vous la crise en interne ?

Je suis en contact quotidien avec les directeurs, pour les accompagner dans la prise de décision. Une cellule de crise se réunit tous les matins, nous communiquons chaque jour avec une lettre d’informations. Et nous avons renforcé la plateforme d’assistance psychologique, Pro Consulte, qui permet aux salariés mais aussi au personnel d’encadrement, aux directeurs de fédération d’avoir un soutien, de façon anonyme. Cette crise n’est pas sans répercussion psychologique, il y a le soin et le prendre soin. Dans la phase de déconfinement, il faudra être très vigilant pour que les équipes soient soutenues, écoutées.

Le secteur de l’aide à domicile était en souffrance avant le Covid, comment envisagez-vous l’avenir ?

Effectivement, le secteur est très fragile, les questions de l’attractivité et des rémunérations ont été portées autour de la loi Grand âge et autonomie. Pendant cette crise, les services à domicile ont répondu présents, avec engagement. Ils sont un maillon essentiel de la chaîne du soin, il est important qu’ils prennent toute leur place demain. Nous attendons que la loi soit à l’étude rapidement dès la sortie de crise, et que la question de la rémunération des salariés soit prise en compte. Pour l’heure, les départements prendront en charge les heures non effectuées, pour une part pour les structures « autorisées tarifées ». Un travail a lieu avec la DGCS et l’ADF pour trouver des solutions pour le reste à charge, et les structures autorisées non tarifées, hors CPOM.

Vous avez aussi demandé un fonds d’urgence dédié. Pourquoi ?

Celui annoncé par le président pour les TPE (1) pose des critères auxquels nos structures associatives ne peuvent pas répondre. Les réalités économiques de notre secteur doivent être prises en compte. Nous avons des réunions hebdomadaires avec la DGCS, et l’Udes porte nos revendications auprès de Bercy pour l’ensemble de l’économie sociale et solidaire. Et puis, il y a un aspect, pas des moindres, c’est la question de la solitude, liée au confinement domiciliaire. Nos bénévoles jouent un rôle essentiel, avec une écoute importante au téléphone, des courses pour les personnes isolées. La convivialité chez nous ne se paye pas, elle fait partie de notre ADN…

Thierry d’Aboville est secrétaire général de l’union nationale ADMR depuis 2005. Il participe à définir les orientations stratégiques du réseau, qui regroupe 2 700 associations locales, 92 fédérations départementales, emploie 94 375 salariés, et a le soutien de 96 000 bénévoles. Il a été délégué général d’Auteuil international de 1994 à 2003, après avoir été chargé de diverses missions au sein de la Fondation d’Auteuil de 1985 à 1994.

Note (01)

Initialement, le fonds de solidarité envers les petites entreprises devait être d’un milliard d’euros, il est grimpé à 7 milliards avec la présentation du projet de loi de finances rectificative en Conseil des ministres le 15 avril. - Retourner au texte

Thème abordé

Sommaire du dossier

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>